Déséquilibre avec les effectifs de la santé


Extrait de: Docteur Fonfon, Jean-Jacques Samson, Le Journal de Québec, 16/07/2011

C’est une lapalissade de l’écrire : une société dont l’industrie des soins de santé et de l’assistance sociale a connu de loin la plus forte croissance depuis 20 ans, au point d’occuper maintenant le deuxième rang du marché de l’emploi, est une société malade!

C’est pourtant ce que démontre une récente étude de l’Institut de la statistique du Québec. L’emploi dans les soins de santé et l’assistance sociale a connu une ascension fulgurante au Québec depuis la fin des années 90, après la vague de retraites massives commandées par le gouvernement Bouchard. Cette industrie comptait un peu plus de 350 000 emplois en 1999; ce nombre est passé à 506 000 en 2010, une hausse de 53 %. Elle devance le secteur du commerce.

Le phénomène n’est toutefois pas exclusif au Québec puisqu’il a aussi été relevé en Ontario et dans le reste du Canada.

Un déséquilibre

L’alourdissement de la machine de la santé et de l’assistance sociale depuis 20 ans ne correspond toutefois pas au Québec au poids réel des groupes professionnels qui la composent. Ainsi, alors que les professions directement liées à la prestation de soins de santé (personnel professionnel, technique et de soutien) représentaient 51 % de l’effectif du réseau en 1991, celui-ci n’a crû globalement que de 28 %.

En d’autres mots, pendant que les budgets de la santé et de l’assistance sociale ont explosé au Québec, la plus grande partie des emplois créés se situe en aval et en amont des soins directs aux malades. Toutes proportions gardées, le gouvernement du Québec a engagé plus de personnel de soutien en santé, plus de personnel pour les services sociaux, d’éducatrices en garderie, d’éducateurs spécialisés et de travailleurs sociaux que de professionnels et de techniciens en soins de santé.

Autrement dit, depuis 1991, les gouvernements péquistes et libéraux ont mis plus de chrome sur les programmes sociaux qu’ils ont ajouté des bras dans les services directs aux malades. C’est une aberration totale.

Une étude de plus

Chacun occupe bien ses loisirs comme il veut. Je lisais le sommaire de cette étude dimanche, au quai de l’anse Saint-Michel, pendant que les bateaux attachés dans la marina ballottaient doucement en face de moi. J’ai spontanément pensé que celui du ministre Yves Bolduc coulera inévitablement par le fond un de ces jours prochains.

Les besoins en main-d’œuvre en santé iront toujours en croissant pour répondre à la demande d’une population vieillissante. Aucune volonté marquée n’a été démontrée de réduire la bureaucratie de la santé et de l’assistance sociale pour accroître plutôt le personnel soignant.

Le nombre de cadres dans le réseau de la santé a au contraire augmenté de plus de 19 % entre 2003 et 2008. En plus du ministère, de tous les hôpitaux, le réseau compte 16 agences de la santé, 95 CRSSS, tous les CLSC et les CHSLD ayant chacun leur bureaucratie; une brochette d’associations et de fédérations dont les sièges administratifs emploient un nombre méconnu de technocrates permanents…

Il y a un poste de direction en santé par 70 000 habitants au Québec contre
un poste par 186 000 habitants en Ontario.

Dans l’espoir d’optimiser mes chances, je me suis dit que je demanderais un rendez-vous avec un fonctionnaire pour mon prochain examen médical annuel.