La crise en trois leçons


Extrait de : La crise en trois leçons, Guy Sorman, Contrepoints, 7/08/2011

L’effondrement récent des cours boursiers n’est pas un accident de parcours et il ne va pas se corriger par enchantement : voyons y plutôt le signe d’une transformation radicale des économies occidentales et de l’incompréhension, depuis 2008, de la nature profonde de la récession aux États-Unis et en Europe. Ce qui n’a pas été compris tient en trois leçons, simples mais définitives.

Leçon 1

Tout d’abord, le capital est devenu surabondant en raison des excédents commerciaux de l’Asie : par conséquent, la valeur du capital baisse et baissera. Cette tendance est « lourde » : les cours de bourse enregistrent une nouvelle donne où, pour l’avenir, le travail deviendra plus profitable que les placements. Ce n’est pas en soi immoral mais le bien-être des retraités vivant du revenu de leur épargne sera rudement affecté. La taille du secteur financier, sa capacité d’attirer les talents et à les gratifier de rémunérations extravagantes, vont en être bouleversées : fin d’une époque.

Huge pile of reserves

 

The People’s Bank of China said on Thursday that its foreign exchange holdings, already the world’s biggest, increased by US$197-billion in the first quarter to US$3.05-trillion. They are now nearly triple Japan’s holdings, the world’s second-biggest official currency reserves.

 

 “It’s clearly too much, it’s clearly excess to needs, and more importantly, it’s damaging to the economy,” said Stephen Green, an economist at Standard Chartered.

 

“TOO HIGH A COST”

 

To neutralise all the money that has been created, China has conducted what are known as “sterilisation operations.” Its primary weapon has been to increase banks’ reserve requirements, forcing them to lock up cash that they would otherwise lend.

 

By most estimates, China only needs about US$780-billion of reserves. That would be sufficient to pay for three months of imports and to cover all of China’s short-term foreign debt — the standard metrics of how much countries should hold in reserves as a form of insurance in case of a financial crisis.

 

Yet the stockpile has grown so big because China refuses to let the yuan rise faster for fear of hurting its exports, much to the frustration of its trading partners, especially the United States.

 

WHERE TO PUT IT?

 

Then there is the perennial problem of finding a safe place to invest US$3-trillion. Its monstrous size precludes China from most markets except U.S. Treasuries, leaving Beijing vulnerable to a struggling dollar.

 

“Any fund manager in the world would find it difficult to look after such a huge pile of reserves,” he said.

 

Source: China’s US$3T cash hoard a sign of failure

 

Leçon deux :

Deuxième leçon : une grande quantité de services et objets, produits aux États-Unis et en Europe, sont désormais disponibles en Asie, à qualité égale et à prix inférieur. Les originaux souvent ont été copiés (en Chine), mais ils sont aussi améliorés en Corée du Sud, au Japon, à Taïwan.

I don’t think there is anything we can’t build in China today

 

One-third of the Chinese workers at Celestica’s Suzhou plant are engineers, and the Canadian company has a research and design facility in Shanghai.

 

“I don’t think there is anything we can’t build in China today,” says Brian Lau, vice-president and general manager of Celestica’s Asia sales group. “The products we are building here are all value-added products,” Mr. Lau says.

 

China’s manufacturing sector is quickly moving up the value chain.

 

Where once it produced poorly made clothes and plastic playthings, Chinese factories are now capable of making sophisticated electronics or pieces of machinery each worth hundreds of thousands of dollars.

 

Despite the increasingly complicated production methods:

 

China’s advantage over other manufacturers remains cost.

 

Source: Celestica, offshore success

 

Sans un sursaut de l’innovation en Occident, un nombre croissant d’entreprises sera noyé par la concurrence : ceci semble mal mesuré par les gouvernants de l’Europe et des États-Unis. La priorité leur échappe : ainsi, faut-il aujourd’hui trois ans aux États-Unis pour obtenir un brevet protégeant une invention contre dix-huit mois, il y a dix ans. Ces délais aberrants permettent aux concurrents asiatiques d’innover plus vite que les États-Unis ou de piller leur propriété intellectuelle.

Leçon trois :

Troisième leçon, amplifiée par la crise du moment, mais valable en toutes circonstances : les créateurs d’entreprises ont horreur de l’incertitude parce que les investissements privés ne se rentabilisent jamais qu’à long terme. Il devient donc périlleux, aux États-Unis et en Europe, de se lancer dans de grandes aventures industrielles, alors que le niveau futur des impôts et des prélèvements sociaux devient imprévisible. Les désaccords partisans à Washington, Paris ou Rome laissent planer le doute sur le coût des États et des assurances sociales dans les dix années qui viennent. L’endettement des États qui en Europe, aux États-Unis et au Japon, avoisine une année de revenus (100% de la PIB) n’est pas en soi insurmontable : il effraie les épargnants (qualifiés aussi de « marchés financiers ») parce que les gouvernements sont indécis. En l’absence de visibilité, les entrepreneurs préfèrent réduire la voilure que la déployer et ont avantage à investir en Corée du Sud, en Inde ou en Chine plutôt qu’en Occident.

Tout à fait exactes, les entreprises vont se délocaliser vers les pays émergents pour réduire les couts de fabrication, du vrai dumping social à grande envergure, tant aussi longtemps que l'on n'appliquera pas des droits tarifaires faces aux pays émergents, on aura une délocalisation excessive et un taux de chômage persistant.

On observera que le pays européen qui surmonte le mieux la crise est l’Allemagne : certes, en raison de sa tradition de qualité industrielle mais aussi parce que ses gouvernements, des deux bords, suivent la même politique économique, inscrite dans la longue durée, basée sur la modération fiscale et sociale et sur une gestion prudente de l’État, par tout temps. Ne sont donc condamnés au déclin et au chômage que les pays frappés de cécité économique et d’imbécilité politique.

Avec beaucoup d’irresponsabilité et de corruption étatique.

Pour peu que ces trois leçons de la crise soient reconnues et enseignées clairement à l’opinion publique, tout gouvernement de droite comme de gauche serait à même de renouer avec le plein emploi et la croissance : on envisagera que seules les bourses ne retrouveront pas les cours spéculatifs antérieurs à 2008.


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    # by Incubus - 7 août 2011 à 17 h 00

    "Tout à fait exactes, les entreprises vont se délocaliser vers les pays émergents pour réduire les couts de fabrication, du vrai dumping social à grande envergure, tant aussi longtemps que l'on n'appliquera pas des droits tarifaires faces aux pays émergents, on aura une délocalisation excessive et un taux de chômage persistant."

    FAUX, c'est aux occidentaux de faire le ménage dans tous les programmes sociaux. Des droits tarifaires ne vont pas ramener des emplois, puisque les coûts aux consommateurs seraient au final les mêmes sinon augmentés.

    Vous devriez plutôt vous inspirer de ceci:

    http://video.foxbusiness.com/v/1094482779001/the-austrians-were-right/

    http://video.foxbusiness.com/v/1096168771001/the-austrians-saw-it-coming/

  2. gravatar

    # by Québec de Droite - 8 août 2011 à 08 h 37

    Attention ! un n'est pas l'antithèse de l'autre.

    Réduire les promesses irresponsables de l'État-Providence est aussi judicieux que de demander à l'État chinois de laisser leur monnaie flottée pour créer un environnement de saine concurrence.

    Exacte, les produits de consommation seront plus dispendieux en contre partie on risque d’avoir le plein emploi.

    Comme je dis souvent à quoi ça sert d’avoir un IPad à 400$, si tu te retrouve au chômage