1.3 Je travaille plus car nous faisons la semaine de… 70 heures !

Cahier spécial : Croissances et inégalités dues à la mondialisation

À partir des années 60, les femmes sont arrivées massivement sur le marché du travail. Leur taux d’activité a doublé si bien que désormais, dans un ménage, les deux adultes travaillent.

Cela explique en grande partie la hausse du pouvoir d’achat des ménages ob­servée par les statistiques. De fait, lorsque deux membres d’un même couple travaillent, ils gagnent plus que si seulement l’un des deux travaillait.

Le couple travaille

Toutefois, le niveau de vie de ces couples bi-actifs n’est mécaniquement pas deux fois plus élevé, loin de là. D’abord parce que, même à niveau de responsabilité identique, les femmes gagnent moins que les hommes. Ensuite, cet afflux de main d’oeuvre fémi­nine, se rajoutant à la concurrence mondiale du travail organisée depuis les années 90, a également contribué à limiter la hausse des salaires. Enfin, lorsque les deux membres d’un couple travaillent, les dépenses incontournables s’alourdissent, particulièrement lorsqu’ils ont des enfants. En effet, ils doivent alors faire face aux frais de garde de ceux-ci, lesquels peuvent être très importants en raison de la pénurie de places dans les crèches publiques. Il faut souvent deux voitures. Ce constat est un fait universellement constaté. Dans une étude publiée par le Harvard Magazine, la chercheuse, Élisabeth Warren, a démontré que le revenu moyen annuel d’un salarié à temps plein est près de 800 dollars de moins que celui de la génération précédente, si on tient compte de toutes ces dépenses contraintes ! De quoi relativiser considérablement l’avantage économique qui résulte, pour le couple, du travail de ses deux membres.

Le travail domestique ne vaut rien économiquement ?

Du reste, on peut s’interroger sur le bien fondé du choix consistant à ne considérer comme actives que les femmes qui exercent une activité expressément rémunérée. En effet, les femmes ont toujours travaillé, et souvent plus que les hommes, pour faire face aux tâches familiales mais aussi, dans la France rurale d’après guerre, à la ferme ou comme assistante des professions artisanales ou libérales de leur époux. Par choix idéo­logique, on a décidé que la femme n’était active que si, pour prendre la définition exacte de l’Insee « elle faisait partie de la population en âge d’être active, sur le marché du travail, ayant un emploi ou cherchant un emploi ». Si son choix libre se fait en faveur d’un travail domestique et pour l’éducation de ses enfants en bas âge, ce travail ne compte pour rien dans la comptabilité nationale.

L’idéologie économiste de marché ne reconnaît de valeur économique qu’à ce qui s’échange sous forme monétaire.

Or, l’éducation des enfants et le travail domestique ont bel et bien une grande valeur économique même s’il n’est pas comptabilisé dans les statistiques. La preuve en est que lorsque le même travail est ac­compli en dehors de la famille, par des crèches, des nourrices et des éducateurs profes­sionnels, il est rémunéré et entre bien dans la comptabilité nationale.

Les tâches domestiques

L’économie domestique est la base de l’économie. Celle-ci travaille pour les besoins hu­mains et non pour la finance. Autrefois, cette économie bénéficiait, d’ailleurs, d’une vraie reconnaissance. L’allocation de salaire unique au foyer, pour une personne ayant trois enfants correspondait à 1.5 fois le SMIC. Elle fut supprimée en 1977. S’agissait-il de libé­rer les femmes des tâches domestiques en les incitant plutôt à choisir le salariat auprès d’un patron ? Si tel était l’objectif, il a été manqué. Aujourd’hui encore, « 80 % des tâches domestiques sont effectuées par les femmes. La participation des hommes a augmenté de quelques minutes de 1966 à 1986, puis s’est stabilisée et ne progresse plus depuis ».

70 heures, on y arrive souvent à peine

Il y a là de quoi relativiser la notion de progrès tant pour les femmes que pour les mé­nages. En effet, non seulement, les femmes qui se rendent sur le marché du travail y sont moins bien rémunérées que les hommes, mais elles ont toujours à leur charge l’essentiel d’un travail domestique désormais non rémunéré. Quant aux ménages, ils bénéficient à peine de cette double activité, de cette semaine de 70 heures. En effet, au temps de la semaine de 45 heures, un seul salaire permettait de faire vivre décemment une famille. Aujourd’hui, avec 70 heures, compte tenu des dépenses contraintes, on y arrive souvent à peine.

Dans ces conditions, peut-on vraiment considérer, comme on nous le prétend, que notre pouvoir d’achat a réellement augmenté ?


Table des matières

Pouvoir d'achat et conditions de vie dans la mondialisation

1. UNE CLASSE MOYENNE TIRÉ VERS LE BAS        

1.1 J’ai un pouvoir d’achat qui stagne et même un niveau de vie qui régresse

1.2 J’ai de plus en plus de dépenses contraintes

1.3 Je travaille plus car nous faisons la semaine de… 70 heures !

1.4 Je dépends d’un travail subventionné

1.5 Je suis stressé et dans une situation précaire

1.6 Vivre à crédit sur les générations à venir, est-ce un avenir ?

2. LES PSEUDO-GAGNANTS

2.1 J’ai cru à tort faire partie du « club des winners »

2.2 J’ai gagné comme consommateur… mais tout perdu comme producteur !

2.3 Je suis un cadre en pleine crise de sens            

2.4 Je suis un cadre ou un patron au bord de la crise de nerf

2.5 Je suis un père inquiet pour l’avenir et celui de mes enfants

2.6 Je profite à fond du système… mais jusqu’à quand ?

3. LES VRAIS PERDANTS

3.1 Je suis jeune et je ne peux pas faire de projet d’avenir

3.2 J’ai perdu mon emploi, mes indemnités fondent

3.3 Je suis un travailleur pauvre abonné aux emplois précaires

3.4 Je vis dans une famille nombreuse mais pauvre               

3.5 Je suis seul et je dois élever un ou des enfants

3.6 Pauvre, est-ce notre avenir ?

Le document original des auteurs (PDF) : Pouvoir d’achat et conditions de vie dans la mondialisation

Le document de Québec Droite (PDF) : Croissances et inégalités dues à la mondialisation