2.2 J’ai gagné comme consommateur… mais tout perdu comme producteur !

Cahier spécial : Croissances et inégalités dues à la mondialisation

Les chantres de la mondialisation dérégulée le proclamaient : nous profiterions tous, peu ou prou, de ses immenses bienfaits. Certains vont encore jusqu’à s’émerveiller de ces mil­lions de quasi-esclaves qui vivent grâce à la générosité du travail que nous leur donnons.

Dans les premiers temps

Il est vrai que, dans un premier temps, chacun s’est félicité, en tant que consomma­teur, de la chute du prix d’un grand nombre de biens. Ainsi, semblaient-elles, enfin, se réaliser les promesses du libre-échangisme. En ouvrant les frontières françaises et européennes à la concurrence étrangère et à la main-d’oeuvre peu chère, le bonheur du consommateur français, européen, américain, semblait se réaliser. Il pouvait, dé­sormais, renouveler son équipement électroménager, sa garde-robe, ses chaussures, les jouets des enfants et toute l’électronique à un moindre coût. Certes, la qualité n’était pas toujours au rendez-vous, mais, dans une société de consommation, c’est le moindre des inconvénients car il faut jeter pour acheter du nouveau. Les économistes, de leur côté, soulignaient la baisse de l’inflation qui est la conséquence directe du bas coût des prix des produits importés - mais aussi de la baisse des salaires avec le chantage à la délocalisation qu’ils taisaient -, il en résulterait une compétitivité accrue. Les politiciens se félicitaient de la prospérité que l’on doit toujours à leurs politiques.

Concurrence les travailleurs qui les fabriquent

La désillusion survint, d’abord, auprès des travailleurs modestes. Ils réalisèrent que l’ouverture des frontières ne met pas seulement en concurrence les réfrigérateurs, les tee-shirts et les voitures, mais aussi les travailleurs, ceux qui les fabriquent. Car tout consommateur est aussi un producteur, un travailleur. Les premiers à le vivre et à le subir, furent les employés des industries concurrencées par des rivales jouissant d’une main-d’oeuvre à bas coût et d’une absence quasi-totale de normes sociales ou écolo­giques. Le choc était rude, mais il s’agissait, pensait-on, d’un salutaire coup de fouet qui devait inciter des secteurs minés par le corporatisme ou l’archaïsme à faire, enfin, le choix de la réforme et de la modernisation. Et si certains allaient y succomber, c’est sûr, il ne fallait pas trop s’en émouvoir. En citant Darwin, on louait l’aubaine de cette sélection industrielle, qui nous permettrait de sélectionner les meilleurs. En invo­quant Schumpeter, on disait que toute destruction est créatrice.

Raise tariffs on unfair foreign competition

 

If we're going to rewrite our corporate tax code, why don't we rewrite it to reward those companies that employ workers at good jobs here at home? U.S. unions are almost surely too weak to get the kind of deals that German unions get, but why can't our tax laws discriminate between those companies that both develop and manufacture their products here and those that go abroad for cheaper labor?

 

To put America's multinationals on a homeward-bound course requires more than simply the nominal lowering of taxes, building better roads and rails, and turning out more scientists and engineers.

 

We need to either raise tariffs on unfair foreign competition or reduce

taxes on companies that keep, bring or create jobs at home.

 

Neither solution addresses the fundamental problem, which is that the model of capitalism in the United States (as in Britain) prioritizes short-term shareholder value over all other concerns - a prescription for domestic disinvestment if ever there was one.

 

Source: Think bigger, January 2011

Nos fleurons indus­triels ont de la misère

Puis, constatant que, malgré l’énergie mise dans la réforme, même nos fleurons indus­triels n’étaient pas tous en mesure de l’emporter, d’autres théoriciens décrétèrent que l’abandon de pans entiers de nos industries était une évolution à la fois inéluctable et souhaitable. Puisqu’il n’était pas possible de rester concurrentiels en produisant ici, eh bien nous gagnerions en délocalisant nos usines en Asie ou au Maghreb. Peu importe, disaient ces apôtres de l’économie du savoir et de la connaissance, car les centres de recherche resteraient ici et que, c’est dans la conception et l’intelligence que résident les gisements de croissance. À ce stade de la dérégulation, certains cadres continuaient plus grand monde, mais ils y gagnaient souvent en autonomie et en salaires d’autant qu’ils profitaient, comme tout le mode, de la baisse des prix à la consommation.

La fabrication à haute teneur technologique

Puis, l’inquiétude les gagna à leur tour. Il apparut en effet que la Chine et l’Inde – pour ne parler que d’elles – n’avaient nullement l’intention de se cantonner indéfini­ment au rôle d’atelier du monde et qu’elles avaient bien d’autres ambitions. Médusés, les ingénieurs européens apprirent, ainsi, que les universités indiennes produisaient chaque année davantage d’ingénieurs que ne pouvaient en former les universités eu­ropéennes, qu’ils n’étaient pas mauvais et qu’ils étaient, bien sûr, tout disposés à tra­vailler pour des salaires bien inférieurs à ceux pratiqués en Europe. Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, au même moment, l’essor des technologies de l’information et de la communication abolissaient les distances et leur permettaient de proposer leur service sans même quitter leur pays.

Bombardier se tourne de plus en plus vers les pays à faibles coûts

 

Afin de réduire ses coûts, la division ferroviaire de Bombardier fait fabriquer de plus en plus de pièces dans les pays en développement.

 

Si je prends l'exemple de l'industrie automobile, une voiture peut être assemblée dans un marché comme le Canada ou les États-Unis, mais quand on regarde les pièces, eh bien il y a un très grand contenu qui vient de marchés à bas coûts.

 

Il reste que le changement est bien en marche chez Bombardier Transport. Il y a six ans, l'entreprise achetait pour 50 millions $US de pièces et de services dans des pays à bas coûts. Aujourd'hui, c'est plus de 1 milliard, un chiffre qui continuera de croître à bon rythme.

 

Les installations mexicaines de Bombardier Transport ont notamment fabriqué les châssis arrières des voitures à deux étages destinées à l'Agence métropolitaine de transport, les caisses et les sous-châssis des futurs tramways de Toronto ainsi que châssis de bogie des nouvelles voitures du métro de Chicago.

 

Mais pour Bombardier, qui fait face chaque jour à d'autres multinationales dotées d'usines dans les pays pauvres, il est difficile de se passer de ces économies de coûts, surtout que les marges bénéficiaires sont très minces dans cette industrie.

 

Source : Bombardier se tourne de plus en plus vers les pays à faibles coûts, Février 2011

Ils deviennent nos compétiteurs

Nous arrivons désormais au bout du processus et à sa vérité ultime. Peugeot veut concevoir et produire son haut de gamme en Chine, finie la Bretagne ! Les chinois veulent, également, vendre des Airbus ; c’est normal, nous leur avons donné la techno­logie. Ils concurrencent notre TGV, grâce à la technologie allemande, fabriquent nos centrales nucléaires, d’ancienne génération, certes, mais évidemment à un moindre coût - EDF devant s’associer à eux pour gagner des parts de marchés à l’export ; en attendant qu’Areva parvienne à fabriquer les centrales de nouvelle génération à des prix qui n’explosent pas !

De client à concurrent

 

Important des produits mais aussi de la technologie, la Chine peut rapidement passer du statut de client a celui de concurrent.

 

Dans le matériel ferroviaire, après avoir acheté quelques trains à grande vitesse à Alstom et à Siemens, la Chine est devenue un exportateur très compétitif, damant le pion à ses ex fournisseurs sur les marchés tiers.

 

Dans l’aéronautique, les achats d’Airbus et l’expérience de production Chinoise conditionnant ces achats lui ont permis de développer un nouvel avion frontalement concurrent de l’A 320…

 

Les exigences de transfert de technologie dans le nucléaire, liées à l’achat de centrales à Areva, pourraient permettre à la Chine de devenir à terme un acteur majeur du nucléaire.

 

La plupart des entreprises industrielles ont été ou sont menacées par le blietzkrieg Chinois. L’industrie du jouet français ou allemand, l’industrie textile française ou italienne, ont ainsi été balayées ou sont en train de l’être. C’est maintenant le tour des équipements télécoms et du matériel ferroviaire, et le tour viendra inéluctablement, si rien ne bouge, de l’automobile, de l’aéronautique ou du nucléaire.

 

Même la construction et les travaux publics, en apparence « locaux », sont menacées sur les pays tiers par la vague Chinoise. Et aucun secteur ne semble épargné: la Chine est devenue en quelques années le premier producteur mondial de foie gras !

 

Source : Face à la Chine, les entreprises inégales - Mondialisation, Février 2011

La fable de la mondialisation

Dans la fable de la mondialisation heureuse :

Tout commence bien mais tout finit mal, du moins pour l’Occident et son sentiment de supériorité et de domination.

L’ouvrier syndiqué, accroché à ses droits acquis, n’allait pas en être la seule victime. Après lui, l’ouvrier qualifié, puis le technicien et l’ingénieur allaient, chacun à leur tour, devoir payer leur tribut à cette mondialisation dérégulée. Le patron d’entreprise industrielle allait devoir également fermer son industrie et les services qui vont avec, également, sauf à se délocaliser tous deux. La mondialisation dérégulée finit sur un champ de ruines. Plus personne n’est responsable. C’est la fatalité ! C’est la Crise !

Dans la mondialisation idéologiquement dérégulée, pour servir, rappelons-le quelques financiers, on n’est jamais longtemps gagnant.

Les gagnants d’hier sont devenus les perdants d’aujourd’hui. Et les gagnants d’aujourd’hui seront également perdants de­main. Dans cette spirale destructrice, il n’y a que des pseudo-gagnants. Quant aux quelques centaines de personnes qui jouent du système pour s’enrichir, ils devront sans doute abandonner patrie, relations, amis pour sauver leurs milliards dans un paradis fiscal…. mais ceci en vain, car comme nous l’avons expliqué dans “Crise fi­nancière : stop ou encore “tout finira en krach des obligations d’État et des monnaies et en inflation. Les pays émergents qui ont profité de leur cupidité ne les remercieront même pas pour services rendus ; ils s’empresseront, le citron pressé, de jeter l’écorce… où iront-ils alors, ils auront aussi tout perdu !


Lectures complémentaires sur le transfert du savoir

Querétaro, Mexique, la recherche & développement se délocalise

 

Dans les bureaux de GE IQ, au centre-ville de Querétaro, près de 1300 ingénieurs et techniciens spécialisés conçoivent des turbines pour les secteurs de l'énergie et de l'aéronautique.

 

Dans un local protégé par de sévères mesures de sécurité, exigées par la réglementation américaine sur les secrets militaires, des dizaines d'employés testent les logiciels de moteurs d'avion à l'aide d'équipement hautement perfectionné. Il n'y a pas d'expatriés ici, tous sont Mexicains.

 

« Nous sommes le plus grand centre de conception de moteurs d'avion de GE à l'extérieur des États-Unis », lance fièrement le directeur général de GE IQ, Vladimoro de la Mora.

 

GE IQ s'est installée à Querétaro il y a plus d'une dizaine d'années dans le cadre d'un projet de turbine à gaz avec le gouvernement. General Electric a décidé de faire croître cette filiale et de lui confier également des mandats dans le secteur de l'aéronautique.

 

Évidemment, les coûts peu élevés ont été un facteur important dans cette décision.

 

« Aujourd'hui, il y a plus que les coûts qui sont attrayants, affirme M. de la Mora.

 

Nous sommes tout près d'une des plus grandes villes du monde, il y a beaucoup de talents que nous pouvons attirer ici. Et nous avons l'appui des autorités locales : les lignes de communication sont ouvertes avec eux. »

 

Source : Querétaro (Mexique) : La mondialisation sauvage et la délocalisation du savoir, Février 2011


The next job bubble to burst may be yours

 

Not so long ago, everyone believed knowledge workers were generally sheltered from the more dramatic upheavals of the economy. In the past few decades, as middle-class incomes stagnated and good blue-collar jobs disappeared, the professional class did extraordinarily well. Lawyers, accountants, tenured university professors, architects and even the ink-stained wretches of the press have had pretty good lives.

 

But now, global competition, relentless cost pressures and technological change are hitting the professional class, too. Few will be left unscathed.

 

Remember when outsourcing meant call centres in Mumbai? Now it means lawyers in Mumbai. Last November, Thomson Reuters, one of the biggest information companies in the world, bought Pangea3, a legal-process outsourcing firm with most of its lawyers in India. These lawyers do the grunt work traditionally assigned to junior lawyers in North America – document review, due diligence and contract management. Prestigious North American law firms charge $300 an hour for this kind of work. Lawyers in India charge $30 an hour. These services have been slow to catch on. But now the toothpaste is out of the tube, and revenue at India’s legal outsourcing firms is soaring.

 

Source: The next job bubble to burst may be yours, Mai 2011


Délocalisation du savoir vers l’Inde

 

Avec Bombardier Aéronautique, Bom­bardier Transport, La Senza, CGI, Aldo, La Vie en Rose et SNC Lavalin, entre autres, CAE fait partie des entreprises québécoises qui ont succombé aux charmes de l'Inde.

 

Et pour cause. Elle leur ouvre un marché potentiel de centaines de millions de consommateurs avides.

 

Elle leur fournit aussi des millions d'ingénieurs, informaticiens, scientifiques, rédacteurs techniques, ouvriers de la construction à des salaires inimaginables au Canada: un ingénieur touche de 5 000 à 7 000 dollars par année à l'embauche. En Inde, c'est le salaire de la classe moyenne. « Tous ces gens ont le goût de participer à l'essor du pays

 

Le nombre d'employés d'entreprises québécoises en Inde bondit lui aussi. CAE en avait 40 en 2004; elle en compte aujourd'hui 350.

Chez le géant du service-conseil en informatique CGI, le personnel a presque décuplé au cours des six dernières années, passant de 400 à 3 000 employés. «Le succès des entre­prises indiennes est fondé sur l'emploi du plus grand nombre possible de petits salariés», explique Pradipta Banerjee, directeur des ressources humaines de CGI en Inde.

 

Ces bas salariés — ce sont entre autres les ingénieurs — représentent environ 45 % du personnel de CGI.

 

Ces emplois ne verront donc jamais le jour au Québec. Faux, rétorque Pradipta Banerjee. «

 

Nous ne forçons personne à faire affaire avec nos bureaux indiens, dit-il. C'est le client qui choisit l'endroit où sera exécuté le travail qu'il nous confie.

 

Et rien ne dit que le travail aurait été fait au Québec, car nous avons des bureaux dans de nombreux autres pays. »

 

Source : Justice sociale et mondialisation


Table des matières

Pouvoir d'achat et conditions de vie dans la mondialisation

1. UNE CLASSE MOYENNE TIRÉ VERS LE BAS        

1.1 J’ai un pouvoir d’achat qui stagne et même un niveau de vie qui régresse

1.2 J’ai de plus en plus de dépenses contraintes

1.3 Je travaille plus car nous faisons la semaine de… 70 heures !

1.4 Je dépends d’un travail subventionné

1.5 Je suis stressé et dans une situation précaire

1.6 Vivre à crédit sur les générations à venir, est-ce un avenir ?

2. LES PSEUDO-GAGNANTS

2.1 J’ai cru à tort faire partie du « club des winners »

2.2 J’ai gagné comme consommateur… mais tout perdu comme producteur !

2.3 Je suis un cadre en pleine crise de sens            

2.4 Je suis un cadre ou un patron au bord de la crise de nerf

2.5 Je suis un père inquiet pour l’avenir et celui de mes enfants

2.6 Je profite à fond du système… mais jusqu’à quand ?

3. LES VRAIS PERDANTS

3.1 Je suis jeune et je ne peux pas faire de projet d’avenir

3.2 J’ai perdu mon emploi, mes indemnités fondent

3.3 Je suis un travailleur pauvre abonné aux emplois précaires

3.4 Je vis dans une famille nombreuse mais pauvre               

3.5 Je suis seul et je dois élever un ou des enfants

3.6 Pauvre, est-ce notre avenir ?

Le document original des auteurs (PDF) : Pouvoir d’achat et conditions de vie dans la mondialisation

Le document de Québec Droite (PDF) : Croissances et inégalités dues à la mondialisation