Plan Nord, Le Japon n’est pas gagné d’avance


Extrait de : Plan Nord, Le Japon n’est pas gagné d’avance, Jules Richer, 25/08/2011

TOKYO – Malgré l’enthousiasme de Jean Charest pour le Plan Nord, il y a encore beaucoup de chemin à faire si le Québec veut arriver à susciter des investissements au Japon.

Les ressources minérales sont certainement abondantes au Québec et constituent un attrait pour un pays qui en manque, comme le Japon. Cependant, il faut assurer leur transport jusque dans cette partie du monde, de l’autre côté du globe terrestre, ce qui ajoute des coûts importants.

« J’ai parlé à plusieurs gens d’affaires japonais. Ils sont intéressés à investir au Québec, mais, jusqu’à maintenant, ils se sont montrés plutôt hésitants à le faire à cause de la grande distance entre le Japon et le Québec », a expliqué, jeudi, l’économiste de renom Takahiro Miyao, après avoir assisté à une présentation de M. Charest sur le Plan Nord devant la Chambre de commerce du Canada au Japon.

À moins qu’une route maritime polaire ne s’ouvre un jour, en raison du réchauffement climatique, la question du transport restera un obstacle, estime le professeur Miyao.

Il arrive à la même conclusion que le président de Rio-Tinto

Tom Albanese, pdg du géant britannique Rio Tinto

 

L’un des plus grands employeurs dans le nord du Québec met en garde contre un excès d’enthousiasme relié au Plan Nord du gouvernement Charest, soulignant que les coûts de construction de nouvelles infrastructures pourraient s’avérer très élevés.

 

De passage devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le pdg du géant britannique Rio Tinto, Tom Albanese, a dit qu’il y avait loin de la coupe aux lèvres avant que de nouveaux projets miniers voient le jour dans la foulée de la découverte de nouveaux gisements de métaux.

 

«J’ai longtemps été géologue et je puis attester que le sous-sol du nord du Québec est très riche.

 

Cela dit, les sommes requises pour développer des projets miniers dans le Grand Nord sont considérables pour amener la ressource dans les mains des consommateurs »,

a-t-il expliqué.

 

M. Albanese a donné l’exemple d’une mine de diamants exploitée par Rio Tinto dans les Territoires du Nord-Ouest. «Cela n’est pas trop mal parce que nous sommes en mesure de transporter les diamants par avion. Mais si on découvre un gisement de fer ou de cuivre dans un territoire difficile d’accès, c’est une autre histoire», a-t-il mentionné.

 

Il faut construire la mine, des routes, établir des collectivités, a-t-il expliqué. «Ce sont des coûts énormes», a-t-il dit.

 

M. Albanese a ajouté que le Québec et le Canada étaient désavantagés par rapport à l’Australie, dans la mesure où le gros de la demande croissante pour les métaux provenait de l’Asie.

 

Or, les importants coûts de transport par bateau font en sorte que les projets développés au Québec doivent être à la base plus rentables que les australiens pour intéresser Rio Tinto.

 

«Cela n’a guère de sens de construire de nouvelles mines de fer pour l’Europe ou l’Amérique du Nord, où la demande est stagnante, voire en baisse», a-t-il mentionné.

 

M. Albanese a aussi précisé que les conditions climatiques rendaient coûteuse l’implantation des minières dans le Grand Nord. « La saison où nous pouvons pleinement opérer est très courte », a-t-il souligné.

 

Les prix pourraient baisser

 

Le grand patron de Rio Tinto a également signalé que le prix très élevé des métaux entraînait l’intérêt d’acteurs non traditionnels, mais que cela ne durerait pas éternellement.

 

« Le marché est efficace. Pendant longtemps, le prix des métaux a été très bas. Maintenant il est élevé, mais il faut s’attendre tôt ou tard à ce que l’accroissement de l’offre vienne rétablir l’équilibre», a-t-il dit. M. Albanese a précisé que son groupe préférait se concentrer sur des projets de qualité qui seront rentables à long terme.

L'économiste estime donc que «bien qu'elles soient bienvenues, ces retombées ne changeront pas considérablement la donne du point de vue des finances publiques, du moins dans les conditions actuelles».

Entre-temps, le Japon continuera à favoriser les pays asiatiques et l’Australie pour son approvisionnement. Par contre, dans le cas des terres rares, le problème ne se pose pas, souligne-t-il.

Les terres rares sont des métaux, comme leur nom l’indique, difficiles à trouver et très demandés. Ils entrent dans la composition d’équipements informatiques et de haute technologie. Les Chinois en sont actuellement les plus grands producteurs et un nouveau gisement au Québec semble prometteur à ce chapitre.

Selon le professeur Miyao, le coût du transport est donc une question secondaire pour les terres rares et, dans ce cas, le Québec pourrait tirer son épingle du jeu.

Par contre, on ne fera pas fortune avec cela, or le néodyme, lanthane, europium, holmium, lithium ne courent pas les rues, même au Québec.

Par contre, ça peut-être une niche rentable, mais ne vous attendez pas que l’on  règle le déficit avec ces revenus.

Mais, pour M. Charest, l’obstacle de la distance n’est pas un. « Même si le Québec est loin d’un certain nombre de marchés, s’ils ont le sentiment que le Québec est un partenaire fiable (ils vont alors investir) », a-t-il affirmé en point de presse.

Dans sa présentation enthousiaste devant la Chambre de commerce du Canada au Japon, M. Charest a souligné à maintes reprises que le Québec offre des garanties uniques quant à la stabilité de son économie, à la qualité de sa main-d’œuvre et de sa vision à long terme du développement minier.

 Après l’événement, M. Charest était heureux de sa présentation.

 « L’accueil est bon », a-t-il souligné.

 « Dans le cas du Japon, il y a un intérêt sur la question de l’accès à des ressources naturelles. C’est vrai pour plusieurs pays et c’est encore plus vrai pour le Japon parce qu’ils ont très de ressources naturelles. » La mission de M. Charest se poursuit au Japon jusqu’à dimanche. Il se dirigera ensuite vers la Chine pour une tournée de cinq jours.


 

  1. gravatar

    # by Anonyme - 25 août 2011 à 10 h 02

    Vous feriez mieux de vous fier à des experts, tels le pdg de Rio Tinto pour avoir l'heure juste concernant le développement minier du Québec.

    Vrai qu'il coûte très cher d'ouvrir une mine dans des régions incaccessibles. Vrai que le prix élevé des métaux n'est pas garanti de rester ainsi.

    Il est sage d'écouter ceux qui travaillent dans le domaine plutôt que des géologues défroqués à la Ugo Lapointe qui ne possèdent que qelques étés d'expérience sur le terrain avant d'entamer un bac en géologie.

    L'a-t-il seulement terminé?

    Les journalistes et autres blogueurs devraient se pencher sur la question. C'est bien beau faire des affirmations. On devrait questionner la compétence des "citoyens" de tout acabit qui prennent la parole....