Croissance et inégalités

L’évolution de la pauvreté et des revenus ces 20 dernières années : nouvelles données

Le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé dans la plupart des pays de l’OCDE ces deux dernières décennies. Davantage d’individus risquent donc d’être marginalisés dans une économie mondiale en constante mutation. Mais la tendance à plus d’inégalités n’est pas inévitable : les gouvernements peuvent réduire la fracture en prenant des mesures efficaces qui, très souvent, ne nécessiteront pas d’alourdir les dépenses sociales.

Ce phénomène se poursuit actuellement : depuis cinq ans, la pauvreté et l'inégalité s'aggravent dans les deux tiers des pays de l'OCDE.

L'Allemagne, le Canada, les États-Unis et la Norvège sont les plus touchés. Dans le tiers restant— particulièrement en Grèce, au Mexique et au Royaume-Uni — l'écart se resserre entre les riches et les pauvres depuis 2000. On voit donc bien que ces évolutions n'ont rien d'inévitable.

Pourquoi l'inégalité est un enjeu essentiel

L'inégalité des revenus est un problème à la fois politique et économique. Politiquement, elle peut alimenter des revendications populistes et protectionnistes. De plus, une société où il existe une véritable fracture entre les riches et les pauvres court le danger d'un accaparement du pouvoir politique entre les mains d'un petit nombre de citoyens fortunés.

À quel point sommes-nous inégaux ?

Écart entre riche et pauvre

Dans les pays de l'OCDE, les revenus des 10 % les plus riches sont en moyenne supérieurs de près de neuf fois aux revenus des 10 % les plus pauvres.

L'écart de revenu entre riches et pauvres est lui aussi nettement supérieur à la moyenne de l'OCDE aux États-Unis, en Pologne et au Portugal. L'écart est bien plus faible dans les pays nordiques comme le Danemark, la Finlande et la Suède. Les 10 % les plus riches ont en moyenne un revenu qui ne représente que cinq fois environ celui des 10 % les plus pauvres.

Revenues moyens et faibles

Mais cela ne veut pas dire que les pauvres des pays riches se trouvent toujours dans une
meilleure situation que les pauvres des pays à revenu inférieur.

Par exemple, les 10 % les plus pauvres ont en Suède un revenu qui est égal à une fois et demie celui des 10 % les plus pauvres des États-Unis, bien que le revenu moyen soit supérieur aux États-Unis


Le taux de pauvreté

Il faut garder à l'esprit que la "pauvreté" est un concept relatif dans les économies développées.

Ampleur de la pauvreté

Si on compare les revenus d'un pays à l'autre, on constate, par exemple, que les 10 % les plus pauvres ont aux États-Unis plus d'argent que le Portugais moyen. Mais, ce qui est important, c'est le niveau de vie par rapport au reste de la population du pays. On mesure alors la pauvreté par rapport au niveau de vie national, lui-même mesuré à travers le revenu médian des ménages. Bien entendu, cet indicateur varie lui aussi dans le temps.

La pauvreté monétaire a tendance à être plus répandue dans les pays qui ont un large éventail de revenus. Mais inégalité et pauvreté ne vont pas nécessairement de pair. Dans les pays anglophones, l'inégalité des revenus est supérieure à la moyenne OCDE. Pourtant, les taux de pauvreté sont supérieurs à la moyenne en Australie, au Canada, aux États-Unis et en Irlande, se situent autour de la moyenne en Nouvelle-Zélande, mais sont nettement inférieurs à la moyenne au Royaume-Uni.

Dans quelle mesure les inégalités s'aggravent- telles ?

Ces vingt dernières années, l'inégalité des revenus et la pauvreté relative se sont aggravées. Ce phénomène très net et assez généralisé a touché plus des trois quarts des pays de l'OCDE.

Lorsque les inégalités se sont aggravées, c'est généralement parce que les ménages riches s'en sont beaucoup mieux sortis que les familles à bas revenus. Mais dans certains pays — notamment l'Allemagne, le Canada, les États-Unis, la Finlande, l'Italie et la Norvège — les riches ont également accru leur avance sur les revenus moyens.

Qui s'appauvrit ?

Sur le plan de la pauvreté, les changements les plus importants de ces deux dernières décennies concernent la répartition de la pauvreté entre les différentes tranches d'âge.

Le risque de pauvreté a diminué pour les personnes âgées, alors qu'il a augmenté pour les jeunes adultes et les familles qui ont des enfants.

Pauvreté monétaire et pauvreté de conditions de vie

 

Le revenu n'est pas un indicateur parfait de pauvreté. Une solution plus directe consiste à examiner si un ménage peut satisfaire ses besoins essentiels.

 

Un logement surpeuplé, un chauffage insuffisant, des choix alimentaires restreints et des impayés sur des postes importants de dépenses des ménages sont des exemples de « pauvreté de conditions de vie ».

 

La proportion de la population ne pouvant satisfaire ces besoins essentiels est similaire à celle observée pour la pauvreté monétaire (graphique 3), ce qui n'a rien de surprenant. Elle atteint 5 à 6% de la population dans les pays nordiques et 12 à 20 % dans les pays du sud de l'Europe, en Australie, aux États-Unis et au Japon. Mais la pauvreté de conditions de vie dépend aussi du niveau du revenu moyen du pays.

Pauvreté par age

C'est pour les plus de 75 ans que la probabilité de pauvreté est la plus élevée, mais le risque de pauvreté est tombé dans ce cas de près du double de la moyenne pour l'ensemble de la population. Aujourd'hui, pour la population de 66 à 75 ans, la probabilité de pauvreté n'est pas plus forte que pour l'ensemble de la population.

En revanche, les enfants et les jeunes adultes ont des taux de pauvreté qui sont maintenant supérieurs de 25 % environ à la moyenne pour l'ensemble de la population.

Facteurs explicatifs : le marché du travail

C'est sur le marché du travail qu'il faut chercher la principale cause des variations des revenus. En effet, les revenus salariaux représentent plus de 70 % des revenus des ménages (avant impôts). À quelques exceptions près, l'écart entre les basses et hautes rémunérations s'est rapidement creusé à partir du début des années 90. Toutefois, rien ne garantit que plus d'emplois diminue le nombre de pauvres. Les États-Unis et le Japon, par exemple, ont à la fois un taux élevé d'emploi et un taux de pauvreté supérieur à la moyenne. C'est le contraire en Hongrie : la proportion des personnes exerçant un emploi est relativement faible, mais le taux de pauvreté l'est également.

Facteurs explicatifs : la redistribution

Les pouvoirs publics contribuent largement à déterminer les revenus et les niveaux de vie par les impôts qu'ils prélèvent et les prestations qu'ils servent.

Dans les pays nordiques, les prestations et les impôts ont un caractère fortement redistributif on prend de l'argent aux riches pour le donner aux pauvres. En moyenne, dans les pays de l'OCDE, les transferts en espèces et l'impôt sur le revenu réduisent les inégalités d'un tiers.

La pauvreté est réduite d'environ 60% par rapport à ce qu'elle serait sans impôts et sans prestations. Même dans la population en âge de travailler, la redistribution opérée par l'État réduit la pauvreté d'environ 50 %.

Néanmoins, l'impact de la fiscalité et des prestations, sur la pauvreté comme sur les
inégalités, s'est réduit, au cours des dix dernières années, dans de nombreux pays de l'OCDE

Inégalités de chances et de situations

Mesurer l'égalité des chances est beaucoup plus difficile que de mesurer les situations, en termes de revenu, de patrimoine, etc.

Mobilité salariale

La question qui se pose est la suivante : les sociétés où les situations économiques sont les plus inégales compensent-elles ces inégalités en offrant plus de perspectives ? Le graphique 7 met en relation la mobilité en termes de rémunérations et les inégalités de revenu. Le graphique montre que les pays où les revenus sont comparativement plus égalitaires (partie basse du graphique selon Taxe vertical) tendent aussi à présenter des écarts de rémunérations entre pères et fils plus marqués : c'est ce qu'on observe pour le Danemark, la Finlande et la Norvège.

À l'inverse, la mobilité entre générations en termes de rémunérations est plus limitée dans les pays où les inégalités de revenu sont plus nettes : Italie, États-Unis et Royaume- Uni.

Au Canada, par exemple, les dépenses sociales totales (y compris les dépenses en faveur des personnes âgées) sont passées de 16 % à 21 % du revenu national au début des années 90, mais étaient retombées à 16 % au début des années 2000. Or, durant cette période, la part de la population se situant en-dessous du seuil de pauvreté est restée relativement constante, auxalentours de 9-10 %.

L'augmentation des dépenses sociales ne permet pas toujours de réduire la pauvreté et les
inégalités. Et les prélèvements fiscaux nécessaires pour financer ces dépenses sociales pourraient avoir un effet pervers en rendant trop coûteuse l'offre de main-d'œuvre de la part de certaines catégories qui se trouveraient ainsi évincées du marché du travail. Par contre, dans les limites des budgets actuels, des politiques plus efficaces pourraient s'attaquer plus directement aux causes du creusement des inégalités.

En bref

L'écart entre riches et pauvres s'est creusé et le nombre de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté a augmenté au cours des deux dernières décennies. L'évolution est assez générale, affectant les trois quarts des pays de l'OCDE. L'ampleur du changement est limitée mais significative.

Les inégalités de revenu se sont nettement accentuées, au début des années 2000, en Allemagne, au Canada, aux États-Unis et en Norvège. Par contre, les revenus ont eu tendance à s'égaliser en Grèce, au Mexique et au Royaume-Uni.

La montée des inégalités s'explique généralement par le fait que les riches ont vu leurs revenus s'améliorer tant par rapport aux titulaires de bas revenus que par rapport aux titulaires de revenus moyens,

Il y a aujourd'hui un plus grand nombre de personnes dans l'emploi que 10 ou 20 ans auparavant, et cela a réduit l'effet de l'accentuation des inégalités en termes de rémunérations sur l'accroissement des inégalités en termes de revenu. Néanmoins, il reste des poches importantes de non-emploi parmi les personnes peu qualifiées et à faible niveau d'instruction, ce qui atténue encore l'impact.

Les revenus tirés du capital et du travail indépendant sont très inégalement répartis, et les inégalités dans la répartition se sont encore accentuées.

Le travail réduit la pauvreté : les familles sans emploi sont presque six fois plus souvent concernées par la pauvreté que les familles d'actifs.

Le travail seul ne suffit pas pour éviter la pauvreté: plus de la moitié des personnes pauvres vivent dans un ménage où au moins une personne travaille.

Les personnes âgées sont beaucoup moins susceptibles d'être concernées par la pauvreté que dans le passé. Le phénomène de la pauvreté s'est déplacé des pensionnés vers les jeunes adultes et les familles avec enfants.

L'évolution démographique — moins de bébés, des vies plus longues — explique en partie le creusement des inégalités, principalement parce qu'elle a entraîné une augmentation du nombre des ménages comprenant un seul adulte.

Les changements touchant la société — en particulier l'augmentation de la proportion de parents isolés — ont eu un effet important sur les inégalités.

L'écart entre basses et hautes rémunérations s'est accru dans la plupart des pays de l'OCDE. Comme pour les revenus, cela tient principalement à ce que les hautes rémunérations se sont éloignées des basses rémunérations et des rémunérations moyennes.

Les services publics comme l'éducation et la santé sont plus également répartis que les revenus. Le fait de majorer les revenus des bénéficiaires du coût de ces services réduit les inégalités.

Les pauvres dépensant une plus grande partie de leurs revenus alors que les riches en épargnent une partie, les impôts indirects (sur les biens et services) accentuent les inégalités.

La répartition du patrimoine entre les ménages est beaucoup plus inégale que la répartition du revenu.

Les sociétés où les inégalités de revenu sont particulièrement marquées sont aussi celles où il y a le moins de mobilité : dans ces sociétés, les rémunérations des fils sont proches de celles des pères. Une plus grande égalité des revenus va de pair avec une plus grande mobilité entre générations en termes de rémunérations.


Source: Croissance et inégalités, OCDE, Mai 2011

  1. gravatar

    # by Anonyme - 16 mai 2011 à 14 h 46

    What a great web log. I spend hours on the net reading blogs, about tons of various subjects. I have to first of all give praise to whoever created your theme and second of all to you for writing what i can only describe as an fabulous article. I honestly believe there is a skill to writing articles that only very few posses and honestly you got it. The combining of demonstrative and upper-class content is by all odds super rare with the astronomic amount of blogs on the cyberspace.