BIXI-cratie

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Extrait de : BIXI-cratie, Éric Duhaime, le journal de Québec, 16 juillet 2011

À quelques mois des élections municipales de mai 2009, alors que de graves allégations de corruption affligeaient l’administration de Montréal, le maire Gérald Tremblay a annoncé en grande pompe le lancement du vélo en libre-service. Il qualifia alors le BIXI montréalais de « vedette internationale ».

Cette nouvelle star a sûrement facilité sa réélection comme maire, mais cela s’est transformé depuis en véritable déroute pour les contribuables et les usagers.

FAUSSES PROMESSES

D’abord, les cyclistes ont été estomaqués de constater qu’ils paient pratiquement deux fois plus cher à Montréal que dans les villes européennes offrant le même service. En exemple, un abonnement annuel coûte d’une fois et demie à trois fois moins cher à Paris, à Bruxelles ou à Barcelone. En contrepartie, on nous promettait « l’autofinancement du projet » avec le principe d’utilisateur-payeur, sans publicité sur le vélo.

On a vu pourtant apparaître des pubs sur les roues arrière des vélos en début de saison 2011 et, l’an prochain, ce sera sur le panier avant.

GOUFFRE FINANCIER

Devant la menace de faillite, le 17 mai, le conseil municipal a présenté un plan de sauvetage qui accorde un prêt de 37 millions de dollars au taux d’intérêt de 2 %. Ce bas taux représente, à lui seul, une subvention annuelle supplémentaire et déguisée de 1,3 million. Le plan cautionne aussi un autre 71 millions.

Ce n’est pas tout. La semaine dernière, le Vérificateur général a déposé un rapport accablant. On y apprend que la Ville a agi depuis le début en violation des lois et de sa propre Charte, avec des « traitements comptables discutables », sans transparence ni contrôle approprié.

Remarquez, que nous sommes habitués, le gouvernement du Québec présente des budgets avec des magouilles comptables depuis des décennies.

Quand, les employés d’États et les politiciens n’ont plus aucune IMPUTABILITÉ de leurs actes, copinage, corruption et collusion ne rodent pas loin.

Les décideurs publics ont même lancé le BIXI sans « avoir en leur possession d’études de faisabilité, de structure de financement, d’analyses de risques ou d’avantages-coûts ». Résultat : les Montréalais pourraient fort bien débourser l’équivalent de 7 400 $ pour chacun des 5 000 BIXI en ville. La chef de l’opposition, Louise Harel, demande judicieusement s’il ne serait pas finalement « moins coûteux d’acheter un vélo à tous ceux qui en veulent un à Montréal ».

Le seul volet qui semble rentable demeure celui international. Le VG rappelle néanmoins qu’il est illégal pour la Ville d’acquérir ou de vendre des vélos à l’étranger. On devra donc se départir de la seule chose potentiellement profitable de toute cette opération.

SYMBOLE DU DÉCLIN

Le fiasco BIXI s’ajoute aujourd’hui à nos autres grandes hontes montréalaises, du Stade olympique au pont Champlain, en passant par le cône orange à chaque coin de rue.

Partout, des projets publics mal planifiés, mal financés. Était-ce nécessaire que la Ville s’implique directement pour implanter et gérer un parc de bécanes? Qu’elle élève un appareil de déplacement sur deux roues au rang de symbole d’un mode de vie urbain vert-alternatif-branché? Pourquoi ne pas avoir simplement ouvert un appel d’offres et confié le tout au plus bas soumissionnaire privé, comme cela se fait partout ailleurs, sans risque ni coût pour le contribuable?

L’idéologie vieillotte du tout-public-tout-syndiqué, qui domine le Plateau, préfère voir la ville tomber en ruine. La métropole québécoise poursuit donc ainsi sa descente à BIXI sur la piste de l’appauvrissement.