L’internet contre le totalitarisme gouvernemental

Introduisons dès maintenant un concept central de la théorie économique de la politique : l'ignorance rationnelle.

 

Lorsqu'un individu achète une voiture, les deux conditions à l'adoption du choix rationnel sont remplies : le choix individuel est décisif et l'enjeu personnel est grand.

 

Son intérêt de consommateur est de choisir la voiture qui lui convient le mieux. La prudence et le plus grand soin s'imposent à lui. Il acquerra rationnellement l'information optimale. Supposé maintenant que la marque de voiture qu'il conduira soit déterminée, non par son choix particulier, mais par la majorité.

 

L'enjeu pour lui reste aussi grand, mais son pouvoir sur les caractéristiques de la voiture qu'il obtiendra devient pratiquement nul. Il perd tout intérêt à acquérir l'information pertinente à l'achat.

 

Il s'ensuit souvent qu'une large fraction de la population ne saura jamais qu'une institution ou une mesure législative lui inflige des dommages réels.

 

Dans l'impossibilité d'acquérir toute l'information nécessaire à la vie en société, les gens retiendront l'information transmise par les opinions et les comportements de leurs voisins, l'information publique pour ainsi dire. La réputation des produits et, d'une façon encore plus directe, le langage politiquement correct, reposent souvent sur cet instinct grégaire.

 

La grande diffusion d'une information devient souvent aux yeux des gens le gage de sa validité.

 

En empruntant cette voie facile, les gens ne font pas qu'économiser leur temps et leurs efforts ; ils acquièrent une bonne réputation. Ils n'hésiteront souvent pas à falsifier leurs profondes préférences pour faire comme les autres et se faire accepter.

 

Dans un monde politisé, nous devenons spontanément conformistes, «suiveux».

 

Comme le veut le dicton, quand tout le monde pense de la même façon,
personne ne pense beaucoup.

Source : Ignorance rationnelle

 

Depuis, la crise économique le peuple commence sérieusement à se poser des questions sur la qualité de la gouvernance.

Sont-ils dirigés pour satisfaire les groupes d’intérêts ou pour satisfaire le bien commun?

Depuis l’avènement de l’internet, des groupes sociaux et des blogueurs, les dirigeants politiques ont de plus en plus de la difficulté à contrôler l’information, et de maintenir la population dans l’ignorance rationnelle, scandale, corruption et copinage est constamment divulgué, et tant mieux.

Un jour, il y a des chances que les peuples reprendront la situation en main, pour avoir une vraie démocratie représentative qui sera un juste équilibre entre la création et la distribution de sa richesse.

Prenez un exemple, il y a-t-il un seul média qui a discuté dernièrement du mode de scrutin que nous avons au Canada.

Il est aberrant que nous ayons encore un mode de scrutin uninominal, sérieusement désuet et légitimant des distorsions majeures de représentativité, seulement trois pays l’exercent encore (le Royaume-Uni, l’Inde et le Canada).

Pas un seul n’a eu assez de courage pour discuter de cette anomalie en 2011, ce mode de scrutin  créant un écart important entre le vote de la population et la composition des députés, exemple classique du contrôle des médias par les pouvoirs financiers et politiques.


Extrait de : Clavier comme épée, Éric Duhaime, Journal de Québec, 26/04/2011

Une police surveille le Net pour empêcher ses citoyens d’afficher des résultats électoraux sur Twitter, Facebook, les blogues ou les sites Web, sans quoi des peines allant jusqu’à 25 000 $ ou cinq ans de prison s’appliquent.

Vous penserez spontanément qu’il s’agit d’un pays arabe en pleine révolution démocratique où un dictateur tente désespérément de contrôler l’information.

Détrompez-vous! Ça se passe ici même et ça s’appliquera à vous tous, le 2 mai.

En effet, l’article 329 de la Loi électorale du Canada stipule « qu’il est interdit de diffuser le résultat du vote d’une circonscription dans une autre circonscription avant que les bureaux de scrutin y soient fermés ».

La semaine dernière, Élections Canada sentait même le besoin d’envoyer un rappel aux médias sur le fait que la loi interdit cette diffusion. On devra donc attendre que tout le monde ait fini de voter dans le fin fonds de la Colombie-Britannique avant de pouvoir annoncer sur notre mur Facebook qui est votre nouveau député élu depuis quelques heures.

OBSOLÈTE

Cette législation date de 1938. À l’époque, il était facile de contrôler quelques stations de radio dans un pays avec six fuseaux horaires. Dans l’univers virtuel d’aujourd’hui, cette loi s’apparente à une relique liberticide, inapplicable dans notre nouvelle réalité.

C’est aussi ridicule que si on interdisait à Denis Coderre d’envoyer des tweets sur les buts du Canadien parce que certains regardent le match en différé.

Cette disposition législative a d’ailleurs été contestée par un citoyen de Vancouver qui s’est rendu jusqu’en Cour suprême en 2007. Dans une décision à 5 contre 4, il a malheureusement perdu. Les juges dissidents ont cependant fait remarquer que connaître certains résultats électoraux avant de se présenter aux urnes ne modifie pas significativement notre intention de vote, tandis qu’empêcher la diffusion de ces résultats représente clairement une violation à notre liberté d’expression.

À VOS CLAVIERS

Les nouvelles technologies constituent aujourd’hui nos meilleures armes pour combattre le totalitarisme gouvernemental. Sans médias sociaux, les manifestations de Tunisiens exaspérés ne se seraient jamais propagées comme une traînée de poudre dans tout le monde arabo-musulman, dernière grande civilisation privée de démocratie.

La Chine, Cuba, la Corée du Nord et les autres dictatures communistes peinent aussi, de plus en plus, à contrôler le contenu sur Internet. Twitter et Facebook font maintenant plus pour avancer les droits démocratiques que n’importe quel politicien ou activiste.

Notre droit de connaître les résultats électoraux au fur et à mesure qu’ils sortent semble bien mineur comparé aux atrocités combattues ailleurs. Mais cette interdiction s’inspire de la même volonté d’État d’attaquer notre liberté d’expression en utilisant la force et les sanctions.

Notre ordinateur nous permet quotidiennement de conquérir de nouveaux espaces de liberté individuelle. Les internautes, sans trop s’en rendre compte, font reculer les frontières de la surréglementation, du secret d’État et de l’oppression gouvernementale

Nous verrons bien si, lundi soir, les internautes respecteront le black-out sur l’information qui leur est imposé par notre loi électorale.


 

  1. gravatar

    # by F. Boiteau - 27 avril 2011 à 07 h 40

    "Pas un seul n’a eu assez de courage pour discuter de cette anomalie en 2011, ce mode de scrutin permettant de créer un écart important entre le vote de la population et la composition des députés, exemple classique du contrôle des médias par les pouvoirs financiers et politiques"


    Ce n'est pas totalement vrai. Le NPD a toujours été fort sur la promotion d'un système à la proportionnelle (qui annihilerait le Bloc, donnerait des sièges aux Verts et plus de sièges au NPD).

    Un système proportionnel n'est pas, selon moi, la meilleure solution, car il devient impossible pour un gouvernement de fonctionner sans avoir des alliances avec de petits partis extrémistes que l'on attire avec des cadeaux législatifs.

    Je ne défend pas un système uninominal, car évidemment ce système devrait être révisé pour être plus représentatif...un système tel que proposé par référendum en Ontario (50% représentatif, 50% uninominal - proposition qui n'a pas passé le plébiscite) serait déjà un début...

  2. gravatar

    # by Québec de Droite - 27 avril 2011 à 09 h 15

    Ce qui est important c'est d'avoir une meilleure proportionnalité.

    Tout changement sera bienvenu.

    Q.D.