Le peuple a d'autres priorités que la souveraineté


Extrait de : Un automne déterminant, Mathieu Turbide, Journal de Montréal, 22/08/2011

À entendre les dissidents péquistes, Pauline Marois et son entourage seraient responsables de la dégringolade du PQ dans les sondages. Malheureusement pour eux, le problème est beaucoup plus profond que cela.

Le problème du PQ, ce n'est ni Pauline Marois (qui pourrait la remplacer, de toute façon ?), ni le futur Colisée de Québec, ni la démission de cinq députés. Le problème, c'est qu'actuellement, les Québécois -même ceux qui ont toujours été favorables à l'indépendance du Québec -ont d'autres priorités que la souveraineté.

Les sondages montrent clairement que les Québécois veulent un coup de barre dans la gestion du Québec, dans les écoles, dans le réseau de la santé, dans l'économie. Ils veulent des infrastructures qui tiennent debout. Ils veulent un ménage dans l'industrie de la construction.

Eh oui, nos deux vieux partis couchent depuis des décennies avec les groupes d’intérêts, ils n’ont pas le courage de faire de sérieux changements, trop de liens incestueux, trop d’amis à satisfaire.

Conséquence une province de plus en plus pauvre, et une population qui a de plus en plus difficulté à rejoindre les fins de mois.

Alors, souverainistes ou pas, quand ils voient un parti se déchirer sur des questions constitutionnelles, sur la vitesse à laquelle on pense réaliser la souveraineté ou pire, sur la «gouvernance souverainiste», ils décrochent.

C'est ce qui s'est passé en mai dernier, quand le Bloc s'est effondré.

Et c'est exactement ce qui explique l'étonnante popularité de François Legault et de sa coalition, qui n'est même pas encore un parti.

CONDAMNÉ À LIVRER

Mais M. Legault joue gros. Comme il incarne le changement aux yeux de beaucoup de Québécois, il est condamné à livrer ce changement.

Son parti politique, s'il finit par voir le jour, devra proposer des solutions véritablement audacieuses. Des idées nouvelles qui iront plus loin que les parfois vagues énoncés des manifestes de la CAQ. Sinon, la lune de miel entre son mouvement et l'électorat pourrait fondre comme neige au soleil.

Et Jean Charest a encore deux ans devant lui pour décider de déclencher des élections. Aussi bien dire une éternité.

Même les propositions proposées par M. Legault et l’ADQ ne sont que des réformettes, malheureusement les autres pays n’attendent pas après nous pour évoluer.

LES DÉFIS DES CHEFS

L'automne politique qui vient sera donc déterminant pour nos leaders.

Évidemment, pour Pauline Marois, qui tombera si elle ne parvient pas à rallier les souverainistes derrière elle. Et ce ne sera pas simple.

Mais aussi pour Gérard Deltell qui devra mieux se positionner face à Legault ou alors se fondre dans un nouveau parti fusionné.

Même Jean Charest devra se montrer beaucoup plus dynamique pour se donner l'image d'un homme d'action afin de mieux affronter Legault.


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