Démondialisation prônée par Montebourg ou Le Pen ?,


Extrait de : Êtes-vous convaincu par la "démondialisation" prônée par Montebourg ou Le Pen ?, Le Point, 17/06/2011

Deux tiers des Français seraient tentés par ce concept,
qui vise à rétablir une forme de protectionnisme économique.

La "démondialisation" s'invite dans le débat politique français et semble aujourd'hui à la mode.

Ce concept n'est pourtant pas nouveau et n'est pas né dans l'hexagone. Il a été créé au début des années 2000 par l'une des grandes figures altermondialistes, l'économiste philippin Walden Bello, qui le popularisa en titrant un de ses essais paru en 2002 : "démondialisation", rappelle le politologue Eddy Fougier. Plusieurs auteurs défendent la "démondialisation" en France, dont l'économiste souverainiste de gauche Jacques Sapir, qui a publié en 2011 "La Démondialisation" (Seuil).

Dans la classe politique, cette doctrine séduit Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon à gauche, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan à droite.

Ces quatre candidats à l'élection présidentielle de 2012 prônent -chacun à leur manière- ce concept qui vise à établir une mondialisation plus équilibrée. Même Ségolène Royal s'est déclarée récemment "assez d'accord avec le principe de 'démondialisation'" porté par Arnaud Montebourg. Démontrant au passage que le courant souverainiste des chevènementistes existe toujours à gauche. À l'UMP, le concept ne fait pas vraiment fureur.

Leur constat général : l'absence de barrières douanières a conduit à un vaste mouvement de délocalisation des productions vers les pays où la main-d'oeuvre est moins chère. Et du coup, à une augmentation du chômage dans les pays occidentaux.

Les chiffres parlent pour eux puisqu'au total, les échanges commerciaux de la France entre 1980 et 2006 seraient responsables de 13 % de la destruction des emplois industriels dans le pays, selon la Direction générale du Trésor.

Pour les partisans de la démondialisation, la crise a montré les limites du libre-échange. Ils préconisent donc de revenir à une forme de protectionnisme économique pour revenir à une concurrence loyale entre les pays occidentaux et les pays émergents. En établissant des barrières douanières ou au moins en les augmentant, le marché intérieur serait davantage protégé des produits importés des pays émergents à bas prix, selon eux. Objectif : lutter contre les délocalisations et préserver les emplois dans les pays occidentaux.

Autrement dit, que la puissance publique fixe davantage de règles au système économique actuel, sans vouloir pour autant en changer. "La doctrine de la démondialisation est une branche de la pensée libérale et ne signifie absolument pas une fermeture et un repli économique et social sur les frontières nationales comme le préconise Marine Le Pen", indique l'économiste Emmanuel Todd à La Tribune.

Dans l'opinion, ce concept devient de plus en plus populaire trois ans après la crise et ses conséquences sociales... Plus de deux Français sur trois (70%) sont ainsi opposés "au faible niveau" des taxes sur les produits importés des pays émergents tels que la Chine ou l'Inde, selon un sondage publié jeudi par l'Ifop. Et 65 % sont pour l'augmentation des barrières douanières sur les produits en provenance de ces pays. Commandée par l'association "Manifeste pour un débat sur le libre-échange", cette étude d'opinion a été financée par deux de ses membres : l'universitaire Philippe Murer et Emmanuel Todd, partisans d'une forme de protectionnisme. Ce sondage Ifop révèle aussi que pour 80% des sondés, l'Union européenne est le niveau d'action le plus pertinent pour relever les droits de douane.

Arnaud Montebourg est du même avis. Si la présidente du FN prône un protectionnisme de repli national, notamment pour conquérir les classes populaires, le socialiste se déclare favorable à un protectionnisme européen.

Le candidat à la primaire a fait de ce concept l'axe fort de son programme économique. Le député et président du conseil général de Saône-et-Loire a même publié un livre sur le sujet. Dans cet ouvrage intitulé "Votez pour la démondialisation" (Flammarion) et paru en mai, il estime que
la mondialisation est responsable des délocalisations et entraîne une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs du nord et du sud. Face à cela, il propose des mesures, notamment l'instauration de procédures antidumping "en cas d'agression commerciale par des prix déloyalement bas" ou la mise en oeuvre d'une "taxe carbone extérieure" aux frontières de l'Union européenne.

Pour de nombreux économistes, un retour au protectionnisme aurait un effet désastreux pour l'économie française, freinant les échanges et entrainant une augmentation des prix préjudiciable pour les consommateurs comme pour les entreprises.

A gauche, les sociaux-démocrates n'y sont pas favorables non plus. Le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis a notamment déclaré lors d'un débat organisé par Libération, le 7 juin : "En matière douanière, il ne s'agit pas de faire du protectionnisme, mais d'être progressiste. En clair, de ne pas accepter que l'on viole les normes de l'Organisation internationale du travail et de l'Organisation mondiale du commerce."

L'un des plus opposants les plus virulents à la "démondialisation" reste Alain Minc. Celui qui fait partie des conseillers officieux de Nicolas Sarkozy a déclaré le 23 mai dans une interview publiée sur le site Nonfiction.fr : "J'espère qu'aucun des deux partis de gouvernement ne se laissera embarquer [pendant la campagne présidentielle, ndlr] sur des thèmes 'antimondialisation', des débilités à la Montebourg d'un côté, et des réactions protectionnistes de l'autre". Avant de classer Arnaud Montebourg dans la catégorie "des connards antieuropéens" aux côtés de Marine Le Pen...


Extrait de :  Pour un débat sur le libre-échange

I. Un regard critique et argumenté sur la mondialisation et le libre-échange.

La question principale porte sur l’appréciation de l’ouverture des frontières aux marchandises de pays comme la Chine et l’Inde et globalement aux pays émergents. Les résultats témoignent d’un rejet massif de la mondialisation.

Un jugement négatif est partagé par 73% des réponses en ce qui concerne les déficits publics, 78% en ce qui concerne le niveau des salaires et 84% en ce qui concerne l’emploi.

Notons aussi que le pourcentage de réponses indiquant que ces conséquences ont pu être positives voire très positives n’est que de 7%, soit 12 fois moins que le pourcentage estimant que les conséquences sont négatives voire très négatives.

Ce jugement est sans appel. Sur les trois grandes questions qui concernent l’économie, l’emploi, les salaires et les déficits, il se trouve une écrasante majorité de français pour considérer que l’ouverture de l’économie a eu des conséquences néfastes. Très clairement, la « mondialisation heureuse » n’existe que dans certains journaux ou sous certaines plumes.

Cette ouverture est aussi considérée comme une mauvaise chose pour les pays développés en général (52%) et pour la France en particulier (57%). C’est aussi une mauvaise chose pour la sécurité des produits distribués en France (71%), pour les salariés (72%) et pour l’environnement (73%). La conscience des résultats négatifs de l’ouverture ne se limite donc pas à la question sociale. Elle touche aussi massivement la question de la sécurité des produits de consommation (et la sécurité alimentaire) ainsi que l’environnement. La prise de conscience qu’il y a une contradiction radicale entre le libre-échange et la préservation de l’environnement apparaît particulièrement massive.

Quand on demande aux personnes interrogées de se projeter dans le futur, elles sont 75% à répondre que l’ouverture aura des conséquences négatives sur l’emploi dans les dix années à venir. Elles sont donc opposées logiquement à hauteur de 70% à l’absence ou la faiblesse des droits de douane sur les produits provenant des pays émergents, et partisans à 65% d’une hausse de ces droits. Les conséquences d’une politiques protectionnistes sont perçues comme favorables à la protection du savoir faire français (59%), des activités de l’industrie (57%), de l’emploi (55%) et de la croissance (50%).

Massivement, les personnes interrogées pensent que c’est à l’Europe qu’il revient de mettre en œuvre cette politique protectionniste (80%). Mais, au cas où l’on se heurterait à un refus de nos partenaires européens à appliquer une telle politique, 57% des personnes interrogées répondent qu’il faut que la France fasse cavalier seul. On ne saurait mieux exprimer la formule « avec l’Europe si on le peut, avec la France s’il faut, contre l’Europe si on le doit » !


 

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    # by Anonyme - 19 juillet 2011 à 07 h 43

    Non, la mondialisation n'est pas coupable (pour l'instant) de la crise actuelle, elle n'est responsable que de 15% maxi du chômage de masse, dont l'explosion a débuté il y a 30 ans.

    Ce sont les gains de productivité dus à la révolution technologique qui en sont responsables (j'en parle en connaissance de cause je suis ingénieur informatique).

    La solution consiste à répartir ces gains (et donc les richesses produites) par le biais d'une réduction massive mais "intelligente" du temps de travail.

    Cf les ouvrages de Pierre LARROUTUROU pour les solutions concrètes (2 MILLIONS d'emplois CDI min. à la clé).

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    # by Québec de Droite - 25 juillet 2011 à 18 h 07

    Examine juste le cas de Cisco, la semaine passée.

    http://www.quebecdroite.com/2011/07/la-realite-economique.html