Les nuages noirs

David est un des meilleurs chroniqueurs économiques au Québec, j’ajouterai certains commentaires à son texte.


Extrait de : c David Descôteaux, Argent, 16/08/2011

Si la tendance se maintient, vos REER vont faire du surplace cette année. Vous risquez même de perdre de l’argent. Le marché boursier joue au yo-yo depuis plus d’une semaine, et le rendement des indices est négatif depuis le début de 2011.

Cela, et les signes de ralentissement économique qui se multiplient, doivent servir d’avertissement aux politiciens qui gèrent nos finances publiques.

On ignore ce que fera la bourse dans les mois et années qui viennent. Mais des chutes comme on a vu la semaine dernière peuvent — et vont — se reproduire. Nous sommes dans le ventre d’une bête inconnue. Une récession qui pourrait traîner des années, le temps que consommateurs et gouvernements nettoient leurs finances et repartent sur une base solide.

Drôlement difficiles, la plupart des pays industriels ne payent que les intérêts et leurs marges de crédit augmentent chaque année.

Pour le Québec, ça fait plus de onze ans que nous ne sommes plus en équilibre budgétaire, si on inclus les magouilles comptables.

Pas importante, la dette?

Pour plusieurs, la dette publique du Québec (240 milliards $) ne devrait pas nous inquiéter. C’est juste un épouvantail que la droite agite pour justifier des coupures dans l’État.

C’est vrai qu’à première vue, la dette du Québec apparaît gérable. Grosse, mais gérable.

Gérable, aussi longtemps que notre crédit fonctionne, juste en 2010, le gouvernement du Québec a augmenté sa dette de 9 milliards.

Mais la panique boursière nous rappelle qu’il faut s’attaquer au problème tout de suite, avant qu’il ne soit trop tard. Car des nuages noirs planent au-dessus de nos têtes :

— Le vieillissement de la population au Québec est un des plus prononcés en occident. La horde de baby-boomers vieillissants fera exploser la demande — et les coûts — des services publics dans les années qui viennent, notamment en santé. Y sommes-nous préparés? Vu le piètre état de nos routes et viaducs (pire que prévu, semble-t-il), combien faudra-t-il ajouter de millions (milliards?) à la dette dans les années qui viennent?

On estime, juste à cause de la démographie que les Québécois dans moins de 15 ans vont être 2 fois plus pauvres, imaginer les recettes fiscales dans ce nouveau paradigme.

— Le gouvernement peut-il augmenter ses revenus pour compenser? Difficilement. Nous sommes déjà parmi les plus taxés en Amérique du Nord. Contrairement à des pays comme les États-Unis, où les taxes sont relativement basses et pourraient être haussées, notre marge de manœuvre côté revenu est minime. Notre gouvernement mise entièrement sur la croissance économique. Et je vous gage un p’tit deux que les prévisions du ministre sont trop optimistes. Si la croissance n’est pas au rendez-vous, on fera quoi?

Depuis la dernière décennie, le 2 à 3 %  d'accroissement du PIB pour les pays industriels a été obtenus  par l'endettement des États et des particuliers, malheureusement on vient de frapper le mur.

De plus, le Québec est une province qui est une des moins compétitives en Amérique du Nord, augmenter c’est revenus grâce à l’économie va être drôlement difficile.

Tout va bien et… BANG!

— Le taux d’intérêt que paye Québec sur ses obligations est encore faible, mais il peut grimper à tout moment. Surtout si la dette s’emballe. Comme l’ont démontré les économistes Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart dans This Time Is Different, la perte de confiance des prêteurs envers un État ne se fait pas graduellement, mais soudainement. C’est ce qui est arrivé en Grèce, en Italie et ailleurs en Europe. Tout va bien et puis un jour… BANG! Les taux bondissent sans avertissement. Si cela se produit, nous dépenserons beaucoup plus pour payer les intérêts de notre dette, et beaucoup moins sur tout le reste.

Exacte, c'est une particularité dysfonctionnelle des agences de notations, ils peuvent te décoter facilement, selon leur humeur, si tu fais partie des pays, État ou province qui sont les plus endettés, un jour tu es sain financièrement et le lendemain, tu deviens insolvable. Les spéculateurs de CDS font le reste, pour te démolir, ça prit moins de six mois pour que la Grèce soit à genoux.

Ajoutons qu’une rechute boursière serait catastrophique pour les régimes de retraite privés et publics, déjà sous-capitalisés.

Surtout les retraites dorées du secteur public qui sont des retraites pyramidales.

Peut-être que je me trompe, et que tout ira bien. Je le souhaite. Mais la responsabilité de nos politiciens, en ces temps turbulents, devrait être de préparer le Québec au scénario du pire. L’économie mondiale peut rechuter, ou végéter pendant des années. C’est donc maintenant qu’il faut faire des choix. Pas dans 5 ou 10 ans.

Mais nos élus, fidèles à eux-mêmes, sont en mode business as usual.

Nos élus s’ils étaient imputables en fonction du copinage, de la collusion et de la corruption et l’irresponsabilité d’avoir dilapidé la richesse de leur peuple, il y en aurait une grosse ‘gang’, qui ferait un séjour en prison.

Dans ce cas prions pour que la bourse tienne le coup. Et que la Caisse de dépôt ne perde pas des milliards encore une fois…