Les CPE ont échoué


Extrait de : Les CPE ont échoué, Sarah-Maude Lefebvre, Le Journal de Montréal, 11/05/2011

SHERBROOKE - Plus de 13 ans après leur création, les Centres de la petite enfance (CPE) n'ont toujours pas atteint leur objectif premier, qui est d'améliorer les performances scolaires des enfants, déplore un chercheur qui dresse un dur portrait des garderies à 7 $.

«Si ce n'est pas un échec, c'est, à tout le moins, un demi-échec. Quand les CPE ont été créés, on promettait qu'ils favoriseraient le développement des enfants pour qu'ils performent mieux à l'école, par la suite. Ce n'est jamais arrivé», déplore Pierre Lefebvre, professeur au Département de sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Ce dernier a brossé un portrait très négatif des «garderies à 7 $», lors de la présentation de son étude sur les «enfants des CPE», hier, au congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS).

Pas d'amélioration

En comparant les résultats de jeunes Québécois et Canadiens âgés de moins de cinq ans à différents tests réalisés entre 1994 et 2006, le chercheur est arrivé à la conclusion que la politique familiale de Québec n'avait nullement amélioré leurs scores de développement cognitif.

«Avec sa politique universelle d'éducation et de soins à la petite enfance, le gouvernement souhaitait réduire les disparités entre les enfants, explique Pierre Lefebvre. Ça n'a pas été du tout le cas. Pourtant, énormément d'argent a été mis dans les services de garde. La preuve, c'est qu'on y investira plus de 2,4 G$ en 2010-2012.»

Comment expliquer que l'on ne parvienne pas à des résultats probants, en dépit de l'importance des sommes investies ?

Selon M. Lefebvre, la source du problème se retrouve à l'intérieur même des centres de la petite enfance.

«Il y a un sérieux problème de qualité. J'irais même jusqu'à dire que la qualité est très basse, dans les garderies, que ce soit au niveau de la formation du personnel ou, encore, des interactions entre les éducatrices et les enfants», affirme-t-il.

Mamans au travail

La politique familiale instaurée par les péquistes aurait toutefois eu le mérite d'avoir contribué de façon importante au retour des mères sur le marché du travail.

«Les chiffres le démontrent clairement, signale M. Lefebvre. Le taux de participation de la main-d'oeuvre a grimpé de 55 %, en 1994, à 74 %, en 2006. On ne remarque pas une prog ression aussi rapide en Ontario.»

Toutefois, ces avancées viennent avec leur lot d'inconvénients, rappelle M. Lefebvre. «Les enfants arrivent très tôt à la garderie et y passent énormément de temps. C'est intensif et pas nécessairement recommandé, dans le cas des jeunes enfants», précise le chercheur.

Le système des CPE nécessite une «rénovation» en profondeur, croit Pierre Lefebvre. «Dans l'opinion publique, on trouve généralement formidable la politique familiale du gouvernement, car elle per met à plusieurs femmes de travailler à temps complet. Dans les faits, les résultats ne sont pas là, au niveau du développement des enfants. Au mieux, la politique n'a pas d'effet sur eux et, au pire, de légers effets négatifs.»