Les chiffres de la faillite de la Fed


Extrait de : Les chiffres de la faillite de la Fed, Par Paul Bara, Money Week, 1 avril 2011

Fed sous la protection du Trésor

Comme nous l'expliquions, la Fed depuis le 6 janvier 2011, s'est placée sous la protection du Trésor. En effet, la Fed a acquis pour 1 250 milliards de dollars de Mortgage Backed Securities (MBS, des obligations adossées à des hypothèques), alors que ses fonds propres ne sont que de 50 milliards de dollars, soit un rapport de 25 (1 250/50).

Le problème c'est que ces MBS ont été acquis à leur valeur faciale et non pas à leur valeur de marché. Il suffirait donc que ces actifs financiers baissent de 4%, pour que les fonds propres de la Fed soient absorbés. En tenant compte de ses réserves, il faudrait une baisse de 10%.

Alors que le marché immobilier américain s'enfonce dans la crise, on peut considérer que les MBS ont perdu au minimum entre 30% et 40% de leur valeur. Evidemment la Fed n'est pas en faillite puisque le Trésor va convertir ces dettes en dettes à long terme (de la Fed envers le Trésor), avec un coût exorbitant pour le contribuable américain.

Mais ajoutons à cela que le Trésor américain a décidé de vendre 142 milliards de dollars de titres adossés à des crédits immobiliers (Agency Guaranteed Mortgages Backed Securities), à un rythme de 10 milliards de dollars par mois si le marché le permet.

Décision qui paraît surprenante, vu les derniers chiffres du marché immobilier, et qui traduit tout simplement les besoins de liquidités du Trésor. Ceci devrait, en outre, aggraver la crise de l'immobilier américain.

Le scénario du krach des bons du Trésor américain se dessine

PIMCO

Dans ce contexte très particulier, le plus gros fonds obligataires du monde (Pimco Total Return avec un encours de 230 milliards de dollars environ), géré par PIMCO, a décidé de liquider sa position en obligations d'Etat américaines.

Selon ses calculs, la Fed aurait acquis, depuis le début du QE2 (politique d'assouplissement quantitatif), 70% de la dette américaine.

"Qui va acheter des obligations de l'Etat fédéral quand la Fed ne le fera plus ?", s'interrogeait le patron de PIMCO, Bill Gross, en mars dernier. Sa réponse :"je n'en sais rien". Cela ne veut pas dire que ces titres ne trouveront pas d'acheteurs, mais ceux qui se présenteront ne se contenteront pas du taux actuel pour la note à 10 ans : 3,36%. Il faut rappeler, qu'en général, leur taux suit la croissance anticipée du PIB, soit 5% selon le modèle de PIMCO commenté par Bill Gross dans sa note de mars. Manquent donc 150 points de base (1,5%).

Ajoutons que ce scénario ne tenait ni compte du printemps arabe, ni de la catastrophe au Japon.

Monde arabe :

Les révolutions arabes, après avoir provoqué la chute de Ben Ali (Tunisie) et de Moubarak (Egypte) et fait chanceler Kadhafi, s'étendent au Yémen, à la Syrie, à Bahreïn et menacent l'Arabie Saoudite. Elles traduisent la volonté de la jeunesse arabe d'accéder à la démocratie ainsi qu'un désir de partage plus équitable des richesses : la rente pétrolière ne suffit plus à assurer la paix sociale. Les dirigeants de ces pays vont devoir utiliser leurs réserves de change afin de développer des projets industriels qui permettront de stimuler la croissance et l'emploi (notamment des jeunes). Les Etats-Unis risquent donc de perdre un de leur principal bailleur de fonds : les pays du Golfe.

Japon

Quant au Japon, il a été frappé par un tremblement de terre d'une puissance inégalée, par un raz-de-marée et une catastrophe nucléaire. Le lait et les légumes de la région touchée ont été interdits à la vente et l'eau à Tokyo a été considérée comme impropre à la consommation des nouveau-nés. Le Japon va donc sortir des radars de la mondialisation pendant au moins six mois avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer pour l'industrie électronique (semi-conducteurs), automobiles (pièces détachées) et en tant que centre financier.

Les Japonais, afin de stabiliser et reconstruire leur économie, vont rapatrier massivement leurs fonds, notamment les compagnies d'assurances. Le Japon est le second plus gros détenteur de bons du Trésor juste derrière la Chine avec un encours de 815 milliards de dollars (soit 20%). C'est pour cette raison que le yen a atteint un record historique vis-à-vis du dollar. Les Etats-Unis vont perdre leur second plus gros bailleur de fonds.

Enfin le printemps arabe et la catastrophe au Japon vont accentuer la hausse du prix des matières premières agricoles ainsi que du pétrole. Quant à la paralysie de l'économie japonaise, elle va faire flamber le prix des semi-conducteurs et des pièces détachées automobiles. Ces tendances vont accentuer le grand retour de l'inflation qui va frapper de plein fouet les détenteurs d'obligations.

Le vrai rendement que voudront les acheteurs de bons du Trésor

Si on tient compte du retour de l'inflation, du printemps arabe et de la catastrophe au Japon, il faut ajouter au taux de 5%, une prime de risque de 10%, soit un taux de 5,5%. Ce taux traduit la monétisation systématique des déficits et l'augmentation du risque : le ratio service de la dette / recettes fiscales va s'envoler. Il y donc un risque non négligeable d'implosion du marché des bons du Trésor américain, à partir du second semestre 2011. La Fed, dans ce contexte, ne pourra prolonger au-delà du mois de juin sa politique d'assouplissement quantitatif. Quant à la Chine, elle sera réticente à continuer de financer la dette publique américaine. Voilà un début de réponse à la question de Bill Gross.

Ces tendances seront aggravées par la crise de la dette souveraine dans la zone euro, où rien n'est réglé; et la crise des munibonds (obligations réservées aux collectivités locales aux Etats-Unis) qui traduit les difficultés financières des Etats fédérés (Californie, Wisconsin, Pennsylvanie...).

Un QE3 pour retarder le KO (krach obligataire) ?

Évidemment, il y a un autre scénario, car il faut tenir compte du facteur politique : les États-unis feront pression sur les États du Golfe et la Chine afin qu'ils continuent d'acheter des bons du Trésor et prolongeront leur politique d'assouplissement quantitatif (QE3). Mais ce ne sera que partie remise : les pays du Golfe savent que s'ils veulent survivre, ils doivent répondre aux aspirations démocratiques et au développement économique de leurs populations. Quant à la Chine, elle mise, à long terme, sur l'euro et l'or.

En conclusion :

Pour sortir de la crise, on a imaginé aux Etats-Unis (et ailleurs), la stratégie suivante : les Etats se sont massivement endettés afin de renflouer le système bancaire. Ils ont emprunté (bien au-delà de leurs possibilités) des fonds, qu'ils ont prêtés aux banques. Ces mêmes banques ont acheté des obligations d'Etat.

On a créé une bulle de la dette publique qui implosera quand les taux remonteront. La faillite des Etats risque d'entraîner celle de la démocratie : difficile d'expliquer aux gens, que ceux qui ont provoqué la crise, ont été renfloués à coups de milliards, et que les autres doivent se serrer la ceinture. Mais le pire n'est jamais certain, il n'est que probable.