Monnaie dévaluée - Ben l’art de couler un système financier


Extrait de : Pourquoi vous ne devez pas croire à la finance bisounours, MoneyWeek,
Simone Wapler , 2 mai 2011

Voici ce que nous écrit un lecteur, J.C. P. par mail :

"Et si Ben avait raison ? S'il cherchait simplement à dévaluer le dollar, imaginons qu'il descende à 2 voire 3 dollars par euro ? Vous imaginez l'avantage compétitif des Etats-Unis, donc la relance économique dans ce pays, donc la réduction des déficits ? Et en plus, il ruine à moitié tous les détenteurs de dette américaine. Non seulement les Chinois n'exportent plus aux US mais ils sont envahis de produits made in USA. L'Europe également envahie de produits US... Et les chiffres de l'emploi sont bien meilleurs chez Ben qui sera mort de rire !"

"Bien sûr les citoyens US s'appauvrissent, il y aura de l'inflation, les matières premières sont hors de prix pour eux, mais quand on est tous pauvres, on ne s'en aperçoit pas, et cela n'impactera pas les exportations".

"Et si l'idée de Ben était aussi simple que cela ? Quelqu'un a dit qu'une excellente idée devait être assez simple pour s'écrire sur une boîte d'allumette. Pour Ben, il s'agit de dévaluer le dollar, retrouver un immense avantage compétitif et ruiner à moitié ses créditeurs en imprimant des billets. Qu'importe l'inflation !"

"... Je crois que Ben n'est peut-être pas aussi idiot que vous le prétendez (l'armée ne m'a appris qu'une chose, c'est de toujours créditer son ennemi avec au moins autant d'intelligence qu'on pense en avoir soi-même, quelquefois on sera en dessous de la réalité) et qu'il a un plan plus subtil qu'il se garde bien sûr de dévoiler parce que son objectif est de sortir les Etats-Unis de la crise au dépend des autres pays".

"... Qui disait 'Le dollar est notre devise et votre problème' ? Est-ce que ça marchera ? Pas sûr, mais – refrain bien connu – le risque zéro n'existe pas. Et si ça marche ? Le monde entier – avec des dollars plein les poches qui ne vaudront plus grand-chose – le détestera et les Américains l'encenseront".

Cette vision de la finance bisounours est exactement celle contre laquelle nous luttons quotidiennement.

Selon ce beau conte de fées, il suffit d'imprimer de l'argent qui ne correspond à rien et tous les problèmes s'envolent : l'économie devient florissante, on rembourse ses dettes en billets de Monopoly et... roule ma poule.

Une monnaie faible est bonne pour les exportations ? Faux.

Une monnaie sous-évaluée est bonne pour les exportations

C'est le cas de la Chine. Une monnaie qui devient faible n'est pas bonne pour les exportations. C'est une énorme différence qui est mal comprise.

Une monnaie est sous-évaluée lorsque le pays émetteur de cette devise lutte par différents artifices contre son renchérissement (en achetant des actifs libellés en monnaies étrangères). Une monnaie sous-évaluée est bonne pour les exportations car le pays ne fait que masquer sa richesse et sa compétitivité en limitant la progression de sa monnaie.

Une monnaie dévaluée

Avouez qu'il est très différent d'empêcher une devise de monter, plutôt que de faire en sorte qu'elle baisse. Peut-être pas pour les technocrates monétaires qui nous gouvernent, mais pour M. et Mme Michu.

Dans le cas de la dévalorisation – dévaluation, "bien sûr les citoyens s'appauvrissent, il y aura de l'inflation, les matières premières sont hors de prix pour eux, mais quand on est tous pauvres, on ne s'en aperçoit pas". C'est donc la misère partagée et qui serait supportable parce que partagée !

Dans le cas de la sous-évaluation, M. et Mme Michu ne paient rien plus cher, ils paient seulement autant et ils s'en moquent parce qu'ils ne sont pas au chômage et que leurs revenus augmentent puisque l'économie est florissante.

Mais les tenants de la finance bisounours se moquent de M. et Mme Michu ou de Mr. et Mrs Smith. Bien sûr que Ben Bernanke n'est pas stupide. Simplement, ses intérêts ne sont absolument pas ceux de Mr. et Mrs Smith.

Il n’en reste pas moins qu’une monnaie dévaluée réduit la compétitivité des autres pays, tel que le Canada entre autre.

Les intérêts de BEN

1.      Son intérêt est que les brasseurs d'argent continuent à en gagner, quelle que soit la qualité de l'argent brassé.

2.      Son intérêt est que la faillite de son Etat-Providence (faillite due à des promesses électorales intenables et au renflouage des banques) soit retardée par tous les moyens possibles.

3.      Son intérêt est effectivement que les dettes de son Etat soient remboursées en monnaie de singe. Peu lui importe que les dettes soient détenues par la Chine, l'Arabie Saoudite ou les retraités de son pays. Ben Bernanke est prêt à euthanasier financièrement les retraités de son pays pour servir Wall Street et Washington, ses deux maîtres (et la préséance est importante). "Il ruine à moitié tous les détenteurs de dette américaine. Non seulement les Chinois n'exportent plus aux US mais ils sont envahis de produits made in USA". Avez-vous seulement pensé que dans le lot, il y avait aussi les retraités ?

Récession et hyperinflation

Pour Ben, tout ceci est un plan à zéro risque. Comme notre lecteur le dit très bien, la misère partagée est en général bien acceptée et il ne risque pas d'avoir sa tête mis au bout d'une pique comme en 1789. Les retraités et les chômeurs font rarement la révolution. C'est plutôt une affaire de bourgeois et de classe moyenne frustrés.

Pour Mr. et Mrs Smith comme pour M. et Mme Michu, ce plan se terminera au mieux en récession inflationniste et au pire en dépression hyperinflationniste.

Il n'y a que dans la finance bisounours où on se dégage de la dette en émettant d'autres dettes et en multipliant la fausse monnaie. Dans la vraie vie, cela se termine mal.

Le plan de Ben ne marchera pas. Comme tous les plans de cette nature. Comme en Allemagne, avant la Seconde Guerre mondiale, comme en Hongrie, comme au Zimbabwe...

Et puisque nous en sommes à assassiner les idées reçues, allons-y ! Le New Deal de Roosevelt n'a pas sorti le monde de la Grande Dépression. Ce qui a sorti le monde de la Grande Dépression, c'est le plus monstrueux des plans de relance qui soit : la Seconde Guerre mondiale. Nous espérons sincèrement que nous n'en arriverons pas là...

En attendant, figurez-vous que la relique barbare sait déjà que le plan de Ben ne marchera pas. L'or est à plus de 1 550 $ l'once. Même la mort de Ben Laden ne l'a pas calmé. Si Ben Laden savait que sa mort a fait monter le dollar ! Hahahaha... nous ne pouvons nous empêcher de ricaner.


Extrait de : Ben Bernanke : la star des banquiers centraux qui a coulé le système, MoneyWeek, le 29 avril 2011

Ben Bernanke, le président de la Fed, s’est exprimé cette semaine en conférence de presse. Une première dans l’histoire de la Réserve fédérale américaine. Mais pourquoi le monde aurait-il besoin d’une conférence de presse de la part d’un banquier central ? Bonne question.

Autrefois, un banquier central était censé être une personne anonyme, silencieuse, cachée quelque part. Un bon banquier central était un banquier central dont on n’avait jamais entendu parler. Il faisait son travail. Il s’assurait que le pays avait assez d’or pour couvrir ses dettes extérieures et ses émissions de devises au niveau national. Il ne s’inquiétait pas du plein emploi. Il ne se souciait pas non plus de la « croissance ». Son travail, c’était de s’assurer que la devise était saine. C’est tout. S’il le faisait correctement, il n’était personne.

Les temps ont changé. Le prédécesseur de Ben Bernanke de 1987 à 2006, Alan Greenspan, a transformé les banquiers centraux en célébrités. Il figurait aux côtés d’Hillary Clinton lors du discours de son mari sur l’état de l’Union. Une manière de signifier l’alliance entre l’argent et le pouvoir, un peu comme le pape et le saint empereur romain apparaissant tous les deux sur le balcon du Vatican.

Aujourd’hui, qui ne reconnaîtrait pas Ben Bernanke ? Les médias continuent de le voir comme le sauveur de l’Occident. Pourtant, ses efforts se sont révélés être un échec retentissant. TARP, TALF, QE1, QE2… les autorités américaines ont mis en danger plus de 10 000 milliards de dollars pour relancer l’économie après la crise du crédit subprime. Les déficits fédéraux à eux seuls représentent 4 500 milliards de dollars sur les trois dernières années.

Et pour quel résultat ?

·         L’immobilier américain continue de chuter.

·         Le taux de chômage aux Etats-Unis dépasse encore les 10%, sauf si l’on cesse de compter les gens qui n’ont pas pu trouver de travail.

·         Plus de 40 millions d’Américains reçoivent des bons alimentaires.

·         Et l’inflation des prix du carburant et des denrées alimentaires, provoquée notamment par la création monétaire à outrance de la Fed, met le budget des ménages chaque jour un peu plus sous pression.

Si le banquier central joue un rôle bien plus grand dans la vie d’une économie moderne, il semble en aller de même pour le gouvernement américain.

Un rapport paru en début de semaine nous apprenait que plus de la moitié de la « croissance des revenus » de ces 10 dernières années aux Etats-Unis provenait de l’Etat fédéral.

Mais où le gouvernement obtient-il cet argent ? Cet argent n’appartient-ils pas à quelqu’un d’autre, en réalité ? Ne déshabillent-ils pas Pierre pour habiller Paul ? Si, bien entendu.

Ø  Mais Pierre n’est pas en âge de voter, alors qui s’en soucie ? Car cet argent, c’est celui de la dette.

Classique, stimuler l’économie par l’endettement,
le Québec utilise cette technique depuis 20 ans.

Son montant est désormais colossal (plus de 14 000 milliards de dollars, soit 96% du PIB américain) et oblige les Etats-Unis à imprimer de la fausse monnaie… par le biais de la Fed.