Ces pays qui pensent à leurs pensionnés...

Article provenant de Belgique.


Extrait de : Ces pays qui pensent à leurs pensionnés..., L’Echo, 04 août 2011

Contrairement à la Belgique, de nombreux pays prennent la problématique du vieillissement de la population et du financement des pensions à bras-le-corps. Les fonds de pension norvégien, néerlandais et australien pourraient ainsi permettre de financer aujourd'hui les pensions durant 30 ans! Et en Belgique? 7 mois...

(mon argent) - En Belgique, on se languit d'une réforme profonde des retraites. Le gouvernement, en affaires courantes, est en effet dans l'incapacité de franchir une étape supplémentaire- celle d'une véritable réforme- après la publication du Livre vert des pensions il y a maintenant plus de 18 mois (vous pouvez le consulter ici). Certes, la Belgique n'est pas restée sans rien faire. Une réforme du deuxième pilier a eu lieu au début des années 2000 et le fonds de vieillissement a été mis sur pied en 2001 pour soutenir le financement des pensions à l'horizon 2030. Las, ce fonds n'est plus alimenté depuis 2006 - en raison d'impératifs budgétaires - et ne comptait que 17,6 milliards d'euros à la fin 2010. Cette bizarrerie prêterait presque à sourire si on ne la comparait pas à ce que d'autres pays (ayant décidé de s'arcbouter sur pareil fonds de soutien aux pensions) ont réalisé jusqu'à présent.

Fonds de pension

Pour résumer, la Belgique, avec son fonds de vieillissement, peut soutenir le financement des pensions (d'aujourd'hui) durant 7 mois, en se basant sur les dépenses publiques rapportées au PIB (voir tableau ci-dessus). Des pays ayant pris la problématique à bras-le-corps comme l'Australie, la Norvège et les Pays-Bas ont des fonds qui leur permettent de tenir plus de ... 30 ans! Passage en revue de 5 pays "prévoyants"!

1. Australie: un fonds alimenté par les employeurs

Sans le moindre doute possible, l’Australie décroche le prix du régime de pensions le plus prévoyant. En 1992 déjà, Paul Keating, premier ministre de l’époque, anticipait le vieillissement de la population et imposait une cotisation patronale appelée "Superannuation Guarantee".

Correspondant à au moins 12% du salaire, cette cotisation alimente un fonds géré par l'Etat. Les salariés ne peuvent demander leur capital retraite que dans des conditions strictes ou lorsque la limite d’âge est atteinte. Cette limite était de 55 ans jusqu’il y a peu, mais en Australie aussi, il est question de travailler plus longtemps. Elle sera portée à 60 ans d’ici 2025.

Cagnotte

 

Pour le moment, la cagnotte contient 1.360 milliards de dollars australiens (1.043 milliards d’euros). La gestion des fonds est cédée à des fondations (trusts), chacune spécialisée dans un secteur. Elles travaillent sous la surveillance de l’Australian Prudential Regulation Authority (APRA), qui fait rapport, chaque trimestre, de leurs activités et de leurs résultats.

 

Mais cette réserve ne suffit pas à tranquilliser les Australiens. Pour pérenniser le système, les cotisations devraient grimper à 15% au moins.

 

Toutefois, l’idée est violemment combattue par les employeurs, qui voient s’abattre sur les entreprises, PME comprises, une hausse des impôts de presque 20 milliards d’euros. À l’inverse, les partisans répondent que c’est précisément grâce aux fonds placés dans les fondations que le niveau d’investissement est resté correct, même pendant la crise financière.

2. Portugal: pension légale liée à l’espérance de vie

Le Portugal remporte le prix européen de la prévoyance et de l’audace. Si le pays est mis au rang des parias financiers de l’Europe, ce n’est pas en raison du financement de ses pensions. En 2007, le gouvernement socialiste du premier ministre José Socrates a adopté une réforme qui liait le montant de la pension à l’espérance de vie.

Le nouveau mode de calcul – pudiquement appelé "facteur de durabilité", bel euphémisme – s’appuie sur l’espérance de vie moyenne en 2006. Ce chiffre est divisé par l’espérance pour l’année précédant la demande de pension et, ensuite, multiplié par le montant de la pension de base.

Un écho lointain chez nous

 

Imaginons qu’en 2006, l’espérance de vie moyenne d’un Portugais de 65 ans était de 18 ans et qu’elle soit passée à 19,5 ans au moment il fait sa demande.

 

Dans ce cas, sa pension sera réduite de 7,7%. En outre, un départ prématuré lui coûtera 0,5% par mois.

 

La note Di Rupo contient comme un écho lointain de cette mesure; l’âge minimum de la pension anticipée augmente de deux mois par année de vie supplémentaire. Les politiciens soucieux de leur popularité – comme, en Allemagne, Angela Merkel – ont déjà fait savoir qu’ils n’iraient pas aussi loin que les Portugais.

3. Suède: un compte pension personnel à l’État

Si la Suède est considérée comme le berceau de l’état providence et de la social-démocratie, elle le doit notamment au fait d’avoir été la première à organiser un régime de pensions et à en confier la gestion à l’État. Au tournant du siècle, les Suédois se sont toutefois rendu compte que leur modèle tant apprécié était en danger. Le système de répartition classique dans lequel, comme chez nous, les cotisations sociales entrantes ressortent immédiatement sous forme de pensions, a pris la forme d’une formule mixte combinant répartition et capitalisation sous l’autorité publique.

Rendement

 

Aujourd’hui, les Suédois cotisent un forfait de 16% de leur salaire, l’employeur et l’employé apportant chacun la moitié. Une partie de la cotisation est consacrée, comme précédemment, au paiement des pensions en cours, le solde allant sur le "compte personnel" ouvert au nom de chaque salarié à la caisse de retraite.

 

Ce que cette partie produira après la retraite dépend de la hauteur des cotisations (ceux qui veulent payer plus peuvent le faire et les employeurs peuvent également verser un complément de 2,5% pour la pension dite "premium") et du rendement du capital investi. Au total, plus de 500 de ces fonds sont actifs en Suède, qui opèrent au nom de l’État mais sont, pour le reste, entièrement autonomes.

 

L’âge minimum de la prépension est fixé à 61 ans, 65 ans pour la pension légale. Travailler plus longtemps se traduit par des droits plus étendus et davantage de capital épargné. Au moment du versement, la caisse de retraite suédoise tient compte, tout comme la portugaise, des tables d’espérance de vie. La personne qui a cotisé un total de 300.000 euros et qui, à 65 ans a encore 20 années devant elle, a droit à une pension annuelle – indexée – de 15.000 euros.

4. Norvège: la rente pétrolière comme rempart contre le vieillissement

La Norvège est l’un de ces pays qui ne doivent pas craindre les conséquences du vieillissement. C’est une plume à leur chapeau. Les Norvégiens n’ont droit à une pension légale complète qu’à 67 ans. Via un système de points, ils peuvent encore l’améliorer en travaillant jusqu’à 70 ans. À première vue, on dirait qu’il s’agit là de la politique prudente d’un pays en manque de fonds.

Statens Pensjonfond

 

Mais il se fait que grâce à ses immenses réserves gazières et pétrolières en mer du Nord, la Norvège est l’un des pays les plus riches de la planète. Actionnaire majoritaire de Statoil et de Norsk Hydro, l’État contrôle une grande partie des recettes du secteur de l’énergie. Depuis 2006, il est tenu d’en verser une partie au Statens Pensjonfond, mais la décision de créer une réserve publique remonte au début des années nonante.

 

Ce fonds est actuellement doté de 3.102 milliards de couronnes norvégiennes, soit 400 milliards d’euros. Seul le produit – estimé à 4% – peut être utilisé. Le profil de placement, avec une diversification de 60% d’actions et de 40% obligations sur 8000 sociétés, est soumis à un contrôle strict.

5. Pays-Bas: le meilleur régime de pensions au monde

On ne l’avouera pas facilement mais, selon le Global Pension Index (GPI), une étude annuelle de l’université de Melbourne, les Pays-Bas possèdent le meilleur régime de pensions au monde. L’une des raisons invoquées est qu’ils maintiennent leurs réserves parfaitement à niveau.

Ensemble, les fonds de pension néerlandais étaient dotés, en 2008, de plus de 720 milliards d’euros. La crise financière a entraîné une perte sèche: quelque 120 milliards ont disparu dans la tempête causée par la faillite de Lehman et les événements qui ont suivi. Les fonds ont repris du poil de la bête depuis lors, les réserves atteignant actuellement 820 milliards d’euros.

Tout le monde épargne

 

Même si les employeurs ne sont pas tenus de l’organiser, le deuxième pilier est devenu une forme évidente de constitution de la pension. Ajoutons que les risques de l’investissement sont répartis entre employeurs, employés et retraités. Les chercheurs australiens apprécient également la participation élevée au troisième pilier. Quelque 90% de tous les Néerlandais contribuent à l’une ou l’autre forme d’épargne-pension.

 

Entre-temps, les Pays-Bas ont renforcé les normes de la pension légale, baptisée AOW (Algemene Ouderdomswet, loi générale sur l’âge). L’âge légal de la pension passera à 66 ans en 2020 et à 67 ans en 2025. Et les candidats à la prépension verront leur pension de base réduite de 5,5% par an.