La crise grecque peut gagner l'Italie et l'Espagne


Extrait de : La crise grecque peut gagner l'Italie et l'Espagne, Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis, La Tribune, 13/07/2011

Confiant, jusqu'à récemment, dans la capacité de l'Europe à juguler la crise grecque, l'économiste en chef de Natixis porte un regard beaucoup plus inquiet sur les conséquences de la gestion de cette crise. Il estime que la contagion, que l'on observe aujourd'hui, a des conséquences potentielles terribles pour la zone euro.

On ne peut que s'inquiéter de l'avenir des dettes publiques de la zone euro : quel que soit le programme de soutien financier à la Grèce et aux autres pays, le recul de l'activité dans ces pays lié aux politiques budgétaires restrictives leur interdit de réduire leur déficit public ; ceci et les hésitations des Européens accroissent le risque de contagion à de grands pays de la zone euro (Espagne, Italie...).

Si de grands pays ne peuvent plus financer leurs déficits publics sur les marchés financiers, les solutions mises en oeuvre aujourd'hui (soutien budgétaire de l'ensemble des pays de la zone euro) ne pourront plus être utilisées, et le seul salut sera la monétisation des dettes publiques, par le FMI, la BCE.

Il faut être réaliste les pays ne paient même plus le capital de leurs dettes, ils ne payent que les intérêts, quand un bond est échu, il réemprunte le même montant tout probablement à un taux d'intérêt plus élevé, car le marché est instable, de plus, leurs dettes augmentent pour payer leurs déficits.

Le problème ne date pas hier, c’est de croire que l’on pouvait emprunter indéfiniment parce qu’ils sont un État souverain, malheureusement le marché n’a pas cette optimiste que les politiciens voudraient bien nous laisser croire.

Crise : l'Italie dans le collimateur des marchés

L'Italie se trouve dans une situation économique difficile et les marchés s'inquiètent de sa capacité à rembourser. Si la situation transapline est moins critique que celle de la Grèce, ses perspectives de croissance ne poussent pas à l'optimisme.

Le programme de soutien à la Grèce, qu'on croyait bouclé, semble en réalité compliqué à mettre au point : la nature de l'implication de prêteurs privés est toujours incertaine (réinvestissement des titres remboursés dans de nouveaux titres émis par la Grèce, ce qui est le plan français ; échange des titres grecs existants contre des titres de maturité plus longue, ce qui est le plan allemand) ; certains pays européens demandent des contreparties plus fortes, même une mise sous tutelle de la politique économique de la Grèce ou une saisie d'une partie du patrimoine de la Grèce ; l'opinion allemande et celle des pays du Nord de la zone euro rejettent complètement l'idée d'aider la Grèce par des transferts de revenus, par du fédéralisme sous quelque forme que ce soit ; la durée et le taux d'intérêt des nouveaux financements sont toujours incertains.

Cette difficulté et ce délai dans la mise au point du programme d'aide à la Grèce sont extrêmement dangereux ; puisque secourir un petit pays est aussi compliqué et conflictuel, l'Europe serait tout à fait incapable de venir en aide à un grand pays en difficulté avec ses finances publiques (Espagne, Italie...) ; un raisonnement qui déclenche un mouvement de spéculation non seulement de la part de hedge funds qui opèrent sur le marché des dérivés, mais aussi des investisseurs institutionnels, qui hésitent maintenant à investir en dette espagnole, italienne et même française... Ce qui accroît les taux d'intérêt payés par ces pays.

Les atermoiements de l'Europe accroissent donc considérablement le risque de contagion de la crise à d'autres pays. Mais même si un programme raisonnable de soutien à la Grèce et aux autres pays en difficulté était finalisé, la situation serait loin d'être stabilisée. En effet, la croissance dans ces pays est violemment affectée par les programmes de rigueur budgétaire et par les hausses de taux d'intérêt des crédits aux ménages et aux entreprises qui suivent celles des taux d'intérêt sur les dettes publiques ; la croissance sur un an est de -5% en Grèce, de 0% à peu près au Portugal et en Irlande, de 0,5% en Espagne, de moins de 1% en Italie. Le salaire réel a reculé de 10% sur un an en Grèce (!), de 4% en Espagne ; l'emploi a baissé de 5% en un an en Grèce, de 2% en Espagne, etc. La contraction violente de l'activité rend impossible la réduction du déficit public ; même si la Grèce reçoit des prêts à 4% de la part de l'Europe et du FMI, avec une croissance (une décroissance) de 5% sur un an, il faudrait qu'elle réduise aujourd'hui son déficit public, ce qui est impossible.

Quelle est l'évolution la plus probable si aucun progrès majeur n'est fait rapidement ? D'une part, la contagion de la crise vers de grands pays (Espagne, Italie) ; d'autre part, la poursuite des difficultés de la Grèce (du Portugal, de l'Irlande) en raison de l'effondrement de l'activité de ces pays qui leur interdit absolument de venir à bout de leurs déficits publics. Que faudrait-il faire pour éviter ces évolutions épouvantables ? Pour que la Grèce, et peut-être aussi pour que le Portugal puissent réduire leur déficit public, il faudrait à la fois que l'Europe leur prête à des taux d'intérêt beaucoup plus bas (peut-être même à 0%) et que l'étau des politiques budgétaires restrictives qui leur sont demandées soit desserré (retour beaucoup plus lent à des déficits publics faibles, qui sont aujourd'hui exigés dès 2013) afin de permettre le retour à la croissance.

Cette évolution est cependant improbable, ce qui veut dire que la probabilité d'extension de la crise des dettes publiques aux grands pays de la zone euro est loin d'être nulle, comme on le voit dès aujourd'hui pour l'Italie. Si cette extension se déclenche, d'abord, les conséquences potentielles sont terribles ; la dette publique de l'Espagne et de l'Italie atteint 2.800 milliards d'euros, celle de la Grèce 350 : la crise serait multipliée par un facteur de 8 ! La réponse à la crise ne pourrait plus être une réponse budgétaire de l'Europe : l'Espagne ne peut plus contribuer à un fonds européen de soutien à l'Espagne ! La seule solution serait alors une réponse monétaire : des prêts ou des achats de dettes des pays par le FMI, par la BCE, financés par la création monétaire et non par des contributions budgétaires.

Ou tout simplement, les faire sortir de l’Euro, défaut de paiement sur une partie de la dette et dévaluer leurs monnaies respectives.

Évidemment, vous risquez d'avoir de sérieuses oppositions de tous les groupes d'intérêts oligarchiques pour maintenir le statu quo,  les financiers (banques, assurances), les gros industriels (ex : l'Allemagne) plus les pays émergents, qui profitent du peu de compétitivité des pays industriels pour se permettre un taux d'accroissement de 9.5%.

Soyez assurés, la tempête ne fait que commencer.


Extrait de : Silvio Berlusconi et sa crise économique, Florencia Valdés Andino, France2, 13/07/2011

Silvio Berlusconi a cherché à rassurer les marchés en déclarant qu'il faudrait faire des "sacrifices".

Ce n'est certes pas ce à quoi le chef du gouvernement italien s'est astreint. Il mène un train de vie exceptionnel grâce à son empire médiatique. C'est aujourd'hui l'homme le plus riche du pays.

Mais les finances de son pays ne reflètent pas celles de son dirigeant, au contraire. Avec un taux de déficit de 4% et une dette publique de 120% la crise grecque guette l’Italie.

La mauvaise gestion du pays est, bien entendu, une des raisons de cette crise. A cela s’ajoute un système corrompu et l’emprise de la mafia sur l’économie du pays. Mais la personnalité de Silvio Berlusconi y est pour beaucoup. Les investisseurs se méfient de l’Italie.

Ses parties de "bunga bunga" bien connues de l’opinion publique lui ont fait plus de mal que de bien. Il s’est retrouvé devant la justice à Milan pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure. C’est le célèbre Rubygate. Enième affaire d'une longue série de démélés avec la justice.

Fraude et corruption

Il a été accusé au moins douze fois de fraude et de corruption. Sa défense clame qu’il n’a jamais été condamné. Faux, il n’a jamais payé pour ses délits. En effet, la loi Alfano, proposée par un de ses proches, votée le 22 juillet 2008, accorde l’immunité pénale aux quatre plus hauts personnages de l’Etat italien. Elle a été jugée anticonstitutionnelle un an après.

Situation économique

Selon les dernières statistiques 25% des jeunes italiens sont au chômage, les femmes représentent à peine 46% de la force de travail, le taux le plus faible en Europe, et, au cours de ces dix dernières années la productivité italienne a chuté de 5%. Les jeunes diplômés quittent donc le pays en quête d’une meilleure situation.

Rigueur

Le plan de rigueur, de 40 milliards d’euros sur quatre ans, proposé par son ministre de l’Economie suscite l’indignation du Parlement italien jusque dans les rangs de la majorité. Un plan de rigueur avait déjà été adopté l'année dernière. Cette incapacité du gouvernement italien à mettre en place un programme d’économie ne manque pas d’inquiéter les dirigeants européens, les investisseurs et les marchés. En moins d’une semaine la bourse de Milan a reculé de 7%.

Les Etats membres du FMI demandent aujourd’hui à l’Italie de rationaliser son budget. Pas sûre que Berlusconi avec son goût du faste se plie à cette injonction.


Une vidéo plus pointue sur la crise économique de l’Italie par le Financial Times et l’échéance des bonds italiens.

Italy’s borrowing costs soar

Italy’s borrowing costs soar

Italy’s borrowing costs soared to their highest level in over a decade.

 

Italian banking sector shares plummeted further at the opening of trading on Tuesday and its benchmark 10-year bond yields hit a euro-era high of 6.09 per cent.

 

By Guy Dinmore in Rome and Joshua Chaffin in Brussels, FT, July 12, 2011