Le Québec une province de Quêteux

Même, si je me suis dit : de ne pas commenter les articles en été, j’avoue que l’article de Claude Picher va faire exception.


Quand vous lisez les articles de Claude Picher dans la presse, il a tendance à favoriser la situation du Québec avec des lunettes roses.

En voici un particulièrement intéressant sur les transferts fédéraux pour le Québec.

Ce que les Anglais pensent du Québec :

·         C'est que le Québec est une province de quêteux.

·         Le Québec ne compte que 23% de la population canadienne, mais retire 55% des paiements de péréquation.

·         Les Québécois se gâtent avec des programmes sociaux inaccessibles aux autres Canadiens: régime public d'assurance médicaments, dont les coûts n'arrêtent pas d'exploser, garderies subventionnées, qui coûtent 2 milliards par année...

Le Québec a des revenus budgétaires totaux de 62 milliards.

·         De cette somme, 47 milliards proviennent des revenus autonomes.

·         15 milliards des transferts fédéraux (y compris la péréquation).

·         C'est donc dire que 25% des recettes du gouvernement québécois proviennent d'Ottawa.

Conclusion de Claude Picher :

·         Or, il se trouve qu'en Ontario, la proportion correspondante est de 22%. Le Québec est donc légèrement plus favorisé que la province voisine, mais l'écart est très largement insuffisant pour permettre aux Ontariens d'accuser les Québécois de vivre à leurs crochets.

Province de quêteux, vraiment?


C’est au deuxième article que ça se gâte.

·        Dans son deuxième article, il parle toujours avec un ratio par habitant. C’est beaucoup moins outrageant que de parler, en chiffres absolus, c’est-à-dire en dollar canadien.

·        Supporter le Nunavut! (31 556 habitants) coûte beaucoup moins cher aux Canadiens que de supporter le Québec ( 7.8 millions d’habitants) qui est la deuxième province la plus populeuse du Canada.

Il ajoute certains éléments additionnels qui sont intéressants :

·        Que le Québec ne comptabilise pas ses revenus de la même façon que les autres provinces. Est-ce que cela pourrait fausser le calcul? La réponse est oui.

·        Autrement dit, si le Québec présentait ses états financiers de la même façon que l'Ontario, il recevrait non plus 1945$ par habitant en transferts fédéraux, mais 2206$, et c'est ce dernier chiffre qui doit être considéré comme exact.

Donc, si on regarde les transferts fédéraux en chiffres absolus;

Province

Population

Transferts fédéraux

Totaux

   

par habitant

 

Alberta

3 064 249

1 409 $

4 317 526 841 $

Manitoba

1 213 815

3 012 $

3 656 010 780 $

Québec

7 800 000

2 206 $

17 206 800 000 $

Ontario

13 200 000

1 732 $

22 862 400 000 $

I.P.E.

142 073

4 364 $

620 006 572 $

Nunavut

31 556

35 483 $

1 119 701 548 $

La moyenne canadienne

 

1 991 $

 
       

Et c’est à la fin de son article que ça se corse.

·         Le gouvernement fédéral dépense, dans tout le Canada, 6164$ par habitant

·         Les recettes du fédéral :

1.      Au Québec est de 5373$, un écart de 23% avec la moyenne canadienne.

2.      En Ontario, le chiffre correspondant est de 7232$.

Donc, pour le Québec :

On n’est même pas capable de payer les dépenses courantes
du gouvernement canadien par habitant.

Si, on prend l’exemple de l’Ontario :

·         Il transfère en revenu additionnel au fédéral :  + 14 Milliards

( 13,200,000 * (7232 $ - 6164 $))

Pour le Québec :

·         Nous avons un rendement négatif de : -6,1 Milliards

( 7,800,000 * (5373 $ - 6164 $))

Au risque, de vous contredire M. Picher :

Une vraie province de quêteux géré par des politiciens irresponsables.


Extrait de : La province de quêteux: un mythe, Claude Picher, La Presse, le 14 juin 2011

(Montréal) S'il est une opinion tenace, abondamment diffusée et partagée au Canada anglais, c'est que le Québec est une province de quêteux. Au premier coup d'oeil, on pourrait le croire. Le Québec ne compte que 23% de la population canadienne, mais retire 55% des paiements de péréquation. Les Québécois se gâtent avec des programmes sociaux inaccessibles aux autres Canadiens: régime public d'assurance médicaments, dont les coûts n'arrêtent pas d'exploser, garderies subventionnées, qui coûtent 2 milliards par année...

Voici que des chiffres que vient tout juste de publier l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) viennent crever la balloune. L'image d'un Québec qui vit aux crochets des autres provinces n'est que cela: une image, un mythe qui ne résiste pas à l'analyse.

Les recettes des administrations provinciales proviennent de deux sources: les revenus autonomes (impôt des particuliers et des sociétés, taxe de vente, taxes spécifiques, redevances, dividendes des sociétés d'État) et les transferts fédéraux (contribution au financement des services sociaux, péréquation). Les provinces riches ne reçoivent pas de péréquation; en revanche, toutes les provinces reçoivent de l'argent d'Ottawa pour financer les soins de santé, l'éducation et les programmes sociaux.

Pour l'exercice 2010-2011 (qui a pris fin le 31 mars), les chercheurs de l'ISQ ont comparé, pour chaque province et territoire, la provenance des revenus. Leurs chiffres proviennent donc de sources on ne peut plus officielles: les documents budgétaires du fédéral, des provinces et des territoires, en tenant compte des mises à jour s'il y a lieu.

Ainsi, le Québec a des revenus budgétaires totaux de 62 milliards (1). De cette somme, 47 milliards proviennent des revenus autonomes, et 15 milliards des transferts fédéraux (y compris la péréquation). C'est donc dire que 25% des recettes du gouvernement québécois proviennent d'Ottawa. Or, il se trouve qu'en Ontario, la proportion correspondante est de 22%.

Le Québec est donc légèrement plus favorisé que la province voisine, mais l'écart est très largement insuffisant pour permettre aux Ontariens d'accuser les Québécois de vivre à leurs crochets.

Illustrons ce que signifie cette différence. Si les transferts fédéraux vers l'Ontario atteignaient le même niveau qu'au Québec, Queen's Park recevrait 3 milliards de plus... de quoi financer les dépenses du gouvernement ontarien pendant neuf jours! Pourtant, personne ne songe à traiter les Ontariens de quêteux.

Si les Québécois peuvent se payer l'assurance médicaments ou les garderies à 2 milliards, ce n'est pas parce qu'ils vivent aux crochets des autres provinces, c'est parce qu'ils paient des impôts plus élevés... et qu'ils sont plus endettés.

Il ne manque d'ailleurs pas de provinces où la dépendance à l'égard des fonds fédéraux est beaucoup plus lourde qu'au Québec. Les transferts fédéraux représentent pas moins de 36% des recettes budgétaires des gouvernements manitobain et néo-écossais, 37% au Nouveau-Brunswick et 43% à l'Île-du-Prince-Édouard. À Terre-Neuve, cette proportion a déjà dépassé les 50%, mais les redevances pétrolières ont tout changé: aujourd'hui, les transferts fédéraux ne représentent plus que 23% des recettes budgétaires de la province. Quant aux territoires, leur dépendance est presque absolue: Ottawa finance 66% des revenus du Yukon, 77% des Territoires du Nord-Ouest et 93% du Nunavut!

Qui alors peut encore se plaindre?

Sûrement pas les Britanno-Colombiens, où la manne fédérale atteint 8 milliards, ou 20% des recettes budgétaires, une proportion pas tellement plus basse qu'au Québec. Restent l'Alberta et la Saskatchewan, où les redevances sur les ressources alimentent largement les revenus autonomes. Mais même ces deux provinces riches doivent compter avec les transferts fédéraux, qui comptent pour 15% des recettes dans les deux cas.

Mais c'est le portrait d'ensemble, dans le reste du Canada, qui nous fournit le chiffre le plus impressionnant. Nous avons vu que les 15 milliards de transferts fédéraux fournissent 25% des recettes du gouvernement québécois. Ajoutons maintenant les budgets de toutes les autres administrations provinciales. Cela nous donne des recettes totales de 231 milliards; de ce total, 53 milliards sont des transferts fédéraux. Cela représente 23%, à peine deux points de pourcentage avec le Québec.

Province de quêteux, vraiment?


Extrait de : Le mythe des quêteux (suite), Claude Picher, La Presse , le 21 juin 2011

(Montréal) La semaine dernière, j'écrivais dans cette chronique que l'image du Québec, comme province de quêteux vivant aux crochets des autres provinces, image largement répandue au Canada anglais, n'est qu'un mythe.

Pour cela, je me basais sur des chiffres publiés par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), et comparant le niveau de dépendance des provinces à l'égard du fédéral. Ainsi, toutes provinces confondues, les transferts fédéraux représentent, en moyenne, 23% des revenus budgétaires des provinces. Le chiffre correspondant pour le Québec ressort à 25%, comparativement à 22% pour l'Ontario. Évidemment, les provinces riches reçoivent beaucoup moins de transferts (15% des recettes budgétaires en Alberta), tandis que les pauvres en reçoivent plus (43% à l'Île-du-Prince-Édouard, 93% au Nunavut). Dans ces conditions, on ne peut certainement pas accuser le Québec de «quêter».

Cette chronique m'a valu un très abondant courrier. Vous êtes nombreux à vouloir en savoir plus.

La question qui revient le plus souvent: quel portrait obtiendrait-on si ces données étaient ramenées sur une base par habitant? Bonne question, en effet. Cela pourrait donner une idée plus précise du niveau de dépendance des provinces. En moyenne, au Canada, les transferts fédéraux aux provinces atteignent 1991$. Les Québécois reçoivent un peu moins que la moyenne (1945$), mais sensiblement plus que les Ontariens (1732$). Ce sont les Albertains qui sont les moins choyés (1409$) tandis que les transferts par habitant grimpent à 3012$ au Manitoba, à 4364$ à l'Île-du-Prince-Édouard et à un stratosphérique 35 485$ au Nunavut. Absolument rien, dans ces chiffres, ne permet de conclure que le Québec vit aux crochets du reste du Canada.

Par ailleurs, plusieurs d'entre vous font remarquer que le Québec ne comptabilise pas ses revenus de la même façon que les autres provinces. Est-ce que cela pourrait fausser le calcul? La réponse est oui.

Les chiffres de l'ISQ sont basés sur les documents budgétaires des provinces. Dans le dernier budget québécois, il est écrit que les transferts fédéraux sont de 15,5 milliards de dollars en 2010-2011. C'est exactement le chiffre repris par l'ISQ. Or, il se trouve que le Québec a reçu 2 milliards de plus. Il s'agit essentiellement de fonds spéciaux et de comptes à fin déterminée (financement ponctuel des infrastructures et du logement social, entre autres). L'Ontario, de son côté, a reçu 23 milliards de transferts fédéraux, et c'est bien cette somme qui apparaît dans les documents budgétaires ontariens. C'est également ce chiffre que cite l'ISQ. Mais cette somme, contrairement au Québec, inclut tous les transferts. Il faut donc raffiner le portrait pour comparer les pommes avec les pommes.

Autrement dit, si le Québec présentait ses états financiers de la même façon que l'Ontario, il recevrait non plus 1945$ par habitant en transferts fédéraux, mais 2206$, et c'est ce dernier chiffre qui doit être considéré comme exact. La différence est de 13%, ce qui n'est pas rien, mais demeure largement insuffisante pour accuser le gouvernement québécois de quêteux quand on regarde les sommes versées ailleurs. En attendant, le Québec serait bien inspiré d'appliquer des principes comptables aussi transparents qu'en Ontario.

Une autre question qui revient fréquemment dans vos lettres concerne les dépenses et les recettes du fédéral par province, toujours sur une base par habitant. L'exercice permettra en effet de fournir un portrait encore plus détaillé, mais, en fin de compte, on n'y verra que la confirmation d'une chose que tout le monde sait déjà: les provinces riches paient pour les provinces pauvres.

Sur ce sujet, les données les plus récentes de l'ISQ ont deux ans de décalage. Voici ce qu'elles nous apprennent. Le gouvernement fédéral dépense, dans tout le Canada, 6164$ par habitant (tous les chiffres qui suivent sont exprimés sur une base par habitant). Cette somme comprend le total des dépenses courantes, moins les intérêts sur la dette publique. Au Québec, les dépenses fédérales se situent à 6062$, à quelques poussières près en plein dans la moyenne canadienne. Comme on s'en doute, les dépenses sont moins élevées dans les provinces riches qui reçoivent pas ou peu de péréquation (5217$ en Ontario, 4334$ en Alberta), mais dépassent largement celles du Québec ailleurs (8881$ au Manitoba, 11 368$ en moyenne dans les Maritimes). Encore ici, on ne peut certainement pas prétendre que le Québec fait particulièrement figure d'enfant gâté.

Au chapitre des revenus, par contre, les écarts sont plus importants. Les recettes totales du gouvernement fédéral, dans l'ensemble du Canada, se situent à 7013$ par habitant. Ce total inclut l'impôt des particuliers et des sociétés, la taxe de vente, les droits d'accise et de douanes, les redevances diverses. Les recettes du fédéral au Québec sont de 5373$, un écart de 23% avec la moyenne canadienne. En Ontario, le chiffre correspondant est de 7232$. Ces chiffres reflètent certes le fait que les Québécois sont moins riches que les autres Canadiens, et paient donc moins d'impôts. Mais de là à les traiter de quêteux...