Le modèle islandais fait école près des jeunes Espagnols


Extrait de : La croissance espagnole insuffisante pour créer des emplois, Emilie Lévêque,  l’Expansion.com, 03/06/2011 à 09:11

Plombée par la crise financière internationale et l'éclatement de sa bulle immobilière, l'Espagne a vu son PIB fortement baisser en 2009 puis stagner en 2010. Uun retour de la croissance vers un rythme de 1% semble le mieux que le pays puisse espérer cette année.

Plombée par la crise financière internationale et l'éclatement de sa bulle immobilière, l'Espagne a vu son PIB fortement baisser en 2009 de 3,7%, puis stagner en 2010, avec un léger repli de 0,1%. Et un retour de la croissance vers un rythme de 1% semble le mieux qu'on puisse espérer cette année.

Mais le rythme est largement insuffisant pour absorber 20 % de la population active au chômage et calmer le mécontentement social grandissant, en témoigne les grandes banderoles, « jeunes sans avenir » exhibées par des milliers de jeunes place de Puerta del sol, à Madrid.

Outre le chômage qui touchait en février 44,6% des moins de 25 ans, plus du double du niveau national, l'un des ingrédients du malaise est aussi la précarité de l'emploi, contrats temporaires ou stages sous-payés, qui concerne les deux tiers des jeunes salariés.

Du côté des marchés, au lendemain des élections municipales perdues par les socialistes, la réaction des investisseurs a été imperceptible. Néanmoins, compte tenu de l'ampleur de l'ajustement budgétaire que le gouvernement doit encore réaliser cette année (réduction de 3 points du déficit budgétaire en 2011, à -6%) et la faiblesse de la croissance attendue, il est probable que cet objectif ne sera pas atteint, une contre performance qui serait de nature à relancer les pressions sur les taux espagnols.


Extrait de : Le modèle islandais fait école près des jeunes Espagnols, Le Nouvel Observateur, 27.05.2011

Espagne: une révolte citoyenne pour sanctionner la politique d'austérité

La semaine dernière, à quelques exceptions près, c’est comme si pour les media, à part l’affaire DSK, tout s’était arrêté. Pourtant des morts en Syrie à l’explosion du plafond de la dette par les Américains, il y avait matière à news, comme on dit dans les rédactions.

Ce décrochage entre ce qui est à lire et ce qui est à vivre, entre une classe médiatico-politique pris la main dans le sac de ses petits arrangements et le reste du monde, ce décrochage donc me semble au cœur de ce mouvement de contestation dans le sud de l’Europe, cette spanish revolution comme on dit, sur les réseaux cette fois.

Depuis le 15 mai en effet, des milliers de manifestants campent Puerta del Sol à Madrid. Ils sont jeunes, mais pas que, diplômés, pour la plupart, déterminés et non violents.

Leur constat est simple : coincés entre des politiques corrompus et un projet de société dicté par les marchés financiers, l’Espagne disent-ils n’est plus une démocratie : « le fonctionnement actuel de notre système politique et gouvernemental devient un obstacle au progrès de l’humanité ».

A constat simple – ce qui ne veut pas dire simpliste - revendication sans appel : ils veulent un changement de régime.

Parmi les 500 organisations citoyennes qui nourrissent ce mouvement dit du 15 Mai, il y a Nolesvotes, « ne vote pas pour eux », un mouvement contre les partis majoritaires car tous corrompus.

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Il y a Juventud sin Futuro, - le mouvement des jeunes sans avenir. Il y a Democracia Real Ya, principale plateforme politique qui avance quarante propositions pour une démocratie réelle comme le contrôle de l’absentéisme parlementaire, la réduction des dépenses militaires et l’abolition de la loi Sinde, sorte de loi hadopi à la sauce espagnole.

Avec son G8 de l’Internet, Nicolas Sarkozy ferait bien de se méfier. C’est en touchant à la liberté sur Internet que les politiques espagnols ont cristallisé le mécontentement des jeunes. Et ont fini par les faire descendre dans la rue.

Car, comme pour le printemps arabe, le mouvement du 15 mai part de la jeunesse, une jeunesse éduquée et pourtant parfaitement sur une voie de garage (45% de chômage chez les 18-25 ans en Espagne).

Une fois installée dans la rue, cette jeunesse, comme pour le printemps arabe, fédère d’autres classes d’âge et statuts sociaux : salariés précarisés, fonctionnaires, entrepreneurs, retraités gonflent les rangs de cette foule bigarrée et remontée. Il s’agit aussi, comme pour le printemps arabe, d’un mouvement né sur les réseaux sociaux et coordonné par SMS ou sur twitter.

Comme le printemps arabe, ces manifestants n’attendent rien des media traditionnels, jugés trop proches du pouvoir.

Selon le site Owni qui couvre l’événement depuis plusieurs jours, le mouvement a comme modèle l’Islande et sa révolution silencieuse.

·         L’Islande dont le parlement corrompu a été forcé à la démission par son peuple.

·         L’Islande qui s’est lancée dans une réforme constitutionnelle exigeante.

·         L’Islande toujours et son référendum contre l’emprise des marchés financiers.

·         L’Islande enfin et sa démarche ambitieuse pour la liberté de la presse. « Quand je serai grand je serai Islandais » dit d’ailleurs un militant du collectif espagnol « jeunesse sans avenir ».

Pour l’heure, le gouvernement Zapatero a interdit la manifestation mais n’a pas lancé les forces de l’ordre. Maintenant que les élections sont passées et qu’il a perdu nombre de municipalités, il pourrait en être autrement. A moins qu’il ne compte sur une certaine démobilisation. C’est tout l’inverse qui semble arriver. Ragaillardis par l’afflux de manifestants et la contagion à l’oeuvre dans le pays, en Italie, en France (on parle aussi de rassemblements spontanés à Moscou, à Washington ou à Toulouse), les Espagnols ont décidé de prolonger la manifestation pour une durée indéterminée. Sur le site Rue89, un participant du sit-in de la Bastille prévient : « on va chercher à nous discréditer par tous les moyens mais nous sommes prêts ».

De fait, les gouvernements auraient tort de mépriser la jeunesse. Elle est douée et prend conscience de sa force, aujourd’hui décuplée par les outils. Mieux (ou pire, selon là ou vous vous placez), elle sait maintenant qu’elle n’a plus rien à perdre.


Extrait de :  «Jeunes sans avenir» : malaise en Espagne, Le républicain Lorrain, 22/05/2011

Déterminés à faire entendre leur ras-le-bol de la crise et du chômage, les jeunes sont à nouveau descendus hier dans la rue, à la veille d’élections locales annoncées comme un désastre pour les socialistes espagnols.

 

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Nombreux sont ceux qui ont bravé l’interdiction de manifester à la veille des élections pour camper à la Puerta del Sol, la place la plus emblématique du Vieux Madrid.

A dix mois des législatives, 13 des 17 régions autonomes élisent aujourd’hui leur Parlement et toutes les communes d’Espagne leurs conseils municipaux, alors que des milliers de manifestants se relaient dans les rues pour crier leur lassitude de la crise et du chômage. «

A notre âge, nos parents avaient du travail, une maison, des enfants. Quand aurons-nous tout cela ? » Paula Mendez Sena, une jeune architecte de 24 ans, s’interroge avec angoisse sur son avenir, à l’image des milliers de jeunes qui occupent la Puerta del Sol à Madrid.

Question tout à fait légitime ?

« Jeunes sans avenir » : ce slogan en lettres jaunes sur fond noir a donné son nom à la vague de contestation née il y a quelques semaines en Espagne via les réseaux sociaux. Une première manifestation le 7 avril, puis le groupe a fait boule de neige, s’est élargi, a rejoint d’autres plateformes citoyennes, faisant germer le mouvement spontané, sans précédent, qui a déferlé en moins d’une semaine sur les rues et les places de toutes les villes d’Espagne.

« Les choses ne peuvent pas rester ainsi »

Des citoyens de tous horizons ont rejoint la cause des jeunes, première cible du chômage qui gangrène la société espagnole.

Paula n’a jamais trouvé d’emploi depuis son diplôme d’architecte il y a deux ans. Avec son compagnon Carlos Peral, 25 ans, sans emploi lui aussi après des études d’ingénieur, elle vient chaque jour rejoindre les manifestants qui campent à la Puerta del Sol.

La jeune femme vit chez ses parents, qui subviennent à ses besoins, dans une banlieue de Madrid. « Je ne sais pas quelle est la solution, mais les choses ne peuvent pas rester ainsi ».

Le mouvement, qui s’inspire en partie, par les méthodes sinon le contenu, des révoltes dans le monde arabe, a pris naissance sur la place la plus emblématique du Vieux Madrid. « Les révolutions dans les pays arabes ont démontré que l’action collective peut cristalliser le changement », assure Pablo Padilla, étudiant en anthropologie de 22 ans, l’un des leaders de « Juventud sin futuro », qui, après un an et demi sans travail, a commencé en avril un stage de trois mois dans un site internet, payé 300 euros par mois.

Selon Jose Feliz Tezanos, sociologue à l’université UNED de Madrid, les réseaux sociaux ont fourni aux jeunes mécontents un « lieu de rencontre » qui n’existait pas auparavant.

M. les politiciens, il va être de plus en plus difficile de contrôler la masse par les médias traditionnels, vous allez avoir de sérieux compte à rendre dans les années à venir.

Outre le chômage qui touchait en février 44,6 % des moins de 25 ans, plus du double du niveau national, l’un des ingrédients du malaise, souligne Tezano, est aussi la « précarité de l’emploi », contrats temporaires ou stages sous-payés, qui concerne les deux tiers des jeunes salariés.