La criminalisation de la classe dirigeante américaine

Après on se demande pourquoi le peuple n’a plus confiance aux politiciens oligarchiques.


Extrait de : La criminalisation de la classe dirigeante américaine, Barry Grey, Alter Info, 24 Avril 2011

Mercredi dernier, le sous-comité permanent sur les enquêtes du Sénat américain a rendu public un volumineux rapport sur le krach de Wall Street de 2008 qui documente combien la fraude et la criminalité sont répandues au sein de tout le système financier et de ses relations avec le gouvernement.

WALL STREET AND FINANCIAL CRISIS

Le rapport de 650 pages est le résultat d'une enquête qui s'est déroulée sur deux ans et qui comprend 150 entrevues et dépositions ainsi que l'examen de courriels et documents internes de grandes banques, d'organismes de réglementation gouvernementaux et d'agences de notation.

Le rapport, intitulé « Wall Street et la crise financière : Analyse d'un effondrement financier », établit que le krach financier et la récession qui a suivi étaient le résultat de fraude et d'escroquerie systémiques de la part :

1.      des prêteurs hypothécaires et des banques,

2.      de connivence avec les sociétés de notation

3.      et avec la complicité du gouvernement

4.      et de ses organismes de réglementation des banques.

Tout ce beau monde qui a le pouvoir et contrôle l’argent, pauvre petit peuple, on a fait des révolutions pour faire tomber la monarchie et on se retrouve avec une monarchie oligarchique.

D'après le résumé du rapport, « L'enquête a découvert que la crise n'était pas un désastre naturel, mais le résultat de produits financiers complexe, à haut risque; de conflits d'intérêts maintenus secrets; et du fait que les organismes de contrôle, les agences de notation et le marché lui-même n'aient pas freiné les débordements de Wall Street. »

Lors d'une conférence de presse mercredi, et dans d'autres entrevues par la suite, le sénateur Carl Levin (démocrate du Michigan), président du sous-comité, a été encore plus explicite. « En se basant sur des courriels, des notes de service et d'autres documents internes », a-t-il dit, « ce rapport montre les dessous d'un assaut économique qui a fait perdre à des millions d'Américains leur emploi et leur maison, et qui a ruiné des investisseurs, des entreprises et des marchés de qualité.

Des prêts à haut risque, le manque de supervision, des notations financières gonflées et des firmes de Wall Street impliquées dans d'immenses conflits d'intérêts ont contaminé le système financier des États-Unis avec des hypothèques toxiques et ont miné la confiance du public dans les marchés américains. »

Sen. Levin Grills Goldman Sachs Exec On _Shitty Deal - April 27 2010

Senator Carl Levin (D-MI) and former Goldman Sachs Mortgages Department head Daniel Sparks, Senate Governmental Affairs Subcommittee on Investigations hearing, April 27, 2010

 

« En utilisant les mots mêmes que l’on trouve dans les documents que le sous-comité avaient exigés pour son enquête, le rapport montre comment des sociétés financières ont délibérément profité de leurs clients et investisseurs, comment des agences de notation ont donné la cote AAA à de titres à haut risque, et comment les organismes de contrôle n'ont rien fait plutôt que de mettre un frein aux pratiques risquées et douteuses partout autour d'eux. Des conflits d'intérêts endémiques sont au coeur de cette sordide histoire. »

Levin a ensuite ajouté que l'enquête avait trouvé « un désordre financier où régnaient la cupidité, les conflits d'intérêts et les méfaits ». Il a dit au New York Times : « Hors de tout doute, ces institutions ont trompé leurs clients et trompé le public, et les organismes de contrôle et les agences de notation,qui étaient en situation de conflit d'intérêts, en sont complices. »

Le rapport est divisé en quatre sections, chacune se concentrant sur un élément particulier du réseau de fraude et d'abus :

a)      les prêteurs hypothécaires,

b)      les organismes de contrôle,

c)      les agences de notation

d)      et les banques d'investissement de Wall Street.

1.      La première section traite du cas typique de Washington Mutual (WaMu) en détaillant les pratiques prédatrices et trompeuses d'octroi de prêts, de comptabilité et de communication de l'information financière qui ont mené, suite à l'implosion du marché hypothécaire des subprimes, à l'effondrement de la banque et la reprise par JPMorgan Chase en septembre 2008.

2.      La seconde section étudie le rôle corrompu de l'organe fédéral de l'Office of Thrift Supervision (OTS), qui a supervisé trois des plus grands échecs financiers de l'histoire des États-Unis : Washington Mutual, IndyMac et Countrywide Financial. Le rapport affirme que, « sur une période de cinq ans, de 2004 à 2008, OTS a souligné plus de 500 faiblesses importantes chez WaMu, mais n'a rien fait pour forcer la banque à améliorer ses pratiques d'octroi de prêts et a même entravé la supervision de la banque par un autre organisme de contrôle, la FDIC ».

3.      La troisième section documente le système par lequel les agences de notation Moody's et Standard & Poor's ont attribué des cotes de crédit supérieures aux obligations adossées à des actifs (CDO) et à d’autres titres complexes liés à des subprimes et à d'autres prêts hypothécaires toxiques, ce qui permet aux banques de faire des milliards de dollars en faisant passer ces valeurs mobilières pourries pour des placements de catégorie supérieure. En retour, les agences de notation ont engrangé des bénéfices énormes pour leurs services.

Comme le rapport l'indique : « Les agences de notation ont été payées par les entreprises de Wall Street qui ont demandé leur cotation et ont profité des produits financiers cotés... Les agences de notation ont assoupli leurs normes alors que chacune faisait compétition pour fournir la cote la plus favorable pour gagner une plus grande part des entreprises et du marché. Le résultat a été une course vers le bas ».

4.      La dernière section examine la fraude et la tromperie perpétrées par les grandes banques d'investissement qui ont profité d'abord de l'inflation du marché immobilier américain, puis de son implosion ensuite. Elle prend comme exemples Goldman Sachs et la Deutsche Bank. Goldman a commencé à miser fortement en 2007 que le marché immobilier s'effondrerait, vendant sous différentes formes des obligations adossées à des actifs liées à des prêts hypothécaires à haut risque même si elle pariait secrètement que la valeur de ces mêmes titres allait être en chute libre.

Le rapport cite des courriels par le plus gros opérateur mondial de CDO de la Deutsche Bank, Gregg Lippman, qualifiant les titres hypothécaires à risque mis sur le marché par la banque de « merde » et de « goinfres », et les opérations de la banque de « machine à CDO », qu'il désigne comme une « chaîne de Ponzi ».

FCIC's Angelides Says Financial Crisis Was `Avoidable'

FCIC's Angelides Says Financial Crisis Was `Avoidable'

April 14 (Bloomberg) -- Phil Angelides, chairman of the Federal Crisis Inquiry Commission, discusses the report by Senator Carl Levin, a Michigan Democrat, on the causes of financial crisis and what steps should be taken to prevent a second one from occurring. Angelides speaks with Lisa Murphy on Bloomberg Television's "Fast Forward." (Source: Bloomberg)

Le document souligne le rôle central des grandes banques de Wall Street qui ont répandu la fraude, en déclarant: « Les banques d'investissement ont été la force motrice derrière les produits de financement structurés qui ont fourni un flux régulier de financement aux bailleurs de fonds se développant en des prêts à haut risque et de mauvaise qualité et qui augmentaient le risque dans tout le système financier américain. Les banques d'investissement qui ont fabriqué, vendu et échangé des prêts hypothécaires liés à des produits financiers structurés, et qui en ont profité, ont été une cause majeure de la crise financière ».

Le portrait général en est un de criminalité de la part de l'établissement financier dans son ensemble qui, avec l’aide de tous les paliers de gouvernement en tant que co-conspirateur, ont systématiquement pillé l'économie afin de continuer à s'enrichir. Le résultat est un drame social pour des dizaines de millions de personnes aux États-Unis et de plusieurs millions dans le monde entier. Et pourtant, le résultat de ce crime historique est que:

Les banquiers et les spéculateurs sont plus riches
et plus puissants que jamais.

Pas un seul des cadres supérieurs d'une grande banque des États-Unis, d’un fonds de couverture, d’une entreprise hypothécaire ou d’une compagnie d’assurance n’a été mis en prison. Aucun d’eux n’a même été poursuivi.

Tout porte à croire qu’aucun ne sera accusé criminellement dans le futur. Comme pour le rapport semblable accablant sorti en janvier par la Commission d'enquête de la crise financière américaine, le rapport du Sénat a été en grande partie enterré par les médias de masse. Il a été brièvement rapporté dans les pages intérieures de certains des principaux journaux et à peine mentionné par les réseaux de télé, pour ensuite être abandonné.

Un jour après la publication du rapport du Sénat, le New York Times a publié un long article concernant l’absence de poursuite judiciaire contre les criminels de Wall Street. Il raconte la tenue d'une réunion privée entre l’ancien président de la banque de la réserve fédérale de New York (qui est maintenant le secrétaire au Trésor d’Obama), Timothy Geithner, et l’ancien ministre de la Justice de New York, Andrew Cuomo, en octobre 2008, où Geithner avait fortement encouragé Cuomo à faire marche arrière sur les enquêtes des banques et des agences de notations.

L’article fait le contraste entre l’absence d’accusations criminelles contre les banquiers aujourd’hui et ce qui avait suivi la débâcle des prêts et des épargnes à la fin des années 1980, lorsque des équipes spéciales du gouvernement avaient déféré 1100 cas à la Couronne et plus de 800 responsables des banques avaient été emprisonnés. Il note le déclin important des renvois, par les régulateurs des banques, au FBI, de 1837 cas en 1995 à 75 en 2006. Lors des quatre années suivantes, à l’apogée de la crise financière, une moyenne de seulement 72 responsables des banques par année a été la cible de poursuites criminelles.

L'OTS n’a pas déféré un seul cas au département de la Justice depuis 2000 et le Bureau du contrôleur de la monnaie, un groupe du département du Trésor, a déféré seulement un cas dans la dernière décennie.

Comment cela est-il possible? Pourquoi le PDG de Goldman, Lloyd Blankfein, le PDG de JPMorgan, Jamie Dimon, l’ancien PDG de Washington Mutual, Kerry Killinger, ainsi que le secrétaire au Trésor Geithner et son prédécesseur Henry Paulson (anciennement le PDG de Goldman), ne sont pas en prison?

De tels manipulateurs financiers sont protégés alors que les travailleurs sont privés d’emplois, de salaires, de maisons et de services sociaux essentiels afin de payer pour les dettes engendrées par le transfert de trillions de dollars en fonds publics vers les banques. La résistance collective à cette attaque est en train d’être criminalisée par des lois antigrèves, qui imposent des amendes et des peines de prison pour les travailleurs qui entrent en lutte.

Une raison expliquant l’absence de poursuite judiciaire est le pouvoir des individus impliqués, qui exercent tous une immense influence sur les politiciens, les médias et le système judiciaire. Mais les causes sont plus larges que le statut de quelques individus, tout comme ce sordide état de choses n’émerge pas de la cupidité individuelle, mais plutôt d'une profonde crise de tout le système.

La criminalisation de la classe dirigeante américaine est le résultat de plus de trois décennies durant lesquelles l’accumulation de richesse par l’élite financière et patronale est devenue de plus en plus séparée de toute la production. Dans sa quête du profit, la classe dirigeante a démantelé de larges sections de l’industrie et s’est tournée résolument vers la manipulation et la spéculation financière.

L’ascendance des sections les plus parasitaires de la classe capitaliste a été accompagnée par un déclin marqué du niveau de vie de la classe ouvrière. Les sections les plus riches et les plus puissantes ont acquis une quantité stupéfiante de richesses en pillant la société.

La classe dirigeante elle-même sent que de poursuivre l’une ou l’autre des personnalités les plus en vue qui ont escroqué le peuple américain (et toute l’humanité) exposerait rapidement tout le système. C'est juger le système capitaliste lui-même dont il serait question.


Extrait de: Shame on poor media coverage, Kudos to Levin-Coburn report, By ISD Editorial Board,  IOWA State Daily, Monday, April 18, 2011

If a bunch of senators got together and launched an investigation into Wall Street bankers and regulators, found that these Wall Streeters had played their clients like fiddles and then lied about it to those clients and to Congress, you would think it would be a big story.

If that investigation led to a report placing the blame for the financial crisis right in the hands of Wall Street executives, calling for more regulation, you'd think that would make it even bigger news.

And if that investigation got liberal and conservative senators alike to agree that it's time for Goldman Sachs executives, along with other Wall Street higher-ups, to face criminal charges — well, surely, that story would land on the front pages of the New York Times and the Wall Street Journal.

What we're talking about, in case you missed this story, is the 635-page final report released by Sen. Carl Levin, D-Mich. and Sen. Tom Coburn, R-Okla., Chairman and Ranking Republican on the U.S. Senate Permanent Subcommittee on Investigations, on April 13. The report, "Wall Street and the Financial Crisis: Anatomy of a Financial Collapse," is the product of a two-year bipartisan investigation. According to a news release from Sen. Levin, "the report catalogs conflicts of interest, heedless risk-taking and failures of federal oversight that helped push the country into the deepest recession since the Great Depression."

Where was the story?

It landed on page B1 of the April 14 New York Times, and the Wall Street Journal relegated it to C1.

In addition to Sen. Coburn, some of the most conservative members of the subcommittee are John McCain, Scott Brown and Rand Paul. As Richard Eskow wrote on the Huffington Post, "When four of the Senate's most prominent Republicans, including Tea Party Senators, endorse more regulation, that's news."

It's discouraging to see two of the nation's most prominent publications give so little attention to the story of how Wall Street execs lined their pockets at the expense of ordinary Americans.

As the Columbia Journalism Review points out, not all media fell short; Bloomberg, McClatchy and the Huffington Post all provided laudable coverage.

Despite the disappointing coverage from mainstream media, we applaud the members of this subcommittee for their investigation of the financial crisis. Levin has made it clear that the subcommittee will send its reports to the Department of Justice, which could lead to criminal prosecution for a few Goldman Sachs executives.

It's time to start enforcing the law and forcing the greedy bankers who got us into this mess to face consequences that amount to more than a slap on the wrist. And it's time for publications like the New York Times and the Wall Street Journal to step it up on their coverage of important stories like this — the stories that bring light to wrongdoing and, more importantly, to efforts aimed at countering wrongdoing.


Texte de 5 pages si ça vous intéresse.

Extrait de: In Financial Crisis, No Prosecutions of Top Figures, By GRETCHEN MORGENSON and LOUISE STORY, The New York times, April 14, 2011

It is a question asked repeatedly across America: why, in the aftermath of a financial mess that generated hundreds of billions in losses, have no high-profile participants in the disaster been prosecuted?

Answering such a question — the equivalent of determining why a dog did not bark — is anything but simple. But a private meeting in mid-October 2008 between Timothy F. Geithner, then-president of the Federal Reserve Bank of New York, and Andrew M. Cuomo, New York’s attorney general at the time, illustrates the complexities of pursuing legal cases in a time of panic.

At the Fed, which oversees the nation’s largest banks, Mr. Geithner worked with the Treasury Department on a large bailout fund for the banks and led efforts to shore up the American International Group, the giant insurer. His focus: stabilizing world financial markets.

Mr. Cuomo, as a Wall Street enforcer, had been questioning banks and rating agencies aggressively for more than a year about their roles in the growing debacle, and also looking into bonuses at A.I.G.

Friendly since their days in the Clinton administration, the two met in Mr. Cuomo’s office in Lower Manhattan, steps from Wall Street and the New York Fed. According to three people briefed at the time about the meeting, Mr. Geithner expressed concern about the fragility of the financial system.

His worry, according to these people, sprang from a desire to calm markets, a goal that could be complicated by a hard-charging attorney general.

Asked whether the unusual meeting had altered his approach, a spokesman for Mr. Cuomo, now New York’s governor, said Wednesday evening that “Mr. Geithner never suggested that there be any lack of diligence or any slowdown.” Mr. Geithner, now the Treasury secretary, said through a spokesman that he had been focused on A.I.G. “to protect taxpayers.”

Whether prosecutors and regulators have been aggressive enough in pursuing wrongdoing is likely to long be a subject of debate. All say they have done the best they could under difficult circumstances.

But several years after the financial crisis, which was caused in large part by reckless lending and excessive risk taking by major financial institutions, no senior executives have been charged or imprisoned, and a collective government effort has not emerged. This stands in stark contrast to the failure of many savings and loan institutions in the late 1980s. In the wake of that debacle, special government task forces referred 1,100 cases to prosecutors, resulting in more than 800 bank officials going to jail. Among the best-known: Charles H. Keating Jr., of Lincoln Savings and Loan in Arizona, and David Paul, of Centrust Bank in Florida.

Former prosecutors, lawyers, bankers and mortgage employees say that investigators and regulators ignored past lessons about how to crack financial fraud.

As the crisis was starting to deepen in the spring of 2008, the Federal Bureau of Investigation scaled back a plan to assign more field agents to investigate mortgage fraud. That summer, the Justice Department also rejected calls to create a task force devoted to mortgage-related investigations, leaving these complex cases understaffed and poorly funded, and only much later established a more general financial crimes task force.

Leading up to the financial crisis, many officials said in interviews, regulators failed in their crucial duty to compile the information that traditionally has helped build criminal cases. In effect, the same dynamic that helped enable the crisis — weak regulation — also made it harder to pursue fraud in its aftermath.

A more aggressive mind-set could have spurred far more prosecutions this time, officials involved in the S.&L. cleanup said.

“This is not some evil conspiracy of two guys sitting in a room saying we should let people create crony capitalism and steal with impunity,” said William K. Black, a professor of law at University of Missouri, Kansas City, and the federal government’s director of litigation during the savings and loan crisis. “But their policies have created an exceptional criminogenic environment. There were no criminal referrals from the regulators. No fraud working groups. No national task force. There has been no effective punishment of the elites here.”

Even civil actions by the government have been limited. The Securities and Exchange Commission adopted a broad guideline in 2009 — distributed within the agency but never made public — to be cautious about pushing for hefty penalties from banks that had received bailout money. The agency was concerned about taxpayer money in effect being used to pay for settlements, according to four people briefed on the policy but who were not authorized to speak publicly about it.

To be sure, Wall Street’s role in the crisis is complex, and cases related to mortgage securities are immensely technical. Criminal intent in particular is difficult to prove, and banks defend their actions with documents they say show they operated properly.

But legal experts point to numerous questionable activities where criminal probes might have borne fruit and possibly still could.

Investigators, they argue, could look more deeply at the failure of executives to fully disclose the scope of the risks on their books during the mortgage mania, or the amounts of questionable loans they bundled into securities sold to investors that soured.