Pénurie ou pas, on part


Extrait de : Pénurie ou pas, on part, Hélène Baril, La Presse, 09 avril 2011

Le secteur minier est en plein essor au Québec. D'ici 5 ans, il devra embaucher 6000 personnes pour remplacer ceux qui partent à la retraite et pourvoir de nouveaux postes.

C'est un minimum, selon Michel Bélanger, directeur général du Comité sectoriel de la main-d'oeuvre de l'industrie des mines, qui estime que les besoins seront plus probablement de 8000 personnes.

Aux prises avec une rareté de main-d'oeuvre, l'industrie minière ne veut pas laisser partir ses travailleurs les plus expérimentés. Mais ils partent quand même, à 50 ou 55 ans, et tout indique qu'ils continueront à le faire malgré les mesures contenues dans le budget.

«À cet âge les gens sont prêts à prendre leur retraite, explique Michel Bélanger, et leur salaire leur permet de le faire.» Un mineur débutant peut gagner 50 000$ et un travailleur d'expérience, jusqu'à 120 000$.

Une entreprise minière a-t-elle intérêt à laisser partir les «vieux» pour embaucher plus de jeunes, qui coûtent moins cher et sont plus productifs?

Plus productifs, vraiment? Michel Bélanger n'y croit pas. «Il faut cinq ans pour devenir un bon mineur, dit-il. Les employeurs préfèrent les gens expérimentés.»

Selon lui, les changements apportés au Régime de rentes du Québec n'augmenteront probablement pas l'âge du départ à la retraite dans le secteur minier. Ils aideront peut-être les mines les moins éloignées des centres urbains à garder leur main-d'oeuvre plus longtemps, mais pas les nouvelles mines, situées de plus on plus loin. Ce n'est pas seulement une question d'argent, souligne Michel Bélanger. «Rendus à un certain âge, on n'a plus envie de passer trois semaines au Nunavut et une semaine à la maison

Les travailleurs des pâtes et papiers sont dans la même situation. «Quand on travaille depuis 30 ans sur des quarts de 24 heures, dans la chaleur et dans le bruit, on a hâte à la retraite», estime Renaud Gagné, du SCFP au Québec. «À moins d'être très mal pris financièrement, les gens ne resteront pas plus longtemps à l'usine», dit-il.

Le facteur qui peut changer la donne, c'est que de plus en plus d'entreprises veulent mettre la hache dans leurs régimes de retraite. C'est vrai dans le secteur forestier, mais aussi partout où les régimes sont les plus généreux. Moins riches qu'ils l'espéraient, ces travailleurs se verront forcés de travailler plus longtemps.

Si c’est valable pour le secteur privé, pourquoi pas le secteur public ?

Ah oui, j’oubliais nos politiciens couchent avec les syndicats.

Autrement, tous ceux qui ont de bons régimes de retraite privés et de l'épargne personnelle ne changeront pas de comportement à cause des mesures budgétaires, résume Diane-Gabrielle Tremblay. Pour ceux-là, «la rente de la RRQ ne représente qu'une trop petite partie de leurs revenus à la retraite. Il va falloir faire plus.»