Les États se comportent comme l'escroc Bernard Madoff : Jacques Attali

Il y a certains d’économiste qui ont plus de discernement que d’autres, en voici un que j’apprécie, même s’il y a quelques pensées magiques.


Extrait de : Jacques Attali : « La France est explicitement désignée pour perdre son AAA », Claire Gatinois, Le Monde, 11 Août 2011

L'économiste et essayiste estime que les États se comportent comme l'escroc Bernard Madoff.

Entretien

Crise de surendettement en zone euro, dégradation de la note américaine par l'agence Standard & Poor"s (S & P), craintes pour la reprise mondiale : les investisseurs déboussolés font vaciller les marchés depuis une quinzaine de jours. L'action de la Réserve fédérale américaine (Fed) a fait revenir un semblant de calme. Mais pour l'économiste Jacques Attali, auteur de Tous ruinés dans dix ans (Fayard, 2010), l'Europe doit aussi agir et adopter plus de fédéralisme pour sortir du marasme.

La nervosité des marchés est-elle justifiée?

L'amplitude des mouvements boursiers est exagérée, mais il y a des raisons fondamentales à cette baisse :

·         La crise n'est absolument pas réglée.

·         Ni celle de la dette publique et privée aux États-unis ni celle de sa gouvernance.

·         Pas plus que la crise des dettes publiques et privées et de la gouvernance en Europe.

·         Le système est surendetté et les marchés savent qu'un jour il faudra bien payer.

Qui réglera la facture?

Ce sera vraisemblablement les prêteurs, en perdant une partie de la valeur de leurs actifs au profit des débiteurs dont la dette sera nécessairement rééchelonnée.

Que voulez-vous dire?

Des moratoires sur les dettes privées ont déjà commencé en Espagne et aux États-unis pour les créances immobilières. Ils se poursuivront, notamment aux États-unis, pour tout un ensemble d'autres créances. Les banques en souffriront.

En ce qui concerne les dettes publiques, internes et externes, il en ira de même.

Aux Etats-Unis :

Il n'y a aucun risque de faillite – grâce à la planche à billets-, mais il existe un risque d'inflation et il reste une incapacité à gouverner. L'accord [obtenu le 31 juillet pour relever le plafond de la dette] n'est pas une solution durable : dans seize mois au plus, il faudra tout recommencer.

Tout se passe comme dans une réunion d'alcooliques anonymes qui décident de ne plus boire et se disent : « Buvons un dernier verre pour fêter notre accord !

Quant à l'Europe:

L'accord du 21 j uillet a jeté les bases d'un plan et la création d'un Fonds de stabilisation financière [FESF]. Mais il faut attendre fin septembre pour que les parlements se réunissent et votent pour que cela soit opérationnel. Or, les marchés vont très vite.

Les politiques qui ne prennent pas les devants sont condamnés à perdre. On ne construit pas une barrière contre les envahisseurs quand ils ont déjà franchi la frontière.

Vous expliquiez que les États se sont comportés comme l'escroc américain Bernard Madoff ...

Le maître à penser des Etats n'est ni Keynes ni Schumpeter, c'est Madoff et sa capacité à construire des pyramides de dettes. Les dettes ne sont pas mauvaises en soi, surtout quand elles servent à investir. Mais lorsque la dette publique dépasse 50 % à 60 % du produit intérieur brut [FfB] et n'est pas génératrice de croissance, elle devient un cercle vicieux. Or, depuis 2008, la seule réaction de l'Occident face à la crise n'a pas été d'apporter des réponses structurelles mais d'augmenter les dettes publiques de 30 % du PIB.

Ces dettes ont justement été rendues nécessaires par la crise...

On ne sauve pas l'économie en reportant le problème. C'est dire : «Encore un instant M.le Bourreau. » La seule chose qui aurait pu résoudre le problème de la dette, l'histoire économique nous l'a appris, c'est ou la guerre, ou l'inflation, ou la croissance. Les deux premières solutions ne sont pas souhaitables. Il faut donc tout faire pour rétablir les conditions de la croissance et, en attendant réduire la dette.

Voila !, c’est drôlement plus facile à dire, qu’à faire. Les entreprises privées ça ne pousse pas dans les arbres, ni les entrepreneurs d’ailleurs. Il faut un environnement sain, pour qu’il y ait une prospérité, une PME peut prendre facilement dix ans, avant qu’elle soit stable, d’autant plus que 60 % vont disparaître entre temps, pour obtenir une grappe industrielle, facilement dix ans et plus.

Ajoutez une mondialisation qui est totalement débridée, liée à une concurrence déloyale, dans d’autres cas, on constate que des compagnies qui avaient un fort potentiel se retrouvent en Chine, quand ils dépassent une certaine taille, car la main-d’œuvre est moins chère.

Pour un économiste l’énoncé est simple, mais dans la réalité économique ce sont les entrepreneurs qui crée la croissance, nous avons un sérieux ménage à faire

Tous les dix facteurs qui influencent la ‘liberté économique’ doivent être revisés en profondeur, sans cela, ce ne sont que des paroles en l’air, ce sont les entrepreneurs qui crée la richesse, non les politiciens, ni les économistes.

Si vous avez un environnement malsain d’affaires, les entrepreneurs vont aller voir ailleurs, ou cesser leurs opérations, aussi simples que cela !

Le problème est donc advantage lié à la croissance ?

Oui. Et cela passe par l'éducation, les grands projets... C'est aussi crucial aux États-unis qu'en Europe. Il faut recréer l'économie de la connaissance. En Europe, cela passe par un grand emprunt.

Une autre pensée magique, améliorons l’éducation, les Chinois produisent autant d’ingénieurs que l’Europe ou les États-Unis, vous pensez, qu’ils ne s’amélioreront pas ? de plus, ils produisent des produits de plus en plus sophistiqués, souvent égalent aux nôtres.

Un grand emprunt européen pour régler le problème des dettes?

L'Europe en tant qu'Union n'a pas de dettes. Un grand emprunt mutualisera l'endettement et permettra d'investir.

Wow, régler le problème en s’endettant, pas convaincu !, n’oubliez pas M. le peuple, peut importe comment on ficelle la dette, il n’y a qu’un seul contribuable à la fin de la pyramide, VOUS !

L'inflation peut-elle aussi aider à éponger les dettes?

L'inflation, si elle est faible, n'est pas l'ennemi absolu. Mais dans un contexte de globalisation très forte, de chômage et de concurrence accrue, une inflation par les salaires n'est pas possible.

Justement, il faut commencer à penser à la démondalisation, sans cela ce n’est que du dumping social sauvage.

Quelles conséquences le surendettement des États a-t-il sur les ménages ?

Lorsqu'il y a surendettement des États, les ménages s'attendent à des hausses d'impôts et consomment moins. Ils vont aussi se rendre compte que la réduction de l'endettement fera payer ceux qui ont prêté. C'est-à-dire les très riches, mais aussi tous ceux qui ont une épargne comme des produits d'assurance-vie.

Ce, qui tente de dire, si les pays commencent à restructurer leurs dettes, ce sont les banques et les fonds d'investissement qui vont souffrir, malheureusement, leurs fonds proviennent en autres de votre patrimoine de votre retraite, solution : achetez de l’or, on ne sait jamais !

In fine, il y aura une baisse de la valeur des patrimoines.

La France peut-elle perdre son AAA?

Oui. S & P a glissé dans son rap- port sur les Etats-Unis une phrase passée inaperçue: un seul pays noté AAA aura en 2015 une dette égale à celle des Etats-Unis en ratio ; c'est la France. Contrairement à ce que tout le monde dit, nous sommes explicitement désignés! Il faut donc à tout prix faire redescendre la dette sous 85% du PIB fin 2013, puis revenir à 70 % dans la décennie. Ce n'est pas gagné.

Encore une pensée magique, quand vous avez des politiciens qui se préoccupe plus de leurs prochaines élections que gérer «l’État en bon père de famille», ils vont être aussi irresponsable que depuis les 15 dernières années, de plus, les groupes d’intérêts vont s’assurer qu’il ne dérape pas trop, s’il commence à réfléchir.

Le peuple a été endoctriné par l’État providence, trop de gens ne voudront pas perdre le statu quo, mais s’ils savent au fonds d’eux-mêmes, qu’ils se dirigent vers un mur, une sérieuse opposition du peuple pour maintenir leur privilège.

Oui, je suis d’accord avec vous, loin d’être gagné.

Une vraie inflexion budgétaire est nécessaire, ainsi qu'une vraie « règle d'or » (pas celle qu'on nous propose): une règle stricte mais assez flexible, qui force chaque Parlement à ne pas augmenter la dette à la fin d'un quinquennat et oblige la dette publique à ne pas dépasser cinq à six années de recettes fiscales, contre sept aujourd'hui.

Il y a dix ans, si l'on avait établi de vraies règles budgétaires, et même les insérer dans la constitution, empêchant aux politiciens de les contourner à leur gré, peut-être on serait moins dans le pétrin, mais c’est trop tard.

Prenez le cas de la France, où son deuxième poste budgétaire sont les intérêts, vive l’État Providence sans retenue.

A court terme, comment sortir du marasme?

Il n'y a pas de solution saine à court terme. Aux Etats-Unis, il faut mettre en place une vraie réforme de la gouvernance pour éviter les blocages politiques.

À part de quelques exceptions, l’ensemble de toutes les démocraties sont corrompues par les groupes d’intérêts, la seule solution que je connaisse pour équilibrer le jeu du pouvoir est la démocratie directe, que les Suisses emploient très bien, d’ailleurs.

En Europe, j'enrage de voir que la solution qui s'impose - plus de fédéralisme budgétaire - n'a pas été décidée. Le risque n'est pas de voir la Grèce sortir de la zone euro par le bas, mais de voir l'Allemagne sortir par le haut. Pour l'éviter, il faut créer les conditions d'un vrai fédéralisme. Il appartient à la France de convaincre l'Allemagne qu'elle a tout à y gagner.

Une autre pensée magique, pas convaincue de sa solution, le Canada en est un exemple, le Canada se pavane de son futur équilibre budgétaire, mais les provinces les plus populeuses font des déficits structurels.

De plus, une province, qui se comporte en cigale, devient un fardeau pour les autres provinces et le Canada. L’exemple, le plus classique est le Québec, ils ont reçu plus de 130 milliards de péréquations, et leur productivité et la compétitivité est la plus faible du pays, les politiciens québécois ont préféré acheter des votes par des programmes sociaux plutôt que d’améliorer son économie (ça ne fait pas gagner des élections), on ne changera pas la nature humaine de nos politiciens irresponsables, même dans un État fédéré.

Les pays émergents peuvent-ils sauver la planète ?

Une réévaluation de la monnaie chinoise fait partie de la solution.

C’est un minimum à faire, pour que les entrepreneurs locaux sentent que l’économie n’est pas pipée.

Mais la part des pays en développement dans l'économie planétaire est encore trop faible pour être une locomotive mondiale.

Et nous, nous sommes trop endettés pour maintenir la croissance intérieure, beau dilemme qui a été décidé par nos politiciens pour créer une fausse économie par le surendettement, malheureusement on commence à frapper le mur, et les financiers le savent aussi, d’où leur nervosité.