3.6 Pauvre, est-ce notre avenir ?

Cahier spécial : Croissances et inégalités dues à la mondialisation

Il faut se défaire de l’image du clochard qui choisit ou, plutôt, se laisse aller à vivre en marge de la société. Le pauvre de ce début du XXIe siècle n’est pas un marginal assumant un choix de vie alternatif. « Les pauvres d’aujourd’hui ne sont pas des gens à part. Souvent ils travaillent ou cherchent un emploi, ont des enfants, vivent des his­toires de couple qui parfois ne se terminent pas bien », écrit Denis Clerc.

À rebours de scandaleux clichés, le pauvre n’est pas un paresseux ou un profiteur s’installant confortablement dans l’assistanat. Au contraire, conformément à un slo­gan à succès, le pauvre souhaite « travailler plus pour gagner plus ». S’il est chômeur, il cherche un emploi ; s’il a un CDD, il veut un CDI ; s’il est employé à temps partiel, il aspire à un temps complet. En réalité, le pauvre était souvent une personne ordinaire avant de connaître un accident de parcours. Il avait un emploi, mais l’a perdu. Il vivait en couple, puis s’est séparé de son conjoint.

Ces deux ruptures - professionnelles ou familiales - expliquent la plupart des bascule­ments dans la pauvreté. Certes, la responsabilité individuelle peut toujours être invo­quée. Personne n’est jamais entièrement victime de la fatalité. Mais la forme de la société, les valeurs promues par ses élites, l’esprit des lois et les choix économiques et sociaux existent aussi et ils ont un impact réel sur la vie des gens. Aujourd’hui, les idées qui modèlent la société sont celles de la révolution libertarienne qui, sous couvert de liberté, érige l’instabilité et la fluidité et la compétitivité au rang de valeurs suprêmes.

C’est bien cette idéologie qui a fait sauter toutes les institutions qui apportaient aux hommes et aux femmes des repères et des cadres protecteurs.

Aujourd’hui, chacun est plus libre et plus mobile, mais aussi plus vulnérable.

L’emploi à vie, c’est fini ! Le mariage aussi… Tout est devenu précaire, mouvant, liquide. Tout est permis mais rien n’est jamais acquis. Les gourous du néo-management et les magazines féminins sont d’accord sur ce point : la vie est désormais un combat et gare à la baisse de perfor­mance ! D’où l’incroyable essor du coaching ! Il existe des coachs pour tout : le travail, les loisirs, l’éducation, la séduction, le couple, etc.

Dans ce maelstrom généralisé, certains parviennent à s’adapter. D’autres chutent. Tou­tefois, chacun sent bien que les catégories sont poreuses. Tout le monde connaît, dans sa famille ou dans son entourage proche, une ou des histoires de basculement soudain dans une pauvreté plus ou moins aigüe. Du coup, la crainte de la paupérisation gagne peu à peu la société toute entière, à commencer par les classes moyennes.

Cette crainte d’une paupérisation généralisée est-elle justifiée ? Plusieurs tendances lourdes incitent à répondre « oui ».

Comme on l’a vu :

La part croissante des emplois précaires, la stagnation du pouvoir d’achat et le déclassement d’une large frange des classes moyennes sont des réalités incontournables et dynamiques qui ne sont pas en­ core arrivées à leur terme.

Est-ce à dire que la paupérisation est nécessairement notre avenir ? La réponse est « non » si nous refusons de laisser faire. D’abord, parce qu’il faut reconnaître que la France est un pays, malgré les dérives de ces dernières années, égalitaire. Mais surtout, les phénomènes des dernières années ne constituent nulle­ment des fatalités tombées du ciel. Elles résultent des choix politiques, économiques et sociaux qui ont été faits, depuis plus de vingt ans, en faveur d’une mondialisation dérégulée et d’une financiarisation de l’économie. D’autres choix peuvent être faits que nous exposerons dans la deuxième partie de ce livre. La poursuite de la crise financière en crise économique les rend même inéluctables. Cette remise en cause et l’arbitrage en faveur d’un nouveau modèle de croissance peuvent nous conduire à une société plus solidaire et plus juste, moins assistée, à la condition de donner à chacun la chance de pouvoir travailler.


Banques alimentaires Canada

Nous sommes privilégiés en tant qu'organisme de bienfaisance de taille modeste d'avoir des membres et des donateurs qui appuient nos efforts en matière d'éducation du public et de recherche. Tous nos rapports et enquêtes partagent l'objectif d'en finir avec la faim au Canada.

Au Canada, la faim est dans une large mesure un problème occulté. De nombreux Canadiens sont tout simplement inconscients du fait qu'un très grand nombre d'hommes, de femmes et d'enfants se couchent souvent sur leur faim.

Qui a faim au Canada?

Bien que tous soient à risque d'insécurité alimentaire à un moment ou l'autre de leur vie, certains groupes sont particulièrement vulnérables:

Les travailleurs
Les personnes ayant un emploi constituent, à 11,4 p. cent, le troisième groupe en importance parmi les clients de banques alimentaires. De l'évidence anecdotique révèle que la majorité des clients de banques alimentaires ayant un emploi ont des emplois faiblement rémunérés. La perte d'emplois à plein temps au cours de la récente récession et l'expansion de l'économie faiblement rémunérée a engendré plus de travailleurs qui ne réussissent pas à subvenir à leurs besoins essentiels et à ceux de leurs familles.

Les enfants
Les enfants continuent à être surreprésentés parmi les utilisateurs de banques alimentaires au Canada. Cette année, 37,8 p. cent des clients de banques alimentaires étaient âgés de moins de 18 ans. La pauvreté infantile est restée au même niveau depuis deux décennies, en dépit du fait que le gouvernement fédéral s'est engagé à éliminer la pauvreté infantile avant l'année 2000. La pauvreté infantile est reliée directement au niveau du revenu des ménages. Les familles ayant des enfants constituent plus de 50 p. cent des utilisateurs de banques alimentaires.

Les familles avec enfants
Plus de la moitié des familles qui se tournent vers les banques alimentaires pour l'aide sont des familles avec enfants. Les familles monoparentales demeurent toujours un des groupes les plus économiquement vulnérables du Canada. Il est probable que de nombreux utilisateurs de banques alimentaires qui vivent dans un état de monoparentalité (27,5 p. cent) sont des femmes selon le Bilan-Faim 2010. D'après Statistique Canada quatre-vingt p. cent des familles monoparentale sont dirigées par des femmes.

Canadiens ruraux
Malgré le fait que de nombreuses communautés rurales canadiennes sont situées dans des régions d'agriculture d'importance, la faim est la réalité de dizaines de milliers de résidents ruraux. Plus de la moitié des banques alimentaires participant au sondage Bilan-Faim 2010 sont situées dans les communautés rurales (définies comme étant des populations de moins de 10 000 personnes).

Les personnes ayant des handicapés
Ceux qui reçoivent des prestations pour personnes ayant des incapacités ont constitué maintenant le deuxième groupe en importance au parmi les clients de banques alimentaires, selon le rapport Bilan-Faim 2010 (15 p. cent). Il s'agit d'un exemple de plus de la crise plus vaste d'une aide sociale inadéquate au Canada. Les mesures de soutien aux personnes ayant des incapacités sont manifestement insuffisantes. Si les taux de prestations et les programmes actuels à l'intention de personnes ayant des incapacités ne s'améliorent pas, nous nous attendons à voir un accroissement de l'insécurité alimentaire au sein de ce groupe démographique puisque la société canadienne vieillit rapidement et que l'espérance de vie augmente.

Les aînés
Les aînés qui font appel à des banques alimentaires à travers le pays constituent une triste réalité. Le Bilan-Faim 2010 rapporte que les aînés représentent 7,2 p. cent des utilisateurs dans un mois typique de 2010
.

Les prestataires d'aide sociale
Les personnes qui reçoivent de l'aide sociale comme principale source de revenu demeurent le plus important groupe d'utilisateurs de banques alimentaires. Cette année, 50,5 p. cent des clients de banques alimentaires au Canada étaient prestataires d'aide sociale. Cela porte à croire que les taux de bien-être social au Canada sont insuffisants pour assurer la sécurité alimentaire aux Canadiens à faible revenu. D'après le Conseil national de bien-être social, les taux d'aide sociale au Canada continuent à chuter sous le seuil de la pauvreté, selon les seuils de faible revenu (SFR) de Statistique Canada.

Source : Banque alimentaire Canada


BILAN-FAIM 2010

Combien de personnes obtiennent de l’aide?

- Nombre de personnes aidées par une banque alimentaire en mars 2010 : 867 948 - le plus haut niveau enregistré

- Personnes aidées par des banques alimentaires pour la première fois :
80 150
- 9 % du total

- Changement dans l’utilisation des banques alimentaires depuis 2009 :
+ 9 %


- Changement dans l’utilisation des banques alimentaires depuis 2000 :
+ 19 %

- Nombre de repas servis par des banques alimentaires en mars 2010 :
3 459 544 - 6,4 % plus qu'en mars 2009

- Nombre de banques alimentaires au Canada :
900+ banques alimentaires et 2 900+ organismes affiliés


- Provinces ayant connu les plus fortes augmentations de l’utilisation par rapport à 2009 :

- Manitoba :
+ 21 %
- Saskatchewan : + 20 %
- Île-du-Prince-Édouard :
+ 13 %
- Québec : + 12 %
- Nouvelle-Écosse : + 11 %
- Alberta : + 10 %

- Nombre de provinces et de territoires sans aucune banque alimentaire :
0

- Années écoulées depuis l’ouverture à Edmonton de la 1ere banque alimentaire au Canada :
29

Qui les banques alimentaires aident-elles?

38 % des personnes aidées sont des enfants et des jeunes

51 % des ménages aidés sont des familles avec des enfants


38 % sont des célibataires

11 % sont des couples sans enfant

17 % des ménages aidés reçoivent un revenu tiré d’un emploi actuel ou récent

15 % bénéficient d’un soutien de revenu lié à une invalidité

7 % ont un revenu de pension

51 % reçoivent des prestations de l’aide sociale

85 % vivent dans des logements locatifs

6 % sont propriétaires de leur propre maison

Comment les banques alimentaires canadiennes font-elles face à la demande croissante


27 % des banques alimentaires n’ont pas de financement approprié

31 % des banques alimentaires n’ont pas assez de nourriture pour faire face à la demande

50 % des banques alimentaires ont dû distribuer moins de nourriture que d’habitude

57 % ont acheté plus de denrées alimentaires que d’habitude pour répondre à la demande

Près de 50 % des banques alimentaires au Canada n’ont pas de personnel rémunéré


15%
disent avoir de la difficulté à recruter suffisamment de bénévoles pour gérer les activités quotidiennes

Source : Banque alimentaire Canada


Table des matières

Pouvoir d'achat et conditions de vie dans la mondialisation

1. UNE CLASSE MOYENNE TIRÉ VERS LE BAS        

1.1 J’ai un pouvoir d’achat qui stagne et même un niveau de vie qui régresse

1.2 J’ai de plus en plus de dépenses contraintes

1.3 Je travaille plus car nous faisons la semaine de… 70 heures !

1.4 Je dépends d’un travail subventionné

1.5 Je suis stressé et dans une situation précaire

1.6 Vivre à crédit sur les générations à venir, est-ce un avenir ?

2. LES PSEUDO-GAGNANTS

2.1 J’ai cru à tort faire partie du « club des winners »

2.2 J’ai gagné comme consommateur… mais tout perdu comme producteur !

2.3 Je suis un cadre en pleine crise de sens            

2.4 Je suis un cadre ou un patron au bord de la crise de nerf

2.5 Je suis un père inquiet pour l’avenir et celui de mes enfants

2.6 Je profite à fond du système… mais jusqu’à quand ?

3. LES VRAIS PERDANTS

3.1 Je suis jeune et je ne peux pas faire de projet d’avenir

3.2 J’ai perdu mon emploi, mes indemnités fondent

3.3 Je suis un travailleur pauvre abonné aux emplois précaires

3.4 Je vis dans une famille nombreuse mais pauvre               

3.5 Je suis seul et je dois élever un ou des enfants

3.6 Pauvre, est-ce notre avenir ?

Le document original des auteurs (PDF) : Pouvoir d’achat et conditions de vie dans la mondialisation

Le document de Québec Droite (PDF) : Croissances et inégalités dues à la mondialisation