La dangereuse croissance de l’état (5).

Cahier spécial : L'État, la dette et les libertés


La dangereuse croissance de l’état

Cela fait aujourd’hui plus d'un siècle que la mentalité anti-capitaliste sape la philosophie politique américaine originelle des droits individuels et de la liberté économique. Et c’est la politique du paternalisme et de la dépendance qui se développe à la place.

Cela a fait le jeu de ceux qui, sous le couvert de la démocratie, voulaient toujours plus de pouvoir politique ainsi que de ceux qui aspiraient à obtenir des créances sur les largesses de la redistribution - et qui s’imaginent désormais y avoir « droit », parce qu'ils ne peuvent plus imaginer de vivre sans ces « filets de sécurité » étatiques et qu’ils croient qu’un monde où le marché serait libre et l’état limité serait cruel, insensible et inhumain pour eux et pour les autres.

En 1902 aux États-Unis, les dépenses de l’état comme pourcentage du produit intérieur brut (PIB) n'était que légèrement au-dessus de 7 %.

En 1930, avant la croissance massive de la taille et des prétentions des hommes de l’état lors du New Deal de Franklin Roosevelt et de sa Grande Dépression, les dépenses publiques en pourcentage du PIB n’allaient guère au delà de 10 %.

En d'autres termes, il y a seulement 75 ans, 90 pour cent de la production de valeur dans l'économie américaine étaient employés et dépensés dans le secteur privé.

Aujourd'hui, ce sont plus de 40 % du PIB du pays que dépensent les hommes de l’état américain, et le secteur privé n’utilise et consomme que 60 % de sa production de valeur dans l'économie.

Au cours de ces 75 années, la part des hommes de l’état a été multipliée par quatre, et la possibilité pour le secteur privé de disposer de sa propre production valorisée a diminué de 30 % au cours de cette période.

En 2010, les dépenses de l’état fédéral ont été de 3, 4 billions de dollars. En 1930, le même gouvernement fédéral avait dépensé 156,7 milliards de dollars (en dollars de 2010). Ainsi, les dépenses actuelles de l’état sont aujourd'hui 22 fois ce qu'elles étaient il y a 75 ans.

En 2010, les recettes fiscales de l’état fédéral ont été 2,16 billions de dollars. En 1930, l’état fédéral avait perçu 176 milliards de dollars en taxes (en dollars de 2010). Les impôts de l’état fédéral sont aujourd'hui 12 fois plus massifs qu'en 1930.

Qu'est-ce qui explique la différence de croissance entre les dépenses étatiques et celle des impôts perçus aux Etats-Unis ?

Le déficit budgétaire de l’état fédéral

En 1980, l’endettement fédéral accumulé (en dollars de 2010) était d'environ 3 000 milliards de dollars. En 2001, il était passé à quelque 7 000 milliards de dollars (en dollars de 2010).

Aujourd'hui, la dette de l'Oncle Sam dépasse 14 400 milliards de dollars, soit plus du double de ce qu'elle était il y a dix ans. En 1980, la dette publique s’élevait à moins de 30 % du PIB; aujourd'hui, elle atteint 100 % du produit intérieur brut américain.

La Constitution fiscale non écrite des Etats-Unis

Pourtant, pendant la plus grande partie des 150 premières années de l'histoire américaine, le gouvernement fédéral avait respecté ce que James Buchanan, prix Nobel d'économie, a appelé la "Constitution fiscale non écrite des Etats-Unis."

Il n'y a rien dans la Constitution américaine qui oblige l’état à équilibrer son budget.

Cependant, pendant le premier siècle et demi,

·         la règle budgétaire était que l’état devait limiter ses dépenses aux fonctions étroitement énumérées par la Constitution,

·         et devaient s’abstenir d’imposer aux générations actuelles et futures un endettement qui serait dû aux dépenses déficitaires du passé.

Si une urgence, comme la guerre, devait nécessiter que l’état emprunte pour couvrir une hausse inattendue et immédiate des dépenses, le gouvernement devait, lorsque l'urgence était passée, dégager des excédents budgétaires pour rembourser cette dette. Puis, il devait revenir à la règle de l'équilibre budgétaire.

Les économistes libéraux du XIXème siècle comprenaient que, lorsque chacune des dépenses de l’état doit s’accompagner d’un impôt correspondant, les citoyens connaissent directement la totalité de ce que toute dépense étatique envisagée coûtera et doit nécessairement coûter.

Dans les conditions de l’équilibre budgétaire, toute proposition extravagante en faveur de dépenses étatiques plus massives et plus étendues, est inséparable d’une indication claire et explicite à l’usage des citoyens et ses électeurs sur ce qu’il faudra relever comme impôts et de combien. Il se peut que les électeurs continuent à soutenir une telle augmentation des dépenses publiques, mais il n'y a aucun moyen de leur cacher ce qu’il leur en coûtera en termes d'argent et de richesse en moins dans leurs poches, parce qu’il faudra bien lever des impôts pour couvrir les nouvelles largesses des hommes de l’état.

Pendant une bonne partie de l'histoire américaine, la constitution fiscale non écrite d'un budget équilibré a opéré comme une contrainte imparfaite, mais néanmoins effective sur la croissance de l’État.


Tables des matières :

1.       L'Etat, la dette et les libertés : l'importance de la bataille pour les idées.

2.       Domination politique contre maîtrise de l’individu par lui-même

3.       Le socialisme et la mentalité anti-capitaliste

4.       Le capitalisme comme libérateur de l'Homme

5.       La dangereuse croissance de l’État

La Constitution fiscale non écrite des États-unis

6.       La prescription keynésienne et le déficit budgétaire

7.       Ce qu’il en coûte d’emprunter l’argent

De l’État limité au tout-État

Le tout-État apporte avec lui une dette immense et galopante

8.       Défense morale de la liberté

L'importance de la bataille des idées