1.1 J’ai un pouvoir d’achat qui stagne et même un niveau de vie qui régresse

Cahier spécial : Croissances et inégalités dues à la mondialisation

La hausse du pouvoir d’achat

Dans la discussion politique, la hausse du pouvoir d’achat a remplacé la hausse des sa­laires. Ce changement de langage n’est pas neutre. En effet, notre salaire et les transferts sociaux peuvent ne pas augmenter mais notre pouvoir d’achat augmenter. Par quel mi­racle ? Grâce à la baisse des prix des biens et services que nous consommons. Cette baisse peut provenir d’une augmentation de la productivité ou de l’achat croissant de biens importés qui coûtent moins chers parce qu’ils sont fabriqués dans des pays à bas salaire. Avec la mondialisation dérégulée, c’est le second facteur qui est prédominant.

Dans ce cadre, pour que le pouvoir d’achat de la majorité des ménages français aug­mente, il faut que la :

Dérégulation fasse baisser davantage les prix que les salaires.

Telle est l’équation de la mondialisation heureuse ! Dans les premières années de celle-ci, cela s’est produit grâce à l’arrivée massive sur le marché de biens de consommation et d’équipement à très bas coût.

Chantage à la délocalisation

Ce temps est maintenant révolu. Car l’ouverture des frontières n’a pas pour seul effet de laisser entrer des produits à bas coût. Assez rapidement, elle met sous pression les sa­laires, notamment via le chantage à la délocalisation.

Et comme la baisse des salaires n’est jamais assez importante pour concurrencer la main d’oeuvre chinoise, elle débouche in fine :

Sur la destruction des emplois et la désindustrialisation progressive du pays.

Nous en sommes là ! Et encore, le terme de désindustrialisation ne donne pas la juste mesure du phénomène car l’agriculture et les services sont également touchés.

Après la baisse des salaires, ce qui se produit ou se profile pour un nombre croissant de Français, c’est plus de salaire du tout !

Gagnant à court terme, mais perdant à moyen-long terme

L’équation de la dérégulation totale des échanges est donc gagnante sur le court terme, mais nécessairement perdante à moyen et long terme.

Par ailleurs, la notion de ménages peut également s’avérer trompeuse. Pour la comp­tabilité, nationale, quand on lit « les ménages », il s’agit d’une moyenne. La prospérité croissante d’une petite proportion de très riches suffit à la faire augmenter même si pour un plus grand nombre de ménages, on enregistre une chute du niveau de vie.

Deux à travailler

De surcroît, dans un ménage, les salaires peuvent diminuer et les ressources augmenter car nous sommes désormais de plus en plus fréquemment deux à travailler. Certes, nous obtenons ainsi des revenus supérieurs, mais nous sommes aussi contraints à de nouvelles dépenses : crèches, voiture supplémentaire, etc. Ainsi une augmentation de revenu ne signifie pas nécessairement une augmentation du niveau de vie disponible.

Immobilier

L’impact de l’immobilier sur le niveau de vie des ménages mérite aussi d’être décrypté. En effet, pour pouvoir comparer le niveau de vie des ménages propriétaires de leur lo­gement et celui de ménages qui ne le sont pas, l’Insee ajoute aux revenus des premiers, un « loyer fictif » équivalent à celui qu’ils auraient dû verser s’ils étaient locataires.

En cas de bulle immobilière, les ménages propriétaires vont donc voir leurs revenus exploser sur papier sans que cela modifie en rien leur train de vie réel : la maison ou l’appartement qu’ils occupent sont toujours les mêmes !

En revanche, pour les loca­taires, l’augmentation du loyer se produit bien dans la vie réelle : leur train de vie diminue à mesure que la bulle gonfle.

Dans les statistiques, l’enrichissement des uns est compensé par l’appauvrissement des autres dans un jeu apparemment équilibré. Mais, en réalité, la hausse du niveau de vie des ménages propriétaires est fictive tandis que la chute du niveau de vie des ménages locataires est bien réelle.

Contrairement à ce que l’on entend souvent, les statistiques ne sont pas fausses. Elles sont mathématiquement exactes mais néanmoins parfaitement impuissantes à refléter la situation vécue des ménages. En effet, pour un grand nombre d’entre eux la réalité est celle d’un niveau de vie en stagnation voire en régression.


Table des matières

Pouvoir d'achat et conditions de vie dans la mondialisation

1. UNE CLASSE MOYENNE TIRÉ VERS LE BAS        

1.1 J’ai un pouvoir d’achat qui stagne et même un niveau de vie qui régresse

1.2 J’ai de plus en plus de dépenses contraintes

1.3 Je travaille plus car nous faisons la semaine de… 70 heures !

1.4 Je dépends d’un travail subventionné

1.5 Je suis stressé et dans une situation précaire

1.6 Vivre à crédit sur les générations à venir, est-ce un avenir ?

2. LES PSEUDO-GAGNANTS

2.1 J’ai cru à tort faire partie du « club des winners »

2.2 J’ai gagné comme consommateur… mais tout perdu comme producteur !

2.3 Je suis un cadre en pleine crise de sens            

2.4 Je suis un cadre ou un patron au bord de la crise de nerf

2.5 Je suis un père inquiet pour l’avenir et celui de mes enfants

2.6 Je profite à fond du système… mais jusqu’à quand ?

3. LES VRAIS PERDANTS

3.1 Je suis jeune et je ne peux pas faire de projet d’avenir

3.2 J’ai perdu mon emploi, mes indemnités fondent

3.3 Je suis un travailleur pauvre abonné aux emplois précaires

3.4 Je vis dans une famille nombreuse mais pauvre               

3.5 Je suis seul et je dois élever un ou des enfants

3.6 Pauvre, est-ce notre avenir ?

Le document original des auteurs (PDF) : Pouvoir d’achat et conditions de vie dans la mondialisation

Le document de Québec Droite (PDF) : Croissances et inégalités dues à la mondialisation