La maladie chronique des dépenses en soins de santé


Certains extraits du rapport : La maladie chronique des dépenses en soins de santé, David A Dodge et Richard Dion, C.D. Howe, Avril 2011

La maladie chronique des dépenses en soins de santé

Même si des politiques nouvelles réussissaient de façon incroyable à augmenter la productivité et l’efficacité du système des soins de santé, les Canadiens feraient toujours face à des coûts croissants pour les soins de santé et auraient à faire des choix concernant la manière dont les gouvernements et les particuliers financeront ces coûts.

L’élargissement de la portée et de la qualité des services de santé, associé à des taux de croissance de la productivité apparemment peu élevés dans le secteur de la santé, a signifié que la part du revenu national consacrée aux soins de santé a connu une augmentation considérable au cours des dernières décennies.

Projection des dépenses en soins de santé

Dans ce rapport, nous avons un double objectif : premièrement, de projeter l’évolution des dépenses en soins de santé au cours des deux prochaines décennies dans le cadre d’un scénario de base et d’un scénario optimiste;6 et, deuxièmement, d’estimer les conséquences des taux de croissance projetés des dépenses en soins de santé sur le financement privé et public, faisant ainsi la lumière sur les choix difficiles que devront faire les Canadiens, même dans le cadre d’un scénario optimiste.

Dépenses santés et revenu personnel

PROJECTIONS RELATIVES À LA CROISSANCE DU REVENU

À son tour, le taux de la croissance économique à plein rendement (un concept appelé croissance économique potentielle réelle) correspond approximativement à la somme des taux de croissance du nombre total d’heures travaillées et de la productivité de la main-d’oeuvre, selon les tendances prévalentes. Dans le cadre de notre scénario de base, la croissance du PIB nominal diminue, passant de 4,8 pour cent pour la période de 2012 à 2016 à 3,8 pour cent pendant les années 2020, principalement en raison d’une baisse de 0,8 pour cent de la croissance potentielle réelle, qui passe à 1,8 pour cent.8 Cette dernière découle principalement du vieillissement de la population, ce qui a pour effet de réduire presque de moitié la croissance du nombre total d’heures travaillées entre les périodes de 2012 à 2016 et de 2021 à 2031, en raison d’une baisse du taux de participation total à la main-d’oeuvre (graphique 2).

Taux de participations - santé

 

PROJECTIONS DU RAPPORT ENTRE LES DÉPENSES EN SOINS DE SANTÉ TOTALES
ET LE PIB

Le moteur fondamental du changement du rapport entre les dépenses totales de santé et le PIB au fil du temps dans notre cadre est constitué des quatre facteurs suivants :

i)               les changements aux caractéristiques démographiques d’âge et de sexe dans la population;

ii)             les changements du prix des soins de santé par rapport au prix du PIB;

iii)           les changements de la qualité et de la portée des services médicaux; et

iv)           l’évolution du revenu personnel réel par rapport au PIB réel.

Dépenses santé en % du PIB

Caractéristiques démographiques

Les changements des caractéristiques démographiques d’âge et de sexe de la population affectent les dépenses en soins de santé globales réelles par personne, parce que les dépenses en soins de santé moyennes par personne augmentent rapidement en fonction de l’âge des personnes, au-delà d’un seuil se situant vers le milieu de la quarantaine, comme l’illustre le graphique 4.

Démographies - Santé

Dépense santé - groupe d'age

IMPLICATIONS RELATIVES AU FINANCEMENT DES SOINS DE SANTÉ

Entre 2012 et 2031, la croissance annuelle des dépenses en soins de santé s’établit en moyenne à 6,4 pour cent pour le cas de base et à 5,8 pour cent pour le cas optimiste. Cela se compare à une croissance nominale du PIB de 4 et de 4,6 pour cent respectivement.

Il est donc prévu que les dépenses publiques et privées, comme portions du revenu supplémentaire, présentent une augmentation considérable dans le cas de base et une augmentation assez importante dans le cas optimiste.

Augmentation réelle du PIB

Dans le cas de base, pour éviter que l’augmentation du rapport entre les dépenses en soins de santé totales et le PIB entraîne une hausse du rapport entre la dette publique et le PIB au cours des deux prochaines décennies,

i)                    les gouvernements doivent soit augmenter leurs revenus,

ii)                  soit réduire leurs dépenses affectées à autre chose que la santé parl’équivalent d’environ 4,8 points de pourcentage du PIB,

s’ils continuent de financer environ 70 pour cent des dépenses en soins de santé totales.

Même dans le cas optimiste, ils devront trouver des améliorations du revenu ou des contrôles des dépenses équivalant à environ 2,5 points de pourcentage du PIB.

En même temps, dans ce cas optimiste, ils devront procéder :

i)                    à une refonte majeure du système de prestation des soins de santé et

ii)                  mettre en place des procédures structurales afin d’augmenter la productivité et la participation à la main-d’oeuvre :

ni l’un ni l’autre ne sera populaire sur le plan politique.

CONCLUSION

Même si, au Canada, nous réussissons à augmenter de façon incroyable la productivité et l’efficacité du système de santé, soit notre cas optimiste, nous devrons faire face à des choix difficiles, mais nécessaires, concernant la manière dont nous finançons les coûts croissants des soins de santé et gérons la part croissante du revenu supplémentaire qui leur est consacrée.

En plus de la hausse des dépenses effectuées par les particuliers – et les employeurs – pour des services qui, à l’heure actuelle, ne sont pas assurés par les provinces, une combinaison des mesures suivantes s’avérera nécessaire pour gérer la maladie des dépenses :

1)               une réduction considérable des services publics, autres que les soins de santé, fournis par les gouvernements, et particulièrement les gouvernements provinciaux;

2)               une augmentation des impôts requis pour financer la part publique des dépenses en soins de santé;

3)               une augmentation des dépenses des particuliers en matière de services de santé qui sont actuellement assurés par les provinces, sous une forme quelconque de paiement ou de d’assurance des services qui bénéficient actuellement de financement public;

4)               une dégradation majeure des normes relatives aux services assurés par le gouvernement – files d’attente plus longues, services de moindre qualité – et le développement d’un système à financement privé qui fournit des soins de meilleure qualité à ceux qui acceptent de payer, comme au Royaume- Uni et dans bon nombre de pays européens. Cette option à deux niveaux aurait peu d’effet sur le taux de croissance des dépenses totales, mais comme l’option 3 ci-dessus, aurait pour effet de modifier la division entre le secteur public et le secteur privé et aurait des répercussions relatives à la répartition des revenus.

Aucune de ces options n’est attirante : il n’existe aucune façon simple de gérer la hausse chronique des dépenses en soins de santé. Dans ce rapport, nous avons tenté de diagnostiquer la maladie des dépenses et de fournir un pronostic de son évolution. Ce pronostic n’est pas favorable, même si nous réussissons à améliorer de façon incroyable l’efficacité de la prestation des soins de santé. Mais la maladie des dépenses doit être contrôlée.

Maintenant, c’est aux Canadiens à tenir une discussion sérieuse
concernant la façon de le faire.