La fin du dollar


Extrait de : Un pamphlet donne le dollar pour mort, Philippe Gumy, Le temps (Suisse), 14-04-11

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Dans son dernier ouvrage, la journaliste Myret Zaki peint le portrait univoque et définitif d’une Amérique en déroute et au bord de la faillite. La débâcle serait quasi imminente

La démonstration est sans nuances, péremptoire, définitive. Dans son dernier livre intitulé La Fin du dollar, la journaliste Myret Zaki a choisi la forme du pamphlet pour établir un diagnostic sur le billet vert. Qui court au krach «inévitable» et constitue «le principal risque planétaire».

Dans son anamnèse du mal américain, la rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, ancienne journaliste au Temps, égrène les chiffres:

·         14’000 milliards de dollars de dette pour l’Etat fédéral, soit pratiquement 100% du produit intérieur brut (PIB);

·         50’000 milliards si l’on y ajoute l’endettement des privés, des villes et des Etats;

·         200’000 milliards en tenant compte de tous les engagements futurs (retraite et de santé).

Le pays n’hésite pas à «frauder» en faisant tourner la planche à billets à plein régime, commente Myret Zaki, et sa banque centrale «n’est qu’un hedge fund» gorgé de dettes pourries. «Déjà techniquement en faillite», les Etats-Unis sont condamnés à imploser.

Exercice percutant

Le choix du genre pamphlétaire autorise l’usage de formules cinglantes et de la caricature, ce qui présente l’avantage d’expliquer en termes simples des réalités compliquées. En gros, la journaliste se fait l’écho de l’anxiété de nombreux Américains, à savoir que les Etats-Unis ne peuvent continuer à s’endetter à ce rythme. Tôt ou tard, le reste du monde ne voudra plus leur prêter. Et quoi qu’il advienne, la montée en puissance des pays émergents fera immanquablement flageoler un jour, difficilement prévisible, la suprématie du dollar. Personne ne conteste ces réalités. En forçant le trait et en les déclarant imminentes, Myret Zaki les met un peu mieux en évidence. L’exercice est percutant.

L’univocité du message a bien sûr le défaut de ses qualités: la simplification à outrance. Les Etats-Unis sont ainsi comparés sans autre forme d’explication à la zone euro, en partant du postulat implicite que cette dernière constitue une union homogène. S’il est pourtant une évidence que la crise de l’euro a révélée pour qui vivait encore dans l’illusion, c’est bien le fait que les dix-sept pays réunis autour de la monnaie unique ne sont qu’un agrégat. Une communauté d’intérêt monétaire sous la supervision d’une banque centrale, mais qui ne dispose d’aucun gouvernement aux compétences budgétaires et fiscales assimilables à celles dévolues à Washington. Amalgamer une possible faillite grecque à celle de la Californie revient du coup à comparer des pommes et des poires. Un citoyen de Los Angeles dont l’Etat se mettrait en défaut de paiement continuerait, le mois suivant, à bénéficier des mêmes prestations de chômage (fédérales) et du même système de base d’assurance maladie (fédéral). En Grèce, tout devrait être revu à la baisse à très court terme.

Univers manichéen

Autre exemple, évoquer une dette totale de 50’000 dollars, voire le montant astronomique de 200’000 milliards de dollars, mériterait un calcul identique pour chacun des pays membres de la zone euro. «La mort du dollar» ne le fait pas. A titre de comparaison, notons que la dette hypothécaire due par les ménages helvétiques se monte à près de 750 milliards de francs, soit 150% du produit intérieur brut (PIB) de la Suisse.

Grâce à son univers manichéen – les Etats-Unis en guerre économique contre le reste du monde truquent leurs statistiques et complotent contre l’euro –, Myret Zaki livre un ouvrage d’une lecture aisée. Mais celui qui cherche à comprendre les véritables enjeux des dangereux déséquilibres qui menacent le monde restera sur sa faim. Les défis que devront surmonter la Chine et l’Europe auraient mérité une place bien en vue, indépendamment de la forme littéraire retenue.


Extrait de : Myret Zaki sort un nouveau livre choc: «Le dollar va mourir», Le Matin, 09 avril 2011

La journaliste économique - qui, en 2008, nous a révélé les dessous de la débâcle d'UBS - s'en prend, dans un ouvrage à paraître demain, à la monnaie qui gouverne la planète. Elle démontre, pas à pas, «comment le billet vert est devenu la plus grande bulle spéculative de l'histoire». Et pourquoi sa fin est programmée.

Myret Zaki est, en très peu de temps, devenue l'écrivain économique le plus lu, le plus recherché en Suisse romande. La rédactrice en chef adjoint du magazine Bilan nous reçoit dans les locaux du magazine à Genève. Elle est toujours lumineuse, généreuse, brillante. Et pourtant. Ce petit bout de femme de 38 ans, originaire d'Egypte, est sans doute l'une des personnalités les plus craintes, actuellement, des milieux financiers helvétiques. La preuve.

Elle publie demain, aux Editions Favre*, un troisième livre à la thèse implacable: «La fin du dollar». Sa démonstration? «Ce n'est pas l'euro qui va mourir. C'est le dollar.» Silence... Comme elle le raconte elle-même, ce constat a laissé et laisse toujours ses interlocuteurs totalement cois. «Y compris, et peut-être avant tout, les banquiers genevois que j'ai rencontrés et qui sont tellement liés à la première puissance économique mondiale.»

La journaliste - qui a toujours su faire ces nécessaires pas de côté pour s'extraire de l'idéologie dominante et analyser «les faits» - a dû, pour cette stupéfiante enquête, affronter tous les sceptiques: «Lorsque j'annonçais à mes différents interlocuteurs que j'écrivais un livre sur la fin du dollar américain, raconte-t-elle, tous m'ont répondu: «Mais non, c'est plutôt l'euro qui a des problèmes. C'est sur la mort de l'euro que vous devriez écrire!»

Le risque grec? Une broutille!

Myret Zaki a ainsi commencé ses investigations sur le billet vert (et sur les dérives du système financier américain) en plein coeur du naufrage grec. Son livre va sortir demain, au plus fort de la nouvelle crise portugaise qui s'apprête à demander quelque 80 milliards d'euros d'aide à l'Union européenne. Changer d'avis, donc? «Jamais!» Et la spécialiste, brutalement, nous propulse dans le monde de la réalité, et non plus dans celui de Oui-Oui. La situation budgétaire des Etats-Unis? «Ils sont bien plus endettés que l'Europe.» Les pays européens qui, les uns après les autres, menacent de faire défaut? Vous voulez rire! «Bien sûr qu'une faillite de la Grèce serait grave en soi, surtout pour ses habitants. Mais la Grèce ne pèse même pas 2% de la zone euro. Voulez-vous connaître un vrai danger dont personne ne parle? La faillite de l'Etat de Californie, 7e puissance économique mondiale et qui affiche un taux d'endettement de 90% de son PIB.»

Risquons une dernière contre-offensive: «Mais les Etats-Unis ne pourront jamais faire faillite. Ils sont non seulement la première puissance économique et militaire mondiale, mais détiennent la monnaie qui règle 80% des transactions internationales. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, non?»

Eh bien non! Cette ère est terminée, selon l'auteure. La Chine, la Russie, l'Amérique latine et même, depuis peu, depuis le Printemps arabe, les pays producteurs de pétrole ne veulent plus tout payer en dollars. «Savez-vous que la Russie et la Chine, dans leurs échanges commerciaux, ne recourent plus du tout au billet vert, mais se paient respectivement en rouble et en remimbi?»

Nous voilà en centre de la démonstration de la «Fin du dollar». Point d'idéologie antiaméricaine ou de théorie du complot: les anciens «alliés» monétaires de Washington - Pékin en tête - prennent de plus en plus leurs distances face au billet vert.

«Parce que tous savent que le dollar est devenu la plus grande bulle spéculative de l'histoire»,

affirme Myret Zaki.

La preuve? Depuis 1913, le dollar, qui n'est plus adossé à aucune valeur tangible, tel l'or, a perdu 97% de sa valeur. A chaque bulle spéculative - la dernière sur les subprimes ayant par exemple détruit quelque 15 000 milliards de dollars en sauvetage bancaire -, la Réserve fédérale trouve la même martingale: imprimer, imprimer encore et toujours du papier.

Les Etats-Unis ne produisent pratiquement plus rien; même des grandes entreprises comme Google, Microsoft ou Facebook ne pèsent que pour 6% dans la création de valeur outre-Atlantique. Les Etats-Unis, au contraire, vivent à crédit: «Le pays a besoin de 6 dollars de dette pour produire 1 dollar de richesse. Trouvez-vous réellement que nous sommes là face à une économie saine?»

Les données - entièrement circonstanciées qu'avance Myret Zaki - font en effet trembler. La dette publique de l'Etat fédéral? On frise à ce jour les 14 000 milliards de dollars, soit plus de 100% du produit intérieur brut (contre 93% pour l'ensemble de la zone euro). On y rajoute l'endettement des ménages, ainsi que celui des entreprises, et nous voici à 360% du PIB, soit une dette de quelque 50 000 milliards de dollars. «Et cela ne comptabilise toujours pas les engagements futurs que les collectivités publiques américaines ont à l'encontre de leurs retraités ou du système de santé»...

Avec la journaliste, c'est toujours comme cela. Vous vous croyez déjà dans le mur? Détrompez-vous: tout compris, les Etats-Unis affichent aujourd'hui un «trou» de 200 000 milliards de dollars, «un chiffre, reconnaît-elle elle-même, qui ne veut plus rien dire, mais qui fait courir à la planète un risque systémique comme l'histoire humaine n'en a jamais connu.»

La Chine change la donne

Pire, ajoute Myret Zaki. Washington et son billet vert n'ont jamais aimé l'euro qui, soudain, a surgi en 1999 et qui se présenta, dans sa force et face à l'ampleur de son marché de 360 millions de consommateurs, comme un concurrent à abattre. L'euro est aujourd'hui une devise dans laquelle le Venezuela ou le Koweït facturent leurs livraisons de pétrole. L'euro est, en outre, une devise que privilégient la Chine, le Japon ou la Russie dans leurs trésors de guerre. Au détriment croissant du dollar. Une alliance «objective» s'est dès lors constituée entre le pouvoir politique américain et les gros hedge funds anglo-saxons, «qui, pour s'enrichir rapidement et massivement, se sont mis à spéculer sur la faillite de la Grèce, puis contre l'Irlande ou, aujourd'hui, contre le Portugal».

Ce qui, par contre, a changé face à cette domination sans partage, c'est que de plus en plus d'Etats forts, dans ce nouveau monde multipolaire, se détournent du dollar qui ne vaut plus rien, y compris les vieux amis (Arabie saoudite en tête) qui vendent aujourd'hui davantage de pétrole à la Chine qu'aux Etats-Unis. Les maîtres du monde changent. Et le monde s'y adapte... La fin du dollar roi, alors, c'est pour quand? «2014, répond Myret Zaki: l'ère du dollar prendra fin brutalement, ou graduellement.» Mais elle est programme.