Agences de notation et cabinets d’audit, même combat ?


Extrait de : Agences de notation et cabinets d’audit, même combat ?, Bertrand Jacquillat,  Le nouvel économiste.fr, 01/09/2011

L’incitation des politiques et des régulateurs à plus de concurrence est à double tranchant

BERTRAND JACQUILLAT – La chasse aux agences de notation, à peine remises de la crise des subprimes où elles avaient accordé leur fameux AAA à plus de 64 000 produits structurés, s’est rouverte avec la crise des dettes souveraines européennes et la dégradation de la note américaine. L’une des propositions formulées par certains est de favoriser davantage de diversité et de concurrence en suscitant la création d’une ou plusieurs autres agences de notation. Le Livre Vert de la Commission de Bruxelles s’oriente dans la même direction à propos des cabinets d’audit, dont la réputation fut elle aussi entachée dans les années 2000 à la suite de l’affaire Enron.

Il est de fait que la structure de ces deux industries comme leur modèle économique présentent de nombreuses similitudes.

L’industrie mondiale de la notation est dominée par trois acteurs, et quatre grands cabinets d’audit représentent plus de 90 % du marché mondial de la certification des comptes des sociétés.

Par ailleurs, les notations attribuées par les agences aux titres financiers font l’objet d’honoraires payés par les émetteurs, de même que les audits des commissaires aux comptes sont rémunérés par les entreprises auditées. Ce modèle économique, de même que la fourniture d’autres services connexes aux mêmes clients, peut induire des conflits d’intérêts. Les investisseurs, destinataires finaux des notations, s’attendent à ce que la notation des titres financiers soit la plus exacte possible, tandis que les émetteurs souhaitent que leurs notations soient les plus élevées possible. La même schizophrénie s’applique aux cabinets d’audit.

Agence de notation Dagong, Chine.

 

A écouter le patron de Dagong, Guan Jianzhong, dans son bureau de l'est de Pékin,

 

C'est le système de notation qui, depuis trop longtemps, a la tête à l'envers : "Normalement, c'est celui qui prête qui évalue le risque,
non l’émetteur".

Il existe un consensus parmi les régulateurs, les hommes politiques et les leaders d’opinion sur une relation directe entre le degré de concurrence dans ces deux secteurs et la qualité de leurs prestations.

L’irruption de Fitch comme acteur important de la notation il y a une quinzaine d’années aux côtés de Standard and Poor’s et Moody’s qui exerçaient un duopole sur ce marché a été l’occasion d’apprécier la justesse de ce consensus pour ce qui concerne la notation des titres financiers corporate américains. Les résultats sont sans équivoque.

La concurrence accrue a entraîné une détérioration de la qualité des notations : les notations furent en hausse en se rapprochant globalement de la note maximum AAA ; la corrélation entre les notations et les taux de rentabilité actuariels des titres notés s’est détériorée, de même que la capacité des notations à prévoir les défauts des émetteurs.

Plus ou moins d’accords avec la logique de l’auteur, le problème à la base, il y a un vice de forme, et le patron de Dagong a raison, plus la notation est élevée, plus les agences vont avoir de beaux profits, car c’est l’émetteur de l’emprunt qui paie la facture.

Ces résultats paradoxaux s’expliquent par le fait que la concurrence amoindrit les incitations et donc la qualité des notations. Les mécanismes réputationnels ont besoin de rente pour s’entretenir et ils fonctionnent de manière optimale dans un environnement certes concurrentiel, mais de concurrence modeste.

Les politiques et les régulateurs ont donc tout intérêt à bien mesurer et évaluer les avantages et les coûts d’introduire davantage de concurrence dans ces deux secteurs. Ou à imaginer d’autres solutions pour circonscrire ce qu’ils considèrent comme une menace pour la stabilité financière.