Spécial immobilier : ville ou banlieue ?

L’Actualité a fait un cahier spécial sous la rubrique : Spécial immobilier : ville ou banlieue ?

En voici quelques extraits :


Extrait de : Spécial immobilier : ville ou banlieue ? , Isabelle Ducas, l’Actualité.com, 30 Mars 2011

Les aubaines ne se trouvent pas toujours où l’on pense. La ville offre parfois de petits coins de verdure abordables et la banlieue ne cesse de se réinventer. Suivez le guide !

Sa petite fille de huit mois dans les bras, Yannick Nantel écume régulièrement le Web, à l'affût de maisons nouvellement mises en vente. Depuis l'arrivée de son deuxième enfant, la famille se trouve un peu à l'étroit dans sa copropriété du Plateau-Mont-Royal, à Montréal.

Les recherches sont toujours infruc­tueuses après un an et demi. Trop cher, trop petit, trop loin, déjà vendu... Pas facile de trouver le nid idéal dans un marché où les acheteurs sont légion et où les pro­priétés s'envolent parfois en quelques heures.

SOMMAIRE

Page 4 - Avez-vous les moyens... >>
Page 4 -
Le transport compte pour beaucoup >>
Page 5 -
Géographie des aubaines >>
Page 6 -
Montréal : un cœur réservé aux riches ? >>
Page 7 -
Québec : ces chères banlieues >>
Photoreportage - Maison : pour 225 000 $, j'obtiens quoi ? >>
Supplément -
Le prix moyen des propriétés, région par région >>
Dollars et cents -
Éviter que la maison ne s'envole >>


Extrait de : Spécial immobilier : ville ou banlieue ? - Page 2, par Isabelle Ducas, l’Actualité, 30 Mars 2011

Les aubaines ne se trouvent pas toujours où l’on pense. La ville offre parfois de petits coins de verdure abordables et la banlieue ne cesse de se réinventer. Suivez le guide

Odile Rampy constate que les coûts de la deuxième auto grugent le budget familial et compromettent les visites annuelles à la famille de son conjoint, en Italie. Mais le couple ne s'attarde pas trop aux questions budgétaires : il aime son milieu de vie, la grande cour où les enfants s'amusent, le quartier tranquille, l'école et le train de banlieue, qui permet à Odile de lire pendant les 50 minutes de trajet entre la maison et le travail.

Le prix est le critère le plus important lors de l'achat d'une maison, mais d'autres considérations pèsent lourd dans la balance, confirme un sondage de la Chambre immobilière du Grand Montréal (CIGM) mené l'automne dernier : la sécurité du voisinage, la beauté du quartier, l'accès à des parcs et espaces verts, la proximité des services et du lieu de travail ainsi que l'accessibilité des transports en commun.

« L'endroit où on décide d'habiter, ce n'est pas rationnel », observe Éric Brassard, planificateur financier et auteur de guides sur l'achat de propriétés et de véhicules. « Chacun a sa propre définition de la qualité de vie. Moi, je ne quitterais pas mon quartier [Montcalm, près du centre-ville de Québec], parce que je veux aller travailler à pied, faire du ski de fond sur les plaines d'Abraham, fréquenter les restos du coin. Si je ne regardais que l'aspect financier, je n'habiterais sans doute pas ici. » D'autres tiennent à avoir un garage, une piscine, du gazon à tondre, et sont prêts à s'éloigner pour trouver leur petit paradis.

La banlieue en ville est le rêve de bien des gens. C'est en tout cas l'argument de vente de l'agent immobilier Stéphane Forest pour le secteur du parc Angus, dans Rosemont, au centre de Montréal. « Les gens trouvent ici des rues tran­quilles, des propriétés avec des terrains, des garages et du stationnement, dit-il. Mais nous sommes à quatre minutes en voiture de la vie urbaine du Plateau-Mont-Royal. » La banlieue en ville a cependant un prix : les maisons se vendent aujourd'hui 367 500 dollars (prix médian) dans le quartier Rosemont¬La Petite-Patrie, une hausse de 21 % en un an.

La ville aura beau vouloir se prendre pour la banlieue, elle n'y réussira jamais tout à fait, a constaté Lynn-Louise Beauchamp : après trois ans à Montréal, elle et son conjoint viennent de mettre leur copropriété en vente pour retourner en banlieue. « Je n'aime pas la poussière et le bruit, explique cette retraitée de 53 ans. Et je m'ennuie d'avoir un terrain, un jardin et un spa. »

Lynn-Louise Beauchamp a passé les 50 premières années de sa vie à Châteauguay : elle y est née, y a grandi et y a élevé ses deux enfants. Puis, plutôt que de payer un appartement à sa fille au moment où celle-ci commençait à étudier à Montréal, toute la famille est allée vivre dans l'île. L'aventure n'a pas été désagréable : le couple a bien profité de la vie culturelle, des restos et des nombreuses activités. Mais l'appel de la banlieue se fait insistant pour les parents. Les enfants, eux, ont choisi de rester en ville.

« Les gens tendent à retourner dans le milieu où ils ont grandi », note Andrée Fortin, professeure au Département de sociologie de l'Université Laval et codirectrice du Groupe de recherche sur les banlieues. Et les deux dernières générations ont grandi majoritairement en banlieue, dans des bungalows individuels, dit-elle pour expliquer la popularité persistante des régions périphériques, malgré les problèmes de congestion routière qui s'aggravent d'une année à l'autre.


Extrait de : Spécial immobilier : ville ou banlieue ? - Page 3 ,par Isabelle Ducas, l’Actualité, 30 Mars 2011

Les aubaines ne se trouvent pas toujours où l’on pense. La ville offre parfois de petits coins de verdure abordables et la banlieue ne cesse de se réinventer. Suivez le guide !

Ceux qui sont originaires de la campagne ont aussi tendance à opter pour une résidence en banlieue plutôt que dans un centre urbain, ajoute Andrée Fortin. « Pour les jeunes familles, ce n'est pas facile de trouver, à prix abordable, de grands appartements ou des maisons en ville avec une cour. »

En 2009-2010, Montréal a ainsi perdu 23 600 résidants au profit des banlieues. La vaste majorité étaient âgés de 0 à 14 ans et de 25 à 44 ans. Même chose à Québec, avec moins d'ampleur : 299 personnes ont quitté la ville centre pour la périphérie l'année dernière.

Les jeunes de 15 à 24 ans font le chemin inverse, pour étudier ou pour travailler. Et lorsqu'ils décident de devenir propriétaires, ils jettent leur dévolu sur des appartements en copropriété dans les secteurs animés.

C'est dans l'arrondissement de Ville-Marie, à Montréal, que l'on observe le plus grand nombre de condos vendus, pour un prix médian de 305 000 dollars (hausse de 15 % en un an). La demande est telle que la société Prével, qui construit des immeubles en copropriété au centre-ville de Montréal, a dû faire appel à la police l'été dernier pour surveiller les acheteurs potentiels qui faisaient la file devant son bureau plus de 24 heures avant la mise en vente des appartements de son immeuble Le Séville, rue Sainte-Catherine Ouest. « On est des constructeurs, on n'a pas d'expertise en maîtrise des foules », dit le coprésident de Prével, Jacques Vincent.

Pour la deuxième phase du complexe résidentiel, Prével a attribué par Internet des numéros aux acheteurs inté­ressés et a ensuite procédé à un tirage au sort, sous la vérification d'une société comptable.

Quelques représentants de la génération du baby-boom dont les enfants ont maintenant quitté la maison s'installent aussi dans un condo en ville. Mais on n'observe pas de vague. « Les baby-boomers vont plutôt vieillir dans les banlieues où ils vivent », dit Raphaël Fischler, directeur de l'École d'urbanisme de l'Université McGill. « D'autres vont s'installer dans de petites villes, en périphérie des grands centres ou à la campagne. »

La popularité des coins de campagne près de la ville explique la flambée des prix dans des régions comme les Laurentides (canton de Gore, Saint-Donat), Lanaudière (Saint-Jean-de-Matha, Saint-Damien, Rawdon) et la Montérégie (Dunham, Shefford).

Marie-Paule Villeneuve, elle, a trouvé sa campagne à Mansonville, en Estrie. Journaliste et auteure, elle compte prendre une retraite consacrée à l'écriture dans une ancienne église protestante qu'elle a achetée l'été dernier pour une bouchée de pain (115 000 dollars) et où elle a aménagé un logement. Elle a gardé un pied-à-terre à Longueuil. « C'est pas mal plus intéressant, et moins cher, que si je m'étais acheté un condo au bord de la route 132, face au fleuve », dit-elle.

Pour sa part, François Leduc a vendu sa maison du quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, pour déménager au bord du fleuve, à Beauharnois, ville de son épouse et de ses ancêtres à lui - son grand-père en a même déjà été maire ! Ce psychologue industriel s'offre la liberté de travailler à temps partiel comme prélude à la retraite et planifie ses déplacements en ville en dehors des heures de pointe. « Et certains matins, je suis heureux de prendre mon kayak plutôt que ma voiture », dit-il