Défense morale de la liberté (8).

Cahier spécial : L'État, la dette et les libertés


Défense morale de la liberté

Une autre façon de dire ce qui précède est que nous devons réhabiliter l’argumentation morale pour la liberté.

Pour ce redressement moral, le point de départ est de rejeter la conception collectiviste de l'homme et de la société. Les collectivistes de tout poil, socialistes, communistes, fascistes, interventionnistes et socio-démocrates, partent du principe que le groupe - la tribu, la «nation», ou la « classe sociale » - aurait le pas sur l'individu.

Celui-ci devrait servir et, si nécessaire, être sacrifié pour le « bien commun» ou « l’intérêt général », puisque l'individu n'aurait ni existence distincte ni « droits » indépendants du collectif auquel il appartient.

Comparez cela avec la philosophie unique et nettement différente de l'homme et de la société que traduit la Déclaration d'indépendance américaine :

« Nous tenons ces vérités pour évidentes : que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur." « Que c’est pour garantir ces droits, que les gouvernements sont établis parmi les hommes, la justice de leur pouvoir émanant du consentement des gouvernés ».

Les Droits sont antérieurs à l’état ; ils ne sont pas quelque chose qui serait donné à l'homme par une autorité politique quelconque. Chacun de nous possède des droits que ceux qui se trouvent avoir le pouvoir politique ne peuvent pas supprimer ni disqualifier.

·        Nous possédons tous un droit inaliénable sur notre vie, sur notre liberté et notre propriété.

 

·        Nous sommes propriétaires de nous-mêmes et, par extension, nous avons un droit de propriété sur ce que nos esprits créatifs et nos efforts ont produit sans violence.

 

·        Personne n’a le Droit de nous asservir, de nous sacrifier, ou de nous piller, que ce soient des particuliers ou des états institués.

C’est l'individu, et non quelque mythique collectivité, qui est le centre et le point de départ de la société. Le marché libre est le lieu où les gens forment des relations pour leur avantage réciproque sur le fondement de l'échange volontaire.

C’est par lui-même que l'homme libre trouve le sens de sa vie, guidé par la philosophie ou la foi de son choix. Il se refuse à imposer par la force sa volonté à autrui, de même que les autres n’ont pas à employer la force contre lui. C’est par la raison et par l’exemple qu’il persuade les autres de changer de vie et de projets, et non avec des balles ou des baïonnettes. Et il n’existe aucune autorité politique qui puisse émettre des prétentions sur sa vie, sa liberté et sa propriété honnêtement acquise, parce que le rôle d'un état limité est d'assurer sa liberté à lui contre les prédateurs et leur pillage.

Voilà la philosophie de l'individualisme et du capitalisme qu’il faut faire renaître parmi nos semblables, si nous voulons libérer notre société de l'emprise du tout-état et de son océan de dettes.

Cela exige que nous soyons assurés d’avoir raison, que la raison et l'histoire ont démontré les résultats bénéfiques de ce qu'Adam Smith avait appelé « le système de la liberté naturelle ».

L'importance de la bataille des idées

Un tel appel à une bataille des idées politiques et économiques pourrait sembler irréaliste voire inutile vu l'urgence de nos problèmes politiques et budgétaires.

Cependant, les crises sociales politiques et économiques de notre époque sont l’effet d'une bataille d'idées plus ancienne que les ennemis de la liberté et du capitalisme ont alors, dans une large mesure, gagnée.

Ceux-ci ont mis la société de liberté au banc des accusés; ils ont falsifié la réalité du capitalisme et de ses résultats spectaculaires comme libérateur de l'homme face à la pauvreté, et ils ont ancré dans l’esprit de trop de monde une conception des créances politiques qui sert la volonté de puissance des paternalistes, et passe nécessairement par le pillage des membres de la société qui sont paisibles et productifs.

Il y a bien une crise budgétaire - le monde occidental atteint les limites de la possibilité de vivre d'argent emprunté, à partir de promesses irréalistes et de principes criminels.

Notre société est assujettie à un régime politique paternaliste et pillard qui menace de porter un coup d’arrêt à son potentiel de production. A l'extrême, cela pourrait conduire à une situation de consommation du capital, où les politiques de pillage, de dépenses et d’emprunt des hommes de l’état confisquent tellement au secteur privé qu’il en devient impossible pour les entreprises privées de maintenir la capacité productive dont notre niveau de vie dépend.

Les civilisations ont régressé dans le passé. Et cela peut se reproduire.

Que ce soit l’an prochain, ou dans deux ans, ou dans cinq que la phase finale de la crise budgétaire du système de redistribution étatique et de « droits à » soit atteinte, la question sera alors :

Qu’est-ce qui va succéder à la faillite et à l'effondrement du Léviathan de l'état fiscal ?

Notre société se trouvera à la croisée des chemins. Et lorsque ce moment-là arrivera, il est essentiel qu'il y ait suffisamment de gens qui comprennent les idées et les idéaux des droits individuels, de la liberté économique et du système de libre marché, qui puissent les expliquer et soient prêts à les défendre.

A défaut, l'avenir pourrait amener une régression vers un passé tragique, moins civilisé et bien plus pauvre.

La version originale (en anglais) de ce texte de Richard Ebeling a été mise en ligne sur le site de Northwood University "In Defense of Capitalism" en date du 25 juillet 2011 sous le titre The Debt Crisis and the Fiscal Leviathan. Traduction de François Guillaumat.


Tables des matières :

1.       L'Etat, la dette et les libertés : l'importance de la bataille pour les idées.

2.       Domination politique contre maîtrise de l’individu par lui-même

3.       Le socialisme et la mentalité anti-capitaliste

4.       Le capitalisme comme libérateur de l'Homme

5.       La dangereuse croissance de l’État

La Constitution fiscale non écrite des États-unis

6.       La prescription keynésienne et le déficit budgétaire

7.       Ce qu’il en coûte d’emprunter l’argent

De l’État limité au tout-État

Le tout-État apporte avec lui une dette immense et galopante

8.       Défense morale de la liberté

L'importance de la bataille des idées