Qui mène le monde?

Plus ou moins d’accord avec l’article.

Je ne dis pas que les agences ne magouillent pas, mais détruire le thermomètre ne règle pas le problème de fonds, aucune agence à forcer le Québec à s’endetter de 234 milliards de dettes publiques.


Extrait de : Qui mène le monde?, Lise Payette,  Le Devoir, 12 août 2011 

Tous les pays du monde vivent à crédit. «Jouissez maintenant, payez plus tard» était le slogan du capitalisme international. Chaque pays avait sa carte de crédit: schlack-schlack.

Nous sommes des citoyens si naïfs. Nous pensions vivre en démocratie, car nous votons tous les quatre ans afin de désigner les politiciens qui veilleront à la bonne administration de la chose publique. Mais qui mène le monde quand les dirigeants ont les mains liées par des déficits qu'ils n'arrivent plus à rembourser? Cette situation ne touche pas seulement les États-Unis. Plusieurs pays de la zone euro sont au bord de la faillite et nous-mêmes, nous sommes loin d'être au-dessus de la mêlée. Criblés de dettes. Tous.

Au-dessus des gouvernements, ce sont les dieux de la finance qui mènent le monde. Ils s'appellent Moody's, ou Standard & Poor's, ou Fitch Ratings. Ce sont ces agences qui mettent les pays à genoux. Vous avez intérêt, que vous soyez un grand ou un petit pays, à être dans les bonnes grâces des agences de notation. C'est essentiel. Elles jugent de la santé financière des États et, si son verdict est mauvais, vous n'êtes pas mieux que mort.

Les agences qui évaluent la performance financière des gouvernements à travers le monde se situent au-dessus de tout. Elles contrôlent l'accès au crédit dans le monde entier et il suffit qu'elles regardent un gouvernement de travers, n'importe où sur la planète, pour que les taux d'intérêt se mettent à grimper ou à s'effondrer, que les banques se mettent à paniquer et que les ministres des Finances fassent de l'urticaire, qu'ils soient grecs, irlandais, espagnols, italiens, canadiens ou québécois. Tous dans le même panier. Un fameux panier de crabes.

Nous n'avons jamais réalisé que, en élisant nos représentants, notre vote ne servait qu'à élire les «concierges de l'immeuble», ces grands immeubles qu'on appelle des pays. Le grand patron, celui qui déterminera ce que votre concierge peut faire ou ne pas faire, c'est l'agence Moody's, Standard & Poor's ou Fitch Ratings. En quelques semaines, on vient de voir ces agences menacer du pire l'Europe tout entière et faire blanchir les cheveux de Barack Obama, qui était déterminé à garder sa cote AAA comme si sa vie en dépendait.

Quand l'agence, qui est Dieu, qui voit tout et qui sait tout, menace de décréter la décote, ce mot horrible qu'on ne prononce que les yeux baissés, la sueur au front et les mains moites, c'est la déprime. On annonce qu'on va devoir couper dans les services ou augmenter les impôts afin de diminuer LA dette, car se voir décoter, ça empêche tous les ministres des Finances de dormir la nuit.

Le capitalisme est ainsi fait. C'est le système qui carbure au crédit et les pays, comme les individus, n'y échappent pas. Nous avons chacun notre cote de crédit. Il suffit de se présenter à la banque ou à la caisse pour emprunter et on vous jugera sur votre comportement financier. L'agitation politique qu'a connue la zone euro au cours des derniers mois a obligé ses dirigeants à «inventer» des moyens d'intervention jamais vus pour sauver les pays qui étaient au bord du précipice.

Les agences d'évaluation mesurent la capacité de payer ses dettes dans les temps promis. Ces temps-ci, disons que ça va plutôt mal. Plusieurs pays européens sont aux soins intensifs et des peuples entiers se révoltent parce qu'ils perdent ce qu'ils avaient mis des siècles à obtenir, comme des retraites décentes ou des soins de santé accessibles. Ces acquis de leurs vies collectives ont tendance à fondre au soleil.

Encore là, il faudrait déterminer ce qui est une retraite décente, une retraite pyramidale sur le dos des futurs contribuables n'est pas une retraite décente, mais plutôt une arnaque intergénérationnelle.

Certains diront que les fameuses agences de notation sont des garde-fous.

Exact, même si les spéculateurs profitent d'une décote pour faire plus de profits, aucun pays n'a été obligé de vivre au-dessus des moyens.

Que ce sont les gouvernements qui dépensent comme des fous. Ce qui démontrerait bien que ce sont les agences que nous devrions élire en démocratie puisque ce sont elles qui ont le dernier mot. Elles détiennent, en tous les cas, un immense pouvoir et nous devrions savoir à qui nous avons affaire.

Quand la nouvelle arrive au Conseil des ministres, à Québec, que l'agence de notation pourrait envisager de baisser la cote du Québec parce qu'on a un programme social trop généreux, parce que les droits de scolarité sont trop bas ou qu'on envisage de baisser le coût des médicaments, le frisson est perceptible. Au fond, c'est l'agence qui décide, au bout du compte, ce qu'un gouvernement élu démocratiquement peut faire ou ne pas faire.

S'il est irresponsable, oui, la Suisse n'a aucun problème avec les agences, car elle est gérée efficacement, ce sont ceux qui se comportaient comme des cigales qui subissent les foudres des agences.

L'agence, c'est comme un gouvernement international qui n'en a pas le nom mais qui en a les moyens, qui peut choisir de laisser aller une dette nationale sans intervenir parce que ça sert des intérêts particuliers qu'il favorise ou parce que ça lui permet de modeler un gouvernement comme il le souhaite. C'est surtout comme un gouvernement international qui n'aurait de comptes à rendre à personne. Assez inquiétant.

Malheureusement, elle ne tape que sur le thermomètre.

Voici, un excellent texte que je vous propose à lire :

Mais où sont passés les responsables de la dette?