1.6 Vivre à crédit sur les générations à venir, est-ce un avenir ?

Je sous-ligne particulièrement ce texte, qui devrait être lu par tous les baby-boomers.

Q.D.


Cahier spécial : Croissances et inégalités dues à la mondialisation

Vivre aux dépends des futures générations

Pour avoir une juste mesure de notre pouvoir d’achat dans la mondialisation, encore faut-il prendre en compte le fait que notre niveau de vie actuel repose, pour la majorité d’entre nous, sur des transferts financiers qui vont, aujourd’hui, avec un endettement public croissant.

Jusqu’à l’éclatement de la crise financière, qui l’a fortement aggravé, on n’en parlait peu. Ces dettes publiques semblent, il est vrai, indolores parce que nous n’en payons pas le principal mais que les intérêts. Lorsqu’elles arrivent à échéance, l’État fait un nouveau prêt. Cependant, le paiement de ces intérêts représente annuellement quasiment le montant de l’impôt sur les revenus (45 milliards sur 50) et les intérêts cumulés, déjà payés, presque le montant de la dette soit 1500 milliards. Si nous n’avions pas abandonné, sous Pompidou, la capacité qu’avait la Banque de France de faire des avances de trésorerie et d’acheter directement les emprunts d’État, notre dette serait déjà payée.

Impriment de l’argent

La Banque d’Angleterre et la FED n’ont pas, aujourd’hui, de tels scrupules. Elles monétisent leur dette, c’est-à-dire paient leurs nouvelles dettes en fabriquant, pour ainsi dire, la monnaie pour la rembourser. Elles diminuent, ainsi, la valeur de leur monnaie pour devenir plus compétitifs. La BCE s’interdit de le faire par peur d’une inflation qui s’est, pourtant, aujourd’hui déplacée dans les bulles spéculatives.

Mondialisation heureuse : en endettant nos enfants

Ainsi, depuis les vingt dernières années de mondialisation heureuse :

a)     Nous refusons de voir notre appauvrissement réel pour poursuivre la mondialisation libertaire en tirant des traites sur l’avenir de nos enfants.

b)     Nous enrichissons banquiers et rentiers pour maintenir nos illusions.

Un hold-up géné­rationnel

 

« Les troupes du baby-boom de l’après-guerre partent progressivement à la retraite, laissant derrière elles une situation sans précédent : pour la première fois dans l’histoire en temps de paix, une génération a vécu à crédit sur la génération suivante en reportant sur elle la charge de la dette. […]

 

Toutes les générations qui nous ont précédées ont toujours accepté des efforts au nom d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Avec une ironie cruelle, celle des baby-boomers a érigé sur un piédestal les droits des enfants tout en leur léguant des sacrifices qu’elle n’a pas eu le courage de faire. »

 

Pour Bernard Spitz, ancien conseiller du Premier ministre Michel Rocard
et Président de la FFSA

 

Les anciens combattants de 14-18 disaient : « l’Allemagne paiera ! ». Les anciens des barricades de mai 68 se disent : « les jeunes paieront ! ». Et la facture va continuer à s’alourdir sous l’effet des évolutions démographiques, au fil de l’avancée en âge des ba­by-boomers.

La démographie vieillissante

Car la France vieillit. Au cours des trente prochaines années, le nombre d’adultes de 60 ans ou plus va, ainsi, augmenter d’environ 7 millions de personnes pour se situer autour de 20 millions en 2030. Un Français sur trois aura alors 60 ans ou plus.

Notre creux démographique se déplace

 

Quand une personne est la retraite, on a un transfert de ressources:

 

Travailleurs actifs : qui produisent plus qu’ils ne consomment.

 

Travailleurs retraités : consomment sans produire.

 

Une référence qui est souvent utilisée c’est le nombre de travailleurs par retraité, normalement qui est basé les (personnes âgées de 20 à 64 ans/personnes de 65 ans ou plus), en présumant que  les personnes prennent leurs retraites à partir de 64 ans.

 

Nous savons que le Québec a son creux démographiques vers 2031 : 2.1 travailleurs/retraité.

Travailleur - Retraité

Par contre, si les gens prennent leurs retraites plus tôt ce qui semble être le cas pour le Québec, le creux démographique se déplace.

 

Selon le graphique, si les gens prennent leurs retraites avec une moyenne de 62 ans, le creux démographique se déplace vers 2026, donc 5 ans plus tôt.

 

Ce qui a une forte incidence sur la richesse du Québec, sachant que l’amélioration du niveau de vie au Québec diminuera presque de moitié dans les quinze prochaines années en raison du vieillissement de la population et de la baisse de la population active, on accélère malheureusement la pauvreté du Québec.

 

Source : Notre creux démographique se déplace

 

Des obligations irréalistes pour les futures générations

C’est tout le problème de la réforme des retraites que nous vivons actuellement : nous devons la penser par rapport au poids que nous allons faire peser sur nos enfants ou sur les actifs de demain, car le niveau de vie actuel des retraites est, quasiment, celui des actifs. Ces derniers devront tout à la fois faire face au remboursement de la dette et assumer le financement des retraites de leurs nombreux aînés (qui sont insolvables, Q.D.) tout en faisant face à une conjoncture économique nettement dégradée par rapport à celle de leurs aînés à cause de la mondialisation dérégulée.

Les baby-boomers ont subis des conjectures favorables

Les générations nées dans l’immédiat après-guerre ont, en effet, été servies par une conjoncture exceptionnelle.

Nées en même temps que l’épanouissement « l’État pro­vidence »

1.      avec la sécurité sociale,

2.      les congés payés,

3.      l’assurance-chômage et

4.      la retraite par répartition,

elles sont arrivées en âge de travailler alors que le pays était porté par la croissance exceptionnelle des Trente glorieuses.

Cette chance initiale ne les a pas abandonnées.

a)     Lorsque les baby-boomers ont atteint l’âge où l’on s’installe dans la vie, l’inflation leur a permis de se constituer un patrimoine immobilier en bénéfi­ciant de taux d’intérêts négatifs. Ils ont ainsi pu « s’enrichir en s’endettant ».

b)     De plus, lorsque, au milieu des années 80, les taux d’intérêts s’envolent, c’est encore à leur pro­fit puisqu’ils sont alors devenus créanciers et épargnants.

c)     Des épargnants heureux puisqu’ils bénéficient à plein de l’euphorie boursière, provoquée dans les années 90 par la financiarisation de l’économie et la dérégulation des marchés.

d)     Une aubaine, enfin, car dans le même temps, la mondialisation leur est favorable : ils profitent de la baisse des prix des biens consommations, sans craindre le tassement des salaires.

e)     Désormais, ils sont devenus… retraités.

Des retraités dont les retraites sont payées par des générations qui, elles, subissent de plein fouet les conséquences négatives de la dérégulation des marchés et du monde qu’ils ont laissé se construire ; des retraités qui n’ont jamais eu des retraites aussi élevées comparativement aux revenus des actifs dans toute l’histoire de notre retraite.

Veuillez noter, en France, il n’y a pas une différence aussi marqué entre le secteur privé et public au niveau des retraites comparativement au Québec.

Au Québec : Un retraité du secteur public reçoit 70 % de son salaire, tandis que le privé reçoit une rente de 12,000 $ par année du RRQ, ce qui crée une sérieuse iniquité de distribution de richesse entre le privé et le public.

Perspective:  de sérieux conflits sociaux à venir !

Pour Bernard Spitz, « la première moitié du XXIe siècle, voit donc l’émergence d’une France de vieux qui vivra des revenus de son patrimoine et des cotisations arrachées aux jeunes générations ».

Cadeau empoisonné pour les jeunes

En d’autres termes, les baby-boomers cumulent :

a)      les avan­tages de la mondialisation libertarienne et ceux de l’ancien État providence,

b)      les divi­dendes du néolibéralisme et les droits acquis de l’étatisme !

Quant aux jeunes généra­tions, confrontées aux inconvénients des deux systèmes, elles sont frappées de plein fouet par le déclassement. La fin des classes moyennes, c’est pour elles.


Table des matières

Pouvoir d'achat et conditions de vie dans la mondialisation

1. UNE CLASSE MOYENNE TIRÉ VERS LE BAS        

1.1 J’ai un pouvoir d’achat qui stagne et même un niveau de vie qui régresse

1.2 J’ai de plus en plus de dépenses contraintes

1.3 Je travaille plus car nous faisons la semaine de… 70 heures !

1.4 Je dépends d’un travail subventionné

1.5 Je suis stressé et dans une situation précaire

1.6 Vivre à crédit sur les générations à venir, est-ce un avenir ?

2. LES PSEUDO-GAGNANTS

2.1 J’ai cru à tort faire partie du « club des winners »

2.2 J’ai gagné comme consommateur… mais tout perdu comme producteur !

2.3 Je suis un cadre en pleine crise de sens            

2.4 Je suis un cadre ou un patron au bord de la crise de nerf

2.5 Je suis un père inquiet pour l’avenir et celui de mes enfants

2.6 Je profite à fond du système… mais jusqu’à quand ?

3. LES VRAIS PERDANTS

3.1 Je suis jeune et je ne peux pas faire de projet d’avenir

3.2 J’ai perdu mon emploi, mes indemnités fondent

3.3 Je suis un travailleur pauvre abonné aux emplois précaires

3.4 Je vis dans une famille nombreuse mais pauvre               

3.5 Je suis seul et je dois élever un ou des enfants

3.6 Pauvre, est-ce notre avenir ?

Le document original des auteurs (PDF) : Pouvoir d’achat et conditions de vie dans la mondialisation

Le document de Québec Droite (PDF) : Croissances et inégalités dues à la mondialisation