Pourquoi la Chine épargne autant


Extrait de : Pourquoi la Chine épargne autant, Christian Chavagneux, Alternatives Economiques n° 301 - avril 2011

a)      L'accroissement des profits des entreprises,

b)      de bonnes rentrées fiscales pour l'Etat

c)      et la nécessité d'économiser pour la dot du fils unique

contribuent à expliquer l'impressionnant bas de laine chinois.

Chine - Taux d'épargne

Avec une épargne représentant le niveau phénoménal d'un peu plus de 50 % du produit intérieur brut (PIB) depuis 2007, les Chinois affichent un taux bien plus élevé que les autres pays émergents et les grands pays industrialisés.

Et bien plus fort que ceux du Japon ou des autres dragons asiatiques au même moment de leur développement.

Comment l'expliquer ? C'est la question à laquelle ont tenté de répondre trois chercheurs chinois [1], tout en signalant d'emblée qu'il faut se montrer humble sur la question, les motivations de l'épargne restant parmi les sujets les moins biens compris par les économistes. Leur étude tente de cerner pourquoi les entreprises, l'Etat et les ménages épargnent autant.

Des profits en hausse

Pour les entreprises, la principale raison tient à ce que leurs profits ont augmenté : on met d'autant plus d'argent de côté que ses revenus sont importants.

Quelles sont les raisons de cette hausse des profits ?

a)      D'abord, une main-d'oeuvre bon marché, due aux migrations des zones rurales vers les centres de production qui permettent de maintenir un salaire bas. S'appuyant sur cet avantage comparatif,

b)      les entreprises chinoises ont trouvé preneur pour leurs produits, accroissant leurs profits à la fois par une augmentation des ventes à l'étranger et

c)      par les rabais fiscaux accordés par le gouvernement aux exportateurs,

dont le montant a pu représenter jusqu'à l'équivalent de 10 % de l'épargne des entreprises.

Ensuite, la privatisation des entreprises publiques, entamée à partir de 1998, a permis d'augmenter la productivité du secteur productif.

De leur côté, les entreprises publiques ont bénéficié de deux avantages : des taux d'intérêt d'emprunt faibles et un Etat actionnaire ne demandant pas - jusqu'en 2008 - le versement de dividendes qui représentaient encore en 2007 moins de 0,5 % de la valeur ajoutée des entreprises.

Enfin, les PME ayant du mal à accéder au crédit bancaire ont eu tendance à épargner.

Le rôle du mariage

Du côté de l'Etat, la mise en place d'une taxe sur le système productif à la fin des années 1990 explique 65 % de la hausse des revenus de l'Etat, contribuant à une augmentation de l'épargne publique (recettes moins dépenses de consommation) au cours des dix dernières années.

Du côté de l'épargne des ménages, ce sont les plus riches qui ont porté son accroissement, celui-ci apparaissant ainsi comme l'un des effets de la montée des inégalités.

Enfin, la priorité donnée au fait d'avoir un enfant mâle (ce qui conduit à des avortements sélectifs) a créé une situation de forte concurrence sur le " marché " du mariage, les familles étant amenées à épargner plus pour doter financièrement le mieux possible leur fils afin d'accroître ses chances de trouver une épouse.

Les trois auteurs concluent que le taux d'épargne chinois a atteint, selon eux, un point haut ; il devrait diminuer dans les années qui viennent, amenant ainsi une croissance davantage tirée par la consommation interne.