La Chine veut s'emparer du monde

Deux textes qui proviennent de l’auteur Antoine Brunet président de AB Marchés, ce sont de bon texte, bien écrit et informatif.


Extrait de : « La Chine veut s'emparer du monde », Antoine Brunet, Le nouvel Économiste.fr, 19 Janvier 2011

Une mise en perspective inédite, éclairante et surtout alarmante des ambitions chinoises

Il faut lire attentivement cet entretien. Si la vision du monde de l'économiste qui s'exprime ici est la bonne, alors il faut vite nous ressaisir quand il est encore temps pour échapper à... la domination chinoise sur le monde. Car pour Antoine Brunet, il ne fait pas de doute que la Chine entend devenir "le nouveau maître du monde" à la place des Etats-Unis et de l'Occident. Pour tracer cette perspective inquiétante, l'expert pratique un mélange de genres trop peu pratiqué : il mobilise son savoir économique et son aptitude à prendre en compte la dimension géopolitique des rapports de forces. Il décortique dans le détail la stratégie mercantiliste de la Chine. Féru d'histoire, Antoine Brunet sait aussi combien les acteurs peuvent peser sur le cours des événements. Et pour lui, l'évidence est là : les Chinois ont désormais la main. "La crise de l'euro à laquelle les Chinois ne sont pas pour rien a fourni à Pékin les moyens d'accélérer son projet hégémonique", lance-t-il. Lucidité exagérée d'un économiste obsédé par son sujet ? En partie peut-être. Mais sans aucun doute un exercice salutaire par ces temps de "chinomania" aiguë et aveugle.

Au lieu de tenter de mettre en équation le monde, il aurait été bien plus utile de focaliser toute l'attention sur l'énorme pays totalitaire qui a surgi dans la globalisation : la Chine !

Comme toutes les puissances ascendantes, ce pays met en œuvre une stratégie de conquête basée sur un mercantilisme forcené. Or ce dernier n'est rien d'autre qu'une forme de cannibalisme économique passant par la formation de gigantesques excédents commerciaux au bénéfice du pays à la manœuvre et leurs symétriques, les déficits tout aussi gigantesques infligés aux rivaux. Par le passé, l'Angleterre, les Etats-Unis, le Japon ont successivement pratiqué cette politique de recherche permanente d'excédents par tous les moyens et artifices au détriment de leurs concurrents. C'est depuis quinze ans le tour de la Chine.

En engrangeant des excédents, la puissance mercantiliste cherche à obtenir pour elle une croissance saine et robuste tandis que les pays déficitaires voient leur croissance s'affaiblir et devenir de plus en plus artificiel et problématique et s'exposent à la déstabilisation.

Le mercantilisme est un système par essence déséquilibré : les pays excédentaires recueillent tous les avantages, les autres tous les problèmes.

Les bons apôtres du "gagnant-gagnant" du libre-échange nous trompent. C'est une loi de l'histoire : les états créanciers finissent toujours par imposer leurs règles du jeu, et par se payer, en cas d'insolvabilité, en s'emparant des actifs réels des États débiteurs ou en s'emparant même de leur souveraineté.

La double option du capitalisme et du totalitarisme

Retour au capitalisme et totalitarisme politique : ces deux options, prise la première par Deng Xiaoping en 1978 et confirmée pour la seconde en 1989 avec les massacres de Tien an men, expliquent les succès économiques du pays obtenus par la Chine depuis lors.

Un constat déchirant à dresser car il tend à prouver que :

le capitalisme totalitariste est plus efficace économiquement
que le capitalisme démocratique.

Quant à l'idée que le capitalisme porte avec lui l'avènement de la démocratie - l'élévation du niveau de vie de la population incitant cette dernière à exiger les libertés -, la Chine administre depuis 20 ans la preuve de son inanité. La population chinoise reste toujours terrorisée par un régime pour qui la préservation de son pouvoir a justifié dans le passé une répression monstrueuse.

Le parti communiste chinois va mobiliser une stratégie tous azimuts avec un seul objectif : bâtir un rapport de forces international à l'avantage de la Chine.

La pression pour le maintien des coûts du travail au plus bas

L'arme essentielle est le maintien des coûts du travail les plus bas au monde. La Chine dispose en effet des coûts du travail exprimés en dollars bien plus faibles que n'importe quel autre grand pays émergent.

Au Mexique, Brésil, Inde, Corée, les coûts du travail sont à
peu près quatre fois plus élevés qu'en Chine.

En affirmant que les coûts chinois étaient 40 fois plus faibles que dans les pays développés - ce que l'on a longtemps avancé -, on était très loin du compte. Un écart de 1 à 80 est bien plus près de la réalité si l'on en croit les chiffres donné en 2004 par un grand groupe manufacturier. Il est vrai que les salaires minimums ont été augmentés de 20 % en 2010. Une telle mesure ne modifie toutefois pas les ordres de grandeur. Le relèvement demeure on ne peut plus modeste et on ne sait d'ailleurs pas comment il a été répercuté dans l'échelle des salaires. Pas de quoi accréditer l'idée que le système est en train de changer de pied pour passer d'un modèle de croissance tirée par l'exportation à tout-va à une croissance tirée par la consommation intérieure. Cette dernière reste la portion congrue du PIB (de l'ordre de 33 %), une proportion d'une faiblesse sans équivalent dans les autres pays du monde.

Cependant, les autorités chinoises sont tout sauf stupides. Elles sont attentives aux signes de mécontentement, d'où par exemple leur inquiétude face à la hausse des prix des loyers et de l'alimentation. Officiellement, l'inflation est de 5 %. Mais pour le petit peuple, la hausse du coût de la vie en fonction de sa consummation est plus proche de 10 %. D'où la concession sur le salaire minimum.

La performance chinoise consiste à tout faire pour conserver l'avantage compétitif des bas coûts salariaux en s'appuyant sur les ressources du totalitarisme.

1)      Le premier facteur – commun à tous les pays émergents - est un chômage rural énorme qui pèse sur la formation des salaires.

Mais en Chine, la pression des zones rurales sur les zones urbaines et industrielles est amplifiée par le système des hukou et des min yang. Le hukou, c'est le passeport intérieur maintenu depuis Mao et les min yang sont les personnes titulaires de ce passeport intérieur mais qui ne disposent de quasiment d'aucun droit. Logés dans des dortoirs attenants aux usines, ils sont incapables de revendiquer. Une réalité propre aux régimes totalitaires.

2)      Le deuxième élément, c'est la politique de l'enfant unique, deuxième ingérence après le passeport intérieur dans la vie privée des gens. On est ici dans un scénario digne du 1984 d'Aldous Huxley. L'enfant unique est en effet à la base d'un "business model" de la famille spécifique : celui dans lequel les deux conjoints travaillent et confient la garde du petit enfant aux grands- parents : une configuration généralisée où deux salaires nourrissent seulement trois personnes, ce qui réduit considérablement la revendication salariale.

3)      Troisième facteur : l'absence de tout droit démocratique. Il n'y a eu aucune élection, ni nationale, ni locale, ni professionnelle depuis 60 ans. Aucun droit d'expression, d'association et de manifestation. Plus fort : le régime parvient même à instiller l'idée que la démocratie est un poison. Il s'appuie sur le relativisme et le confusionnisme en affirmant que les valeurs chinoises ne sont pas les valeurs occidentales et que le modèle totalitaire devrait même servir d'exemple à d'autres pays.

4)      La démocratie serait un système inopérant pour mettre en œuvre une vision de long terme, lerythme des élections imposant une gestion court termiste. Quant aux "droits de l'homme", le régime les caricature comme la revendication de l'individualisme et leur oppose la subordination que chaque individu doit à sa famille et celle que chaque famille doit à la nation. C'est toute l'idéologie de la "société harmonieuse".

Le verrou monétaire par le contrôle des changes

L'arme la plus décisive reste la monnaie, qui renvoie là aussi aux pratiques d'un Etat totalitaire. Une longue histoire. Il y a vingt ans, les autorités ont bâti un système leur permettant de stabiliser la valeur extérieure du yuan, non sans l'avoir préalablement fortement dévalué. Mais en cette matière, le dispositif essentiel a consisté à maintenir (en dépit même du retour au capitalisme en 1979) le contrôle des changes draconien qu'avait instauré Mao en 1949.

Il s'applique à tous, résidents, non-résidents, à l'argent qui entre et qui sort. Et gare aux contrevenants. Ils sont menacés de très fortes amendes, de très fortes peines de prison et à l'extrême, à la peine capitale.

De fait, personne ne se risque en Chine à "jouer" avec les yuans.

Et pourtant le pays si immense, avec ses millions de kilomètres de frontières, autoriserait n'importe où ailleurs toutes les contrebandes. Mais rien de tel ici, tout le monde se plie à la loi.

C'est que derrière la loi, c'est la terreur qui règne. La force du parti communiste chinois est de tirer les leçons des erreurs et des échecs des autres. En matière monétaire, le Japon, sous la pression américaine, a abandonné le contrôle des changes en 1980. Cela ouvrit la voie à la fameuse endaka, un processus de revalorisation du yen, résultant d'entrées massives de capitaux américains orchestrées par Washington qui mirent à genoux l'économie nipponne. Et voilà comment se débarrasser d'un concurrent devenu trop gênant.

Analysant cette expérience, les Chinois se sont juré qu'on ne les y prendrait pas, d'où le maintien de ce contrôle des changes. Quant aux devises encaissées par les exportateurs chinois et celles reçues pour financer les investissements directs étrangers sur place, c'est la Banque centrale chinoise qui les rachète aux opérateurs chinois contre yuans sur la base d'un cours administré. Cela vaut pour le dollar mais aussi pour l'euro, le yen, le won, le real. Voilà qui ferme pour longtemps tout mouvement de réévaluation du yuan.

Les termes d'un pacte inégal

Disposant des coûts horaires du travail les plus bas possible dans le monde, la Chine est parvenue à attirer les entreprises multinationales sur le sol chinois sous de multiples modalités : sous-traitance, joint-ventures.

Du point de vue de la pure rationalité économique, il est difficile de blâmer ces entreprises d'utiliser un système mis à leur disposition.

L'erreur se situe en amont. Elle incombe à quelques groupes comme Wal-Mart, Apple, Motorola qui ont exercé un lobbying surpuissant pour convaincre l'administration Clinton d'accepter l'intégration de la Chine à l'OMC, Washington se laissant fléchir facilement au nom du libre-échange, une faiblesse coupable.

Car une fois la porte ouverte devant elle, la Chine s'est trouvée devant un boulevard, attirant les multinationales du monde entier par des perspectives de rentabilité inégalées. Le machiavélisme des Chinois est tout entier ici : ils ont "topé" avec les multinationales via les gouvernements au détriment des intérêts des populations occidentales.

Malheureusement, tout à fait exacte !

Et à chaque fois, les Chinois sauront prendre appui sur le lobby prochinois américain pour étouffer toute velléité de réaménager les règles. Cette capacité d'un pays à organiser une divergence d'intérêt au sein des pays tiers - Apple, Wal-Mart d'un côté, la population américaine de l'autre - est sans précédent dans l'histoire mondiale. Ils sont parvenus à exploser l'axiome constitutif de la symbiose américaine - le fameux "ce qui est bon pour GM est bon pour les Etats-Unis".

Car objectivement, l'intérêt de Wal-Mart à pactiser avec la Chine ne correspondait absolument pas à celui de l'Amérique et de la population américaine. Que pèsent en effet les quelques gains de pouvoir d'achat résultant de l'achat de produits chinois importés moins chers face aux cohortes d'emplois définitivement perdus ?

C’est pour cette raison qu’il n’y a jamais de sanction contre la Chine pour la monnaie sous-évaluée du Yuan, car les grosses multinationales et les financiers contrôlent le Congrès américain. On peut comprendre que la corruption étatique n’est pas un privilège unique du Québec.

L'Occident pris au piège chinois

Washington s'est pris au piège chinois. A partir du début des années 90, les Américains ont cru pouvoir user de leur soi disant "begnin neglect", cette facilité réservée au pays émetteur de la monnaie mondiale de tolérer des déficits extérieurs sans dommage.

Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu cette fois c'est que la source de ces déficits, au lieu de provenir de multiples pays, se serait concentrée sur un seul, la Chine.

Si bien que l'Économie mondiale se réduirait à cette équation :

déficits américains = excédents chinois.

Idem pour bon nombre d'autres pays qui certes vont voir quelque peu augmenter leurs ventes vers la Chine mais dans des proportions sans commune mesure avec l'accroissement de leurs importations de produits chinois.

Ne nous trompons : les pays occidentaux constituent le débouché de la production chinoise bien plus que la Chine ne leur sert de débouchés.

Meilleure preuve, la part de marché mondiale croissante de produits manufacturés "made in China".

Et la dynamique est bien lancée. Electronique, téléphonie mobile, panneaux solaires, éoliennes, trains à grande vitesse... : la Chine occupent le terrain sur tous les marchés porteurs à venir.

Cette situation produit des effets extraordinairement déstabilisateurs sur à peu près tous les pays occidentaux qui sont accablés par des déficits avec la Chine à l'exception d'une poignée (essentiellement Japon et Corée du sud).

Les effets de cette déstabilisation ont commencé à se faire sentir durement à partir de fin 2001, date d'intégration de la Chine au sein de l'Organisation mondiale du commerce, après l'aval donné fin 1999 par l'administration Clinton. En très peu de temps, le déficit commercial américain double de taille, passant de 3 à 6 % du PIB et l'ensemble des pays du G7 passe alors d'une situation d'équilibre à un déficit commercial de 3 %. Une variation que d'aucuns considèrent alors comme anodine alors qu'elle va être tout simplement le facteur déterminant qui, avec un délai de maturation de cinq ans, provoquera la crise du G7 en 2007.

Car quand un pays subit un déficit extérieur de 3 % de son PIB, il est obligé, pour maintenir une croissance trimestrielle de 1% de son PIB de rendre sa demande intérieure supérieure de 4% au PIB du trimestre antérieur.Comment ? En créant et en renouvelant un écart égal à 4% du PIB entre l'endettement et l'épargne du pays.

C'est cette martingale qu'avaient cru pouvoir jouer impunément les apprentis-sorciers que furent Greenspan et Bernanke. Ils abaissèrent fortement et durablement le prix de l'argent entre 2002 et 2007 pour décourager l'épargne et stimuler l'endettement.

Et voilà comment un peu partout, aux États-unis mais aussi en Europe, les compteurs de l'endettement se sont mis à s'affoler. On connaît aujourd'hui la fin de l'histoire : des pays occidentaux exsangues et en pertes d'emplois accélérés.

Derrière les délocalisations - phénomène assez marginal si on les réduit stricto sensu aux seuls véritables déménagements d'usines existantes - le plus déstabilisant est l'exacerbation d'une pression concurrentielle qui condamne des pans entiers de notre industrie et qui concentre les investissements manufacturiers sur le seul territoire chinois.

L'ambition démesurée des Chinois

Les Chinois ont une ambition simple : gagner, devenir la puissance dominante et imposer leur hégémonie. D'abord, ils gardent le souvenir d'avoir été antérieurement la puissance dominante mondiale (jusqu'en 1840). Ensuite, en termes de population ils sont de loin les premiers. Et surtout, le PCC considère que la condition à la survie de son régime totalitaire passe par la défaite définitive des pays capitalistes démocratiques.

Le projet hégémonique de la Chine ne fait en tout cas aucun doute. La meilleure preuve est la montée en puissance méthodique et multidimensionnelle de la Chine. Le Parti communiste chinois pense le développement du pays dans toutes ses dimensions. Population ? Elle est la première. Superficie ? La Chine est troisième et représente un continent à elle seule. Le PIB est, selon moi, déjà le premier du monde (calculé avec les bonnes parités de pouvoir d'achat).

La Chine dispose de réserves de changes considérable d'un montant de 4 210 Mds $ (car aux 2 850 Mds $ de réserves officielles s'ajoutent 830 dans les Sovereign Wealth Funds - SWF – de la Chine, 270 Mds $ de réserves à Hong Kong et 260 dans le SWF de Hong-Kong).

Jamais une telle concentration de moyens financiers dans les mains d'un seul pays - 30 % des réserves mondiales - n'a été observée dans l'histoire moderne. Et ce trésor n'est qu'une arme parmi d'autres du jeu chinois. Force est de constater que Pékin ne s'est pas inscrit dans la demarche concertée de désarmement Russie-Etats-Unis et accélère sa militarisation. Il faut le savoir, les Chinois ont construit un tunnel de 5 500 km de long, perforé pour y loger des lance-missiles rétractables, dans lequel il y a des vivres, des médicaments, de l'eau potable, des munitions et tout ce qu'il faut pour organiser une riposte de deuxième frappe consécutive à une éventuelle attaque nucléaire surprise. Ainsi si les Etats-Unis, bombardaient nucléairement la Chine, les Etats-Unis sont avertis de ce que la Chine aura la capacité de les punir avant de mourir en leur infligeant une deuxième frappe. Une capacité défensive dont les Américains eux-mêmes ne disposent pas. Dernière "cerise sur le gâteau" de la volonté hégémonique chinoise : en échange de sa participation au financement du FMI en 2008/2009, Pékin a obtenu à titre permanent un poste, nouveau, de numéro 2 du fonds. C'est comme si, en pleine guerre froide,l'URSS avait obtenu le poste de N°2 à l'OTAN.

Le cheval de Troie de la zone euro

Avec la crise de la zone euro, l'histoire s'est accélérée à l'avantage du plan hégémonique de la Chine. Ces derniers, non sans avoir au préalable fortement instillé le poison du doute, ont pris la main. Forte de ses connaissances privilégiées quant à l'état financier réel des pays de la zone -percevant leurs faiblesses, la Chine est devenue ces dernières années le créancier d'à peu près tous les pays de la zone- (un degré d'information sans doute plus élevé que celui dont dispose le président de la BCE, Jean-Claude Trichet lui-même), la Chine n'a eu de cesse de supplicier ces pays pour mieux se présenter en chevalier blanc valeureux et généreux face à une Allemagne un brin égoïste. On l'a bien vu avec le rachat du Pirée en Grèce et les offres faites au Portugal, et même à l'Espagne. Une opération dans le ventre mou de l'Europe en passe d'être gagnée, tant les européens donnent l'impression de se résigner à accepter "l'aide chinoise" en recevant à chaque fois leurs représentants avec tous les égards.

Mais ce n'est sans doute qu'une étape : la Chine table sur le fait que l'Allemagne elle-même sera amenée à solliciter le financement chinois. Plus l'Allemagne se voit contrainte de jouer le prêteur en dernier ressort pour maintenir la zone euro, plus ses finances publiques seront déstabilisées et plus elle aura besoin de recourir au financement de la Chine, financement qui ne lui sera pas accordé sans contreparties...

Un argument, très intéressant.

Quelle revanche sur l'histoire après les humiliants "accords inégaux" qu'avaient imposés les puissances européennes du XIXe siècle à l'Empire du Milieu ! Outre l'abandon de la revendication de la réévaluation du yuan contre dollar, outre l'abandon de toute menace de protection douanière, les Européens se verront imposer de multiples contreparties : la fin de l'embargo sur les technologies et les matériaux sensibles, le maintien d'une politique d'euro fort contre dollar, (calamiteuse pour nous mais bénéfique pour eux), l'ouverture de tous les marchés, celui des OPA dans le secteur des sociétés mais aussi celui des marchés publics d'infrastructures telles que les autoroutes, les aéroports ou les chemins de fer (débouchés de construction et de maintenance pour leurs "champions" nationaux et source de royalties ultérieurement). Pékin ne s'est-il pas institué maître-d'oeuvre du futur TGV eurasiatique ? Rallier Londres et Pékin en 48 heures ! N'est-il pas beau le monde à la sauce chinoise ?

La seule riposte possible

La Chine veut s'emparer du monde. Elle est actuellement en train de vassaliser l'Europe continentale qu'elle a prise pour cible à la faveur de la crise de la zone euro. Mais les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne devraient pas tarder à suivre. Pour stopper ce scenario cauchemardesque, il faudrait rapidement une réaction collective de tous les pays occidentaux - Etats-Unis, Royaume-Uni, Japon et Europe continentale.

Il s'agirait pour eux de prendre acte de la guerre économique que leur livre la Chine. Il leur faudrait définir une stratégie de contre-offensive. Celle-ci devrait viser à retirer à la Chine son arme centrale, le privilège de compétitivité dont elle s'est artificiellement arrogé.

L'axe consisterait pour les pays du G7 et leurs alliés à quitter soudainement l'OMC en protestation contre le refus réitéré de la Chine de réévaluer très significativement le yuan.

Pour éviter le retour paralysant de protections douanières de chacun contre tous, il faudrait simultanément instituer une nouvelle Organisation Mondiale du Commerce, une sorte d'OMC BIS, une OMC BIS où seuls seraient admis les pays qui renonceraient définitivement au contrôle des changes et qui s'engageraient à respecter des cours de change jugés loyaux par les instances de l'OMC BIS.

Je suis tout à fait d'accord avec l'auteur, tant aussi longtemps que les pays manipulent leurs monnaies, le libre-échange n'est qu'une grosse fumisterie mondiale aux dépens des pays industriels.

La Chine et ses alliés préféreraient sans doute rester dans l'OMC 1. Mais les pays du G7 et leurs alliés pourraient enfin se protéger par des protections douanières efficaces (droits, quotas,...) de la concurrence déloyale de la Chine.

Cela changerait tout et permettrait d'interrompre rapidement la montée en puissance sidérante de la Chine. Si l'Occident ne prend pas très vite cette option, il sera jugé par la Chine comme un vulgaire tigre de papier, ce qui encouragera la Chine à accentuer encore sa marche à l'hégémonie. Il y a urgence. Le sort de la démocratie est en jeu.

Il y a aussi un autre phénomène qui peut se produire, le peuple reprend le pouvoir, les politiciens oligarchiques protégeant les financiers et les multinationales commencent à avoir une sérieuse difficulté de légitimité face à leurs peuples et risquent de prendre des vacances prématurément.

Si les politiciens n’ont pas assez de courage, le peuple va exiger du protectionniste à défaut d’avoir un accord international.