L'Irlande annonce une restructuration radicale des banques


Extrait de : L'Irlande annonce une restructuration radicale des banques, L’Echo, 01 avril 2011

La Banque centrale d'Irlande a publié les premiers résultats des tests de résistance menés sur les quatre grandes banques irlandaises. Le ministre irlandais des Finances Michael Noonan annonce que l'Etat irlandais injectera 17,5 milliards pour sauver les banques. L'Etat créera un système bancaire bicéphale à partir des quatre établissements restants.

Les quatre banques irlandaises ont besoin de lever 24 milliards d'euros supplémentaires pour pouvoir résister à d'autres pertes potentielles en cas d'aggravation de la situation économique, a annoncé jeudi la Banque centrale d'Irlande.

Réagissant à cette annonce, le ministre irlandais des Finances Michael Noonan a annoncé au Parlement une :

"Restructuration radicale du système bancaire irlandais".

"Le gouvernement annonce des décisions qui vont conduire à une restructuration radicale du secteur bancaire national, ramener à terme le secteur vers la viabilité et la rentabilité, et rompre enfin le cercle vicieux de la dépendance massive des banques à l'égard de l'Etat", a-t-il déclaré. 

Deux nouvelles banques universelles seront créées.

"Des injections de capitaux seront assurées pour créer un système bancaire avec deux banques universelles et multiservices qui en seront les piliers, ainsi qu'un Irish Life & Permanent restructuré", a-t-il déclaré au Parlement.

"La première banque pilier sera créée à partir de la franchise déjà solide Bank of Ireland", a-t-il ajouté. "Allied Irish Banks et EBS seront le second pilier".

D'après Noonan, le gouvernement injectera 17,5 milliards dans le secteur afin de financer la recapitalisation.  Il n'a pas exclu de mettre les investisseurs privés à contribution.

"Le fardeau ne doit pas reposer uniquement sur le contribuable", a-t-il affirmé.

Ce que le peuple demande et il a tout à fait raison.

Il promet dors et déjà que le pays respectera les paramètres budgétaires généraux de l'aide offerte par le FMI et l'Union européenne. L'injection massive de nouveaux capitaux par l'Etat devrait conduire à une nationalisation quasi-totale du secteur bancaire irlandais.

Cette somme reste inférieure à l'enveloppe de 35 milliards d'euros prévue pour renflouer le secteur bancaire irlandais dans le cadre du plan d'aide international conclu à l'automne dernier avec l'Union européenne et le FMI.

Elle porte à 70 milliards d'euros la facture totale du renflouement par l'Etat du secteur bancaire irlandais, qui a implosé en 2009 après la crise immobilière et financière ayant frappé le pays de plein fouet. Cette somme représente près de la moitié du PIB irlandais.

Les prochaines conflagrations économiques : 2011-2013

 

Les prochaines conflagration économiques«Acculés par leur endettement, les États vont reprendre le contrôle du secteur financier en plaçant les banques sous une forte tutelle. Cette dernière conduira à exiger des banques de canaliser l’épargne vers le financement de leurs dettes.

 

Les États vont donc recapturer le droit régalien de battre monnaie dont le sabordage des accords de Bretton Woods en 1971 les avait dépossédés. En conséquence, les banques évolueront dans un état de nationalisation éthérée»

Résultats très attendus

Les résultats de ces tests, qui étaient attendus avec anxiété par les marchés financiers européens, se situent dans la fourchette haute des estimations, qui variaient entre 18 et 25 milliards d'euros.

Quatre établissements - Allied Irish Banks (AIB), Bank of Ireland (BoI), IL&P et EBS - ont été testés afin d'évaluer les capitaux dont ils auraient besoin pour surmonter de nouvelles pertes si des scénarios "extrêmes" venaient à se réaliser, comme un nouvel effondrement du marché immobilier.

Selon les chiffres publiés par la banque centrale, AIB a besoin à elle seule de 13,3 milliards d'euros. BoI doit recevoir 5,2 milliards, EBS 1,5 milliard et Irish Life & Permanent (IL&P) 4 milliards.

Pour cette dernière banque, la seule du pays encore totalement privée, les nouveaux besoins en capitaux représentent 40 fois sa valeur boursière actuelle. L'Etat devrait donc être contraint d'en prendre le contrôle.

Déjà totalement nationalisée, et non incluse dans les nouveaux tests, Anglo Irish Bank a déjà reçu à elle seule 29,3 milliards d'euros pour éviter le naufrage. Elle a annoncé jeudi avoir perdu 17,7 milliards en 2010, un gouffre aux frais des contribuables.

Signe de la nervosité ambiante, la cotation des trois groupes présents à la Bourse de Dublin (AIB, BoI et IL&P) avait été suspendue jeudi dans l'attente des résultats des tests. Les marchés attendaient de savoir de savoir si le gouvernement irlandais se dirigeait vers un "partage du fardeau" avec les investisseurs privés détenteurs d'obligations des banques concernées.

Cette solution a été combattue par les partenaires européens de Dublin qui craignent que les marchés n'y voient un précédent pour les autres pays en difficulté de la zone euro.

Or Dublin négocie actuellement avec Bruxelles un assouplissement des conditions du plan de sauvetage de l'île et réclame un nouveau coup de pouce de la Banque centrale européenne (BCE), qui aide depuis des mois les banques irlandaises à boucler leurs fins de mois.

Le gouvernement irlandais souhaiterait que cette aide d'urgence soit transformée en financement à moyen terme, ce qui donnerait un ballon d'oxygène aux banques. Mais avant de faire un tel geste, la BCE exige que Dublin accélère la recapitalisation et la restructuration du secteur.

De son côté, Bank of Irlande pressait le gouvernement de mettre en place au plus vite son plan de sauvetage afin d'éviter sa nationalisation.