Dette américaine : la Chine aborde un croisement dangereux

Deux points de vue, provenant de la Chine.


Extrait de : Accord sur la dette U.S : un beau coup de poker menteur, Reflet de Chine, 1 août 2011

Comme il fallait s’y attendre, les élus américains ont trouvé un accord sur le montant de la dette la veille de la date butoir. Ce qui était impossible il y a seulement une semaine est tout d’un coup devenu réalisable à l’image des armes de destructions massives et autres cadavres sortant au bon moment du placard réfrigéré.

Durant ces quelques semaines de faux suspens, certains lobbies financiers auront donc considérablement augmenté la valeur de leur bas de laine en achetant au plus bas des valeurs qu’ils revendront d’ici à quelques jours en empochant un confortable bénéfice.

Tout à fait d’accord avec lui.

Cette mauvaise série américaine aura toutefois permis de démontrer que l’Euro n’avait aucune réelle valeur puisque suivant le cours du dollar et que la communauté était sagement alignée derrière son grand frère éternel.

Qui aura le courage et la possibilité de se débarrasser de ce boulet américain qui pèse de tout son poids malsain sur l’économie mondiale ? Sans doute personne et pas la Chine qui est pieds et poings liés avec ses milliards de bons du Trésor difficilement négociables du moins en quantité. Seul gageant de cette partie de poker menteur, les dirigeants US et les lobbies financiers faisant que rien de vraiment nouveau ne peut survenir dans un monde aussi verrouillé.


Extrait : Dette américaine : la Chine aborde un croisement dangereux, Reflet de Chine, 2 août 2011

Si l’accord faussement in extremis a calmé pour un temps les craintes sur la dette américaine, il a également mis en exergue ce que de nombreux experts chinois prédisent depuis des années soit un cercle vicieux dans lequel la Chine a peu de chances de sortir gagnante. En achetant massivement des bons du Trésor US, les établissements bancaires chinois ont mis le doigt dans une mécanique ressemblant à une vis sans fin.

Avec 2000 milliards de valeurs initiales, la Chine se retrouve être le plus important créancier des U.S.A et est par conséquent obligée de soutenir coûte que coûte son portefeuille de T-Bons. Une légère baisse de ces valeurs et ce sont des dizaines de milliards qui s’envolent et ne peuvent être investis dans la croissance chinoise. Or, c’est justement dans le but de soutenir cette courbe que ces achats massifs ont été effectués, la bonne santé de l’économie américaine garantissant celle de l’empire du Milieu.

Se débarrasser, même progressivement de ces bons, engendrerait une baisse sensible de ceux-ci et tirerait dès lors leur valeur vers le bas dans une spirale dont seuls les Américains sortiraient gagnants. Il faut ajouter à ce scénario que la Chine est sous étroite surveillance, les experts financiers guettant tous les mouvements « suspects » tendant à mettre sur le marché une partie même infime de ces valeurs qui deviennent de plus en plus relatives.

L’accord entre républicains du Congrès et gouvernement US ne constitue qu’une solution d’attente avant de sauter un jour ou l’autre dans le gouffre financier qui s’est creusé depuis des décennies.

Remarquez, que la Chine fait partie du problème, délocalisation excessive du secteur manufacturier vers la Chine à réduit considérablement les possibilités  fiscales des pays industriels, ajoutés à l'irresponsabilité financiers de nos politiciens pour satisfaire les groupes d'intérêts tout en voulant garder le pouvoir, nous a donné de beaux déficits structurels.

L’Europe étant elle-même en proie aux mêmes difficultés, le Japon étant le deuxième créancier de la dette américaine à laquelle il faut ajouter les montants nécessaires à la reconstruction des zones touchées par le tsunami et les divers incidents nucléaires, il ne reste plus que la Chine. Si celle-ci se voit obligée de financer le déficit américain, les dirigeants vont avant longtemps se trouver face à un dilemme puisque devant choisir entre la poursuite du rafistolage d’un navire prenant l’eau de toutes parts ou la prise en main de l’avenir du pays pour satisfaire une population de plus en plus demandeuse de hausse du niveau de vie.

Beau problème !

Pour se faire, les autorités chinoises devront passer par un cap obligatoire qui est la totale convertibilité de la monnaie, ce à quoi elles se sont toujours refusées à ce jour.

En refusant de laisser leur monnaie flottée, il utilise la faiblesse de leur monnaie pour créer une fausse compétitivité.

La monnaie chinoise est en effet un outil de gestion du pays (ce qui est totalement inacceptable, mais tous les financiers et les gros industriels, qui profitent de la mondialisation, vont tous faire pour garder le statu quo) puisque son cours n'est pas fixé par les marchés financiers, ce qui permit à la Chine d'être relativement épargnée lors de la crise financière de 2009. Arrimé majoritairement au dollar même si d’autres devises telles que l’Euro sont venues diversifier les devises, le RMB est appelé à jouer un rôle important dans l’économie mondiale pour peu que le gouvernement change par obligation son fusil d’épaule.

Si la tentation de rendre le RMB totalement convertible est grande en raison de la faiblesse des économies occidentales, ce changement mettrait en contrepartie la Chine à la merci des spéculateurs financiers, mais aussi politiques qui pourraient ainsi jouer sur une baisse imposée de la monnaie chinoise. Un autre aspect non négligeable serait qu’un RMB fort serait un signe d’un affaiblissement du dollar et donc des bons du Trésor US, ce qui affaiblirait d’autant la créance chinoise.

Une autre solution souvent évoquée serait de laisser s’effondrer ce château de cartes branlant et de repartir sur une base locale visiblement plus saine que bien des économies occidentales artificiellement entretenues.

Pour cela, les autorités chinoises devront pouvoir compter sur l’ensemble de la population, ce qui est loin d’être gagné. Partir de rien pour en arriver là où la Chine en est aujourd’hui a été possible parce que la population ne connaît dans son ensemble qu’une courbe ascendante. En contrepartie, si une marche arrière peut être acceptable pour les générations ayant connues les privations d’avant les années 80, il en est tout autrement pour les plus jeunes ne connaissant elles qu’une aisance même relative. Loin d’être habituée à se priver, la nouvelle classe sociale moyenne verrait par conséquent d’un très mauvais œil son évolution s’arrêter net. C’est donc de ce côté que viendrait le plus grand danger d’un éclatement social qui n’aurait ensuite aucun mal à se propager comme une traînée de poudre en mettant dès lors en équilibre précaire tant le système politique chinois que le pays dans son ensemble.

Son raisonnement est juste, par contre la mondialisation n'est pas seulement une voie à sens unique, un pays qui a un taux d'accroissement de 9 % contrairement aux pays industriels qui ont de peine et misère à avoir 2% avec des déficits structurels est totalement insoutenable politiquement à moyen terme et même dans certains cas à court terme (Grèce, Portugal, Espagne).

Nous devons avoir un juste équilibre de l'Économie mondiale, ou ça va être chacun pour soi et l'ère du protectionniste va s'amplifier.

Un grand carrefour se profile donc à l’horizon, celui-ci étant sans doute un des plus importants de l’histoire de la Chine. Quelle sera la voie choisie par les responsables chinois, il est encore trop tôt pour le dire, mais ce qui est certain est que cette décision aura une portée bien sûr nationale, mais également mondiale.

Un bon article !