Le Plan Nord loin de l'eldorado


Extrait de : Le Plan Nord loin de l'eldorado, Alexandre Shields, Le Devoir,  4 août 2011

Une nouvelle analyse du service d'études économiques du Mouvement Desjardins s'interroge sur les retombées financières que fait miroiter le gouvernement Charest pour justifier les investissements publics massifs dans le Plan Nord et le développement de l'industrie du gaz de schiste. Il semble qu'il n'y a pas là de quoi contribuer significativement aux finances publiques, du moins dans les conditions actuelles.

Économiste principale aux Études économiques Desjardins, Joëlle Noreau rappelle d'abord l'ampleur des engagements financiers du gouvernement du Québec dans le déploiement du Plan Nord, à savoir 2,1 milliards d'ici cinq ans.

Une période au cours de laquelle l'État devrait toucher 1,4 milliard de dollars en redevances (280 millions par année), et ce, pour l'ensemble des mines de la province.

D'ici 2036, les investissements de deniers publics doivent même atteindre des dizaines de milliards, souligne Mme Noreau en se basant sur les documents officiels. On parle d'abord de 47 milliards provenant d'Hydro-Québec. Une autre tranche de 33 milliards doit être investie dans le développement minier et les infrastructures publiques (aéroports, routes, etc.). Difficile toutefois de savoir quelle sera la part payée par les entreprises. Celle-ci se situerait entre 30 et 50 %, mais rien n'a encore été précisé.

En contrepartie de ses engagements massifs dans «le chantier d'une génération», Québec espère engranger 14,3 milliards en retombées fiscales sur 25 ans. «Cela, ramené sur une base annuelle, rapporterait environ 570 millions par année, précise Mme Noreau dans cette édition de la Revue d'analyse économique de Desjardins. À titre de comparaison, les dépenses du gouvernement du Québec pour l'année financière 2011-2012 se chiffrent à environ 69 milliards.»

Les retombées projetées ne représentent
donc que 0,8 % de ces dépenses.

Évidemment, au lieu d’améliorer la productivité de l’État, seulement de 10 %, ce qui représenterait plus de 4 milliards par année, on préfère faire de la boucane avec un Plan Nord, qui est loin d’être une panacée.

C'est un peu, comme la Romaine, on construit des barrages qui sont non rentables, mais ça donne des contrats alléchants à ses amis dans le domaine de la construction.

Voulez-vous connaître un commentaire sérieux et crédible sur le sujet du Grand Nord, voici ce que le président de Rio-Tinto a dit sur le Grand Nord, quand il était à Montréal?

Tom Albanese, pdg du géant britannique Rio Tinto

 

L’un des plus grands employeurs dans le nord du Québec met en garde contre un excès d’enthousiasme relié au Plan Nord du gouvernement Charest, soulignant que les coûts de construction de nouvelles infrastructures pourraient s’avérer très élevés.

 

De passage devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le pdg du géant britannique Rio Tinto, Tom Albanese, a dit qu’il y avait loin de la coupe aux lèvres avant que de nouveaux projets miniers voient le jour dans la foulée de la découverte de nouveaux gisements de métaux.

 

«J’ai longtemps été géologue et je puis attester que le sous-sol du nord du Québec est très riche. Cela dit, les sommes requises pour développer des projets miniers dans le Grand Nord sont considérables pour amener la ressource dans les mains des consommateurs », a-t-il expliqué.

 

M. Albanese a donné l’exemple d’une mine de diamants exploitée par Rio Tinto dans les Territoires du Nord-Ouest. «Cela n’est pas trop mal parce que nous sommes en mesure de transporter les diamants par avion. Mais si on découvre un gisement de fer ou de cuivre dans un territoire difficile d’accès, c’est une autre histoire», a-t-il mentionné.

 

Il faut construire la mine, des routes, établir des collectivités, a-t-il expliqué. «Ce sont des coûts énormes», a-t-il dit.

 

M. Albanese a ajouté que le Québec et le Canada étaient désavantagés par rapport à l’Australie, dans la mesure où le gros de la demande croissante pour les métaux provenait de l’Asie. Or, les importants coûts de transport par bateau font en sorte que les projets développés au Québec doivent être à la base plus rentables que les australiens pour intéresser Rio Tinto.

 

«Cela n’a guère de sens de construire de nouvelles mines de fer pour l’Europe ou l’Amérique du Nord, où la demande est stagnante, voire en baisse», a-t-il mentionné.

 

M. Albanese a aussi précisé que les conditions climatiques rendaient coûteuse l’implantation des minières dans le Grand Nord. « La saison où nous pouvons pleinement opérer est très courte », a-t-il souligné.

 

Les prix pourraient baisser

 

Le grand patron de Rio Tinto a également signalé que le prix très élevé des métaux entraînait l’intérêt d’acteurs non traditionnels, mais que cela ne durerait pas éternellement.

 

« Le marché est efficace. Pendant longtemps, le prix des métaux a été très bas. Maintenant il est élevé, mais il faut s’attendre tôt ou tard à ce que l’accroissement de l’offre vienne rétablir l’équilibre», a-t-il dit. M. Albanese a précisé que son groupe préférait se concentrer sur des projets de qualité qui seront rentables à long terme.

L'économiste estime donc que «bien qu'elles soient bienvenues, ces retombées ne changeront pas considérablement la donne du point de vue des finances publiques, du moins dans les conditions actuelles».

Parmi les «conditions actuelles» évoquées par les économistes chevronnés de Desjardins, il y a bien sûr l'épineuse question des redevances minières.

Sur ce point, Joëlle Noreau est catégorique: la bonification annoncée dans le budget 2010 n'est pas une panacée, même si elle doit faire passer les redevances sur les profits de 12 % à 16 %. «Ce taux est faible en regard de l'Australie, qui a revu récemment sa fiscalité en allant jusqu'à exiger 30 % des profits excédentaires, considérés comme ceux qui sont supérieurs à un rendement d'environ 8 % après impôt.»

Qui plus est, le nouveau régime québécois permet toujours diverses déductions permettant d'abaisser le taux de redevances. Mais pas question de le revoir, a répété à plusieurs reprises le gouvernement Charest.

L'exemple norvégien

Mme Noreau site par ailleurs l'exemple de la Norvège, un État qui s'est doté d'«un système de redevances de l'ordre de 50 % versées dans un fonds intergénérationnel dont la valeur atteignait, selon les sources, entre 400 et 500 milliards en 2010, de quoi faire rêver». Elle rappelle alors que le Québec recevra quant à lui 280 millions cette année de la part des entreprises qui exploitent les ressources minières non renouvelables du Québec. Un montant qui, au regard des dépenses de 69 milliards du gouvernement, «est bien peu».

Selon ce qu'a précisé hier l'économiste en chef adjoint chez Desjardins Études économiques, Yves St-Maurice, l'État québécois pourrait toucher davantage de redevances, et ce, «sans faire fuir les investisseurs». Il faut toutefois tenir compte des fluctuations des prix des minéraux. Mais si la rentabilité d'un gisement est au rendez-vous, a-t-il dit, les minières le seront elles aussi.

Les ressources extraites du sous-sol ont d'ailleurs une valeur certaine. Selon des données «provisoires», la valeur des expéditions minérales devrait dépasser les 10 milliards cette année. Un scénario qui, à court terme, devrait se maintenir, compte tenu de l'ampleur des projets en gestation.

Reste que l'eldorado promis par les libéraux au nord du 49e parallèle dépend entièrement de la volonté des minières d'investir dans le sous-sol québécois. «À ce titre, prévient Mme Noreau, il n'y a pas de garantie sur tous les projets annoncés.» L'engouement sera en effet tributaire des prix de minéraux (or, fer, cuivre, nickel, etc.), qui sont soumis à des fluctuations importantes sur les marchés.

Les retombées ne changeront pas considérablement la donne du point de vue des finances publiques, selon Desjardins

Cette incertitude a déjà fait dire à Jean-Thomas Bernard, professeur au Département d'économique de l'Université Laval et spécialiste des ressources naturelles, que l'aventure du Plan Nord présente un risque certain pour les finances publiques.

Surtout avec 234 milliards de dettes publiques, une compétitivité de plus en plus faible associée au deuxième plus important problème démographie au monde.

Gaz de schiste

En ce qui a trait au gaz de schiste, Mme Noreau insiste sur le fait que la rentabilité de l'industrie reste à démontrer au Québec. Évoquant un scénario où pas moins de 3000 puits seraient exploités, le ministère des Finances évalue les redevances gazières à 400 millions. Mais l'État — qui débourse déjà des millions de dollars pour l'évaluation environnementale stratégique de l'industrie et le suivi des puits déjà forés — devra aussi prendre en compte diverses «externalités négatives», dont les risques pour la santé humaine et pour l'environnement.

Beaucoup d'incertitudes, donc. «C'est ce qu'évoque le commissaire au développement durable, rattaché au Vérificateur général du Québec, dans le dépôt de son rapport au printemps 2011. Il laisse entendre que, pour le moment, les bénéfices pour la société québécoise n'ont pas été démontrés de façon suffisante. La question demeure ouverte», conclut l'économiste principale Joëlle Noreau


Lectures complémentaires :

1.      Le Plan Nord va coûter cher

2.      Des ressources naturelles bien peu payantes au Québec

3.      Des exportations d'électricité qui vont coûter cher