Le laxisme du G20 a entraîné la crise financière actuelle

EURODOLLAR / Le laxisme du G20 en 2008 a entraîné la crise financière actuelle

En 2008, nos gouvernants se sont retrouvés au G20 pour soit-disant arrêter l'hégémonie financière. En fin de compte, ils ont bien mangé et bien bu. C'est tout.
On a rassuré les opinions publiques tout en chantant:
" Aujourd'hui peut être".

Les vautours ont pu continuer leur travail de destruction encore de plus belle en exploitant toutes les failles du système.


Propos recueillis par Julie de la Brosse / – publié le 16/11/2009

 

Un an après le G20 de Washington, LExpansion.com revient sur les résultats de la coopération internationale en matière de régulation financière. Dans le rôle du guide, l’économiste Jean-Charles Rochet, Professeur de Mathématiques et d’Économie de la Toulouse School of Economics.


 

"Une nouvelle crise est possible"


Confrontés à la crise, les Etats ont mis en place des outils pour réguler la finance internationale. Leur but a-t-il été atteint ?

Pas du tout. Le résultat de la coopération internationale est très décevant. En réalité, aucune réforme d’envergure n’a été mise en place. La France et l’Allemagne ont tenté de les imposer, mais les Etats-Unis ont bloqué l’essentiel, parce que Barack Obama est accaparé par d’autres priorités, comme la transformation du système de santé américain ou les guerres en Irak et en Afghanistan.

Vous êtes sévère. Les G20 ont abouti à des résultats importants, sur les bonus par exemple

Les engagements qui ont été pris sur cette question sont très insuffisants. L’idée de différer le versement d’une partie des bonus dans le temps est bonne mais sera-t-elle vraiment appliquée, notamment aux Etats-Unis ? Si les membres du G20 ont beaucoup communiqué sur les bonus, c’est surtout pour se faire valoir auprès des électeurs, qui sont peu sensibles aux véritables questions, comme les normes comptables ou la régulation des fonds propres. C’est exactement pour les mêmes raisons qu’ils se sont focalisés sur les paradis fiscaux. Ces derniers ont été des boucs émissaires. Ils ne sont pas responsables de la crise que nous traversons aujourd’hui. C’est plus facile de pointer du doigt les îles Caïmans ou le Luxembourg que de faire le ménage chez soi.

Les vrais responsables de la crise, ce sont les pays riches.

Le coeur du problème, c’est que, depuis des années, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis laissent leur industrie financière croître sans aucun contrôle.

Pensez-vous que la taxe Tobin, qui séduit de plus en plus de gouvernements, puisse aider à domestiquer cette industrie financière ?

Sur le papier, c’est une idée géniale, parce qu’elle permet de limiter la prise de risque et également de redistribuer une partie des gains des marchés financiers. Mais dans les faits, tout le monde sait très bien qu’une telle taxe ne pourra jamais être mise en place. Pour fonctionner, la taxe Tobin doit être adoptée partout sur la planète. Dans le cas contraire, évidemment, les capitaux se déplaceraient immédiatement là où ils ne seraient pas taxés. Si un seul pays refuse d’appliquer la taxe Tobin, tous les autres, qui auront trop à perdre, abandonneront eux aussi le projet. Et aujourd’hui, il n’y a pas de consensus sur le sujet.

Ici ou là, on évoque une taxe spécifique pour les banques, pour limiter les prises de risque. C’est une bonne idée ?

Le but de cette idée, c’est de faire payer aux banques le « too big to fail », ce principe selon lequel les Etats ne peuvent pas se permettre de laisser faire faillite les établissements les plus importants, parce que cela aurait des répercussions dramatiques sur l’ensemble de l’économie. Un tel objectif est logique, d’autant plus logique que la crise a eu pour conséquence une concentration du secteur bancaire : moins d’acteurs, mais plus gros, qui se savent donc protégés quoiqu’il arrive. Et qui, par conséquent, sont enclins à prendre des risques inconsidérés et à prêter sans compter. Mais plutôt que de taxer les profits des banques, je pense plus judicieux de les obliger à payer une prime d’assurance remise régulièrement à jour en fonction du risque pris, et à se faire contrôler par une instance indépendante, par exemple la banque centrale européenne. Mais c’est difficile à mettre en place, parce que les pouvoirs publics ne sont pas prêts à perdre leurs prérogatives au profit d’instances supranationales.

Ils ont pourtant accepté de donner plus de pouvoir au FMI…

Ils lui ont certes donné davantage de moyens financiers, mais il aurait fallu aller bien au-delà, et repenser entièrement son rôle et son fonctionnement. Les Etats auraient par exemple pu lui confier la gestion d’un véritable fonds assurantiel, mobilisable en période de crise, avec plusieurs niveaux de prise en charge selon les difficultés traversées par les pays secourus. Le FMI ne change pas de mission. Or la seule façon d’aboutir à une vraie régulation financière internationale, c’est de mettre en place des organisations internationales, que ce soit le FMI ou une autre, dotées de véritables pouvoirs de contrôle pour veiller à ce que les règles soient les mêmes partout. Pour le moment, on a fait le contraire : les Etats, ensemble, décident de principes communs, mais ils ont ensuite toute latitude pour les transposer dans leur droit national. Du coup, chacun a objectivement intérêt à en faire le moins possible. On le voit en ce moment avec les Etats-Unis. .

Tout ce qui a été fait depuis la chute de Lehman Brothers n’a donc servi à rien ?

Ce serait injuste d’affirmer cela. La transformation du G8 en G20 est une excellente initiative, qui permet de revoir les rapports de force internationaux en remettant les pays émergents dans le jeu, pour qu’ils partagent leurs expériences et leurs idées. Plus globalement, il y a eu une prise de conscience des excès de la finance. Malheureusement on n’a pas dépassé, ou si peu, le stade de l’indignation. Cette crise a mis en exergue les limites et les blocages de la coopération internationale tout en donnant l’illusion que cette dernière s’était renforcée.

Evidemment. Beaucoup d’économistes mettent déjà en garde contre la formation de nouvelles bulles spéculatives. Les banques centrales ont injecté massivement des liquidités, beaucoup de pays émergents ont accumulé d’importantes réserves de change. Or aucune mesure n’a été prise pour limiter la spéculation, et tout cet argent vient par exemple faire monter le prix des matières premières, et encourager les Etats à s’endetter encore davantage. Le risque d’explosion de ces bulles est réel, parce que les Etats ont été incapables d’inventer un système où la spéculation serait davantage contrôlée. C’est à dire, de façon schématique, un système où, quand l’économie va bien, les acteurs du marché soient incités ou même obligés à conserver leurs excès de liquidités pour les jours où elle va moins bien.

Ce système peut-il voir le jour, à votre avis ?

S’il voit le jour, ce ne sera pas à l’initiative des gouvernements. Je crois beaucoup à la force de la vox populi, mais encore faut-il que les peuples prennent réellement conscience que, comme l’environnement, la finance internationale doit être domestiquée. De cette manière, les pouvoirs en place n’auront plus choix, s’ils veulent être réélus, ils devront se montrer sensibles à l’intérêt général.


Source : EURODOLLAR / Le laxisme du G20 en 2008 a entraîné la crise financière actuelle, 30/07/2011