L’irresponsabilité de Montréal

Je crois que Jean-Jacques Samson est d’une humeur aussi massacrante sur la bonne gouvernance de Montréal et sur le sens des priorités à Montréal, que moi !


Extrait de : Le sens des priorités, Chroniques Jean-Jacques Samson, Journal de Québec, 08/08/2011

Avoir le sens des priorités, c’est savoir choisir les actions à poser qui doivent obligatoirement passer avant les autres. L’administration du maire Gérald Tremblay, à Montréal, n’a pas davantage cette lucidité que celle de son prédécesseur, Pierre Bourque, et elle profite en plus de la complicité du gouvernement Charest.

Les Québécois sont déjà les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord; ils sont aussi ceux qui paient leur essence le plus cher; et pourtant, nos infrastructures s’effondrent.

Or, comment a réagi le maire Tremblay à la chute d’un immense bloc de béton dans le tunnel Viger de l’autoroute Ville-Marie ? Il a réclamé sur-le-champ une hausse de la taxe d’accise sur l’essence et l’utilisation généralisée de péages à l’échelle de tout le Québec, pour payer la réfection du réseau routier. Des taxes additionnelles ! Mais il n’y a pas que le réseau routier qui tombe en ruines dans la métropole. La semaine dernière, trois affaissements de rues sont survenus en moins de 12 heures. Camions et autobus s’enfoncent dans la chaussée parce que des canalisations vieilles de plus de 100 ans, en plein centre-ville, cèdent. Des cratères se creusent alors.

Également, une conduite d’eau sur trois fuit et un pourcentage effarant de l’eau traitée qui sort des usines de filtration est perdu. Il faudra injecter plusieurs milliards au cours des prochaines années dans la réfection des réseaux publics de la métropole.

Retraites dorées

Les plantureux régimes de retraite des employés municipaux ont exigé des déboursés de 438 millions de dollars en 2011; la facture grimpera à 540 millions en 2012. Le gouvernement Charest a conclu en catimini une entente avec Montréal en 2004 visant à réduire le déficit actuariel de ses caisses de retraite. Au terme de celle-ci, en 2025, le gouvernement québécois aura versé à Montréal la somme de 460 millions, prise à même les impôts de tous les Québécois, pour couvrir le déficit de la caisse de retraite de la Ville de Montréal. Une injustice scandaleuse !

La différence entre la gestion des villes américaines et celle de Montréal est d’attaquer le problème à la source, c’est de réduire les dépenses en tentant de
garder les mêmes services.

Où vont-ils chercher l'argent ? En négociant à la baisse les avantages qui ont accordé aux employés municipaux au cours des dernières décennies. En fait, ils n'ont pas peur de confronter les syndicats, en leurs disant, nous vivons avec une crise économique et vous aussi, vous devez faire des sacrifices.

Au Québec, nos politiciens ont tellement peur des syndicats, à chaque fois qu'il y a une hausse des coûts, c'est de refiler automatiquement cette hausse sur le dos des contribuables en augmentant les taxes.

Ce manque de courage réduit la compétitivité de la province et celle de Montréal ayant les taxes les plus agressives de l'Amérique du Nord.

Il est anormal que les employés municipaux de Montréal aient des avantages sociaux qui représentent presque 50 % de leurs salaires, tandis que le reste du Québec pour les villes, elles se situent à 25%.

Dans certains États américains, ils ont commencé à convertir les régimes à prestations déterminées en cotisations déterminées, sachant très bien que dans le premier cas,
c'est un gouffre sans fin.

L'argent récupéré sert à maintenir les services de l’État ou de la ville, tout en réduisant les hausses de taxes, d'autant plus, puisque les bénéfices des employés municipaux sont nettement supérieurs à ceux du secteur privé, on crée un meilleur équilibre de distribution de richesse entre le public et le privé.

Bien sûr, pour prendre de telle décision, ça prend du courage politique, malheureusement au Québec le copinage malsain entre le pouvoir politique et syndical depuis des décennies, empêche toute initiative dans ce sens, et maintienne le Québec
dans un état d'immobilisme parfait, perdant graduellement sa compétitivité
par rapport aux provinces et États de proximité
.

Nouvelles dépenses

Ce qui nous ramène au sens des priorités. On ne songe même pas à couper dans le gras à Montréal pour faire face à ces responsabilités; on continue au contraire à dépenser sans réfléchir.

Une petite clique de Montréalais assistera dans quelques jours à l’inauguration de la nouvelle maison de l’Orchestre symphonique de Montréal. Coûts annoncés du chantier : 259 millions. On a aussi aménagé à grands frais ces derniers mois le Quartier des spectacles. On a prolongé des autoroutes, supporté la formule 1 et même financé pour des dizaines de millions les vélos en libre service BIXI. Sky is the limit !

La structure administrative elle-même de Montréal, don de Louise Harel alors qu’elle était ministre des Affaires municipales, est une farce monumentale. On dénombre 171 élus pour 1,9 million d’habitants, soit un ratio de un par 11 000 habitants, alors qu’il est en moyenne de un par 50 000 habitants dans les autres villes canadiennes importantes. Cette mixture dégage en plus des odeurs de corruption.

Et dire que le maire Tremblay voudrait faire taxer davantage les Québécois !

Les provinciaux du ROQ (Rest of Quebec) en ont marre de payer pour les fantaisies d’irréfléchis à Montréal et n’ont surtout pas envie d’être emportés dans la déchéance de la métropole devenue une honte pour le Québec.

Mais cette honte a aussi des origines d'irresponsabilité de nos ministres provinciaux en créant un cauchemar de gouvernance avec les fusions et défusions.


Lecture complémentaire: Une ville peut –elle faire faillite?


 

  1. gravatar

    # by Anonyme - 10 août 2011 à 02 h 31

    Very interesting points. Thanks!

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