Alain Cotta flingue la monnaie unique


Extrait de : Alain Cotta flingue la monnaie unique, Laurent Pinsolle, AgoroVox, 1er août 2011

Il avait combattu l’euro, avec Rosa et Lafay dans les années 1990. Il y a un an, il avait sorti un petit livre savoureux et toujours d’actualité « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu ».

Les arguments des partisans de l’euro hachés menu

Comme Jean-Jacques Rosa après lui, l’économiste revient sur les nombreux arguments avancés par les partisans de l’unification monétaire européenne et depuis démentis par les faits. Il cite donc le fameux article du 28 octobre 1997 du Monde signé par tout ce que la pensée unique compte de partisans, de Pascal Lamy à Claude Bébéar.

1.      Le premier argument avancé était la protection contre les crises, prévision que les hoquets des bourses européennes depuis 18 mois infirment fortement.

2.      Ensuite, l’euro devait apporter des prix stables : ceux des grandes marques de grande consommation ont fait l’exact inverse.

3.      Il devait ensuite assurer « une gestion saine des finances publiques ». C’est sans doute pour cela que nous sommes aujourd’hui en plein une crise des dettes souveraines…

4.      Enfin, l’euro devait nous apporter croissance et emploi. Manque de chance, la zone euro est, avec le Japon, la zone où la croissance est la plus faible depuis dix ans dans le monde entier.

5.      Ensuite, l’euro devait nous donner « une position centrale dans le concert international ». En lieu et place, comme le dit Emmanuel Todd, « avec l’euro fou, l’Europe réussit le tour de force d’utiliser sa propre puissance économique pour se torturer ».

6.      Enfin, l’euro devait nous apporter une « cohésion interne » dont on discerne mal les contours en voyant certains Allemands demander aux Grecs de vendre leurs îles et certains grecs évoquer rien moins qu’un « 4ème Reich » !

Pourquoi l’euro ne marche pas

Alain Cotta développe des arguments repris par Patrick Artus et Jacques Sapir, à savoir que l’euro pousse à « contenir les salaires, accroître les impôts indirects pesant sur le consommateur et non sur les entreprises ».

Il souligne que l’Allemagne s’y est adapté, accumulant 200 milliards d’excédent extérieur, correspondant à peu près aux déficits des autres pays. Pour lui, « la rente et les rentiers sont les grands bénéficiaires de l’euro », monnaie de la « gérontocratie européenne ».

Pour lui, les politiques qui ont construit l’euro sont « les pompiers zélés d’un incendie qu’ils auront allumé eux-mêmes ». Il note que la monnaie unique bénéficie de nombreux soutiens : tous les gouvernements en place, les rentiers, le système financier et les grands pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne et Chine inclus), ce qui risque de faire durer le supplice de l’euro encore un peu, « la force du statu quo ».

Tous les gens qui profitent du système :

·        Les vieux qui ne veulent pas perdre une partie de leurs fonds de pension, si les banques et les assurances doivent assumer les pertes des pays insolvables.

·        Le système financier qui adore les pays surendettés.

·        Les États-Unis, la Grande-Bretagne et les Chinois profitant d’un euro fort, cette faible compétitivité profite aux autres pays . Si les pays de l’euro redevenaient indépendants, la compétitivité serait nettement plus féroce, car chaque pays ayant une monnaie unique pourrait établir sa propre compétitivité en fonction de sa réalité industrielle.

Mais pour lui, les plans d’austérité pourraient bien réveiller les peuples, comme le montre le mouvement des Indignados. Il ne croît pas à un mouvement fédéraliste qui « condamnerait les représentants du peuple à devenir (…) des décideurs de la localisation des pissotières ». Il souligne également que l’Allemagne ne sauvera pas l’euro « à n’importe quel prix » et trouve les réticences du peuple allemand « justifiées ». Il n’attaque pas des marchés qui ne font que refléter la réalité.

Vers une nouvelle Europe monétaire

Il souligne que ce sont les porteurs d’obligations de la Grèce qui ont profité du plan de soutien qui a permis de leur rembourser 100 milliards d’euros.

Il préconise la transformation de l’euro en une monnaie commune accompagnée de monnaies nationales aux parités ajustables.

Intéressant, comme approche.

Il souligne qu’Athènes ne retrouvera pas la croissance sans pouvoir dévaluer et souligne qu’il y a « des dévaluations réussies, d’autres qui échouent, certaines suivies d’inflations, et d’autres non ».

Encore un raisonnement plein de bons sens, mais nos chers politiciens oligarchiques sont plus préoccupés à satisfaire leurs groupes d’intérêts que de travailler pour le bien commun.

Il pense que l’Allemagne peut changer de modèle et pourrait bien « condamner la zone euro, dont elle détient les clés financières de la cohésion ». Comme Jacques Sapir, il évoque l’utilisation de l’article 16 et prévoit plus de croissance en cas de sortie de l’euro, préconisant aussi l’utilisation de la monétisation. Il croit fortement à l’avenir de notre pays, qui peut s’appuyer sur quatre atouts majeurs : le tourisme, notre système de santé, notre langue ainsi que notre épargne.

Avec ce petit livre mêlant économie et politique, Alain Cotta signe un essai facile à lire, aussi élégant que percutant qui synthétise remarquablement les enjeux autour de la monnaie unique européenne.

Source : Alain Cotta, « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu », Plon, collection Tribune Libre


Lecture complémentaire : Sortir de l'euro ou mourir à petit feu