Cessons de nous leurrer sur la Chine


Extrait de : « Cessons de nous leurrer sur la Chine. », Antoine Brunet, Le Nouvel Économiste, 21/09/2011

La Chine comme le danger principal

Antoine Brunet persiste et signe en désignant la Chine comme le danger principal. Tout juste nuance-t-il son propos. Alors qu’en janvier dernier, dans le Nouvel économiste, il mettait en garde sur la volonté chinoise de “s’emparer” du monde, il préfère aujourd’hui évoquer son projet de le “subordonner”. Nul besoin en effet pour Pékin de partir à la colonisation de la planète puisque la Chine tient déjà bon nombre de pays par… l’argent. N’était-elle pas déjà le premier créancier des Etats-Unis et peut-être bientôt de l’Europe ? Un constat lourd de conséquences tant il est vrai que les créanciers “subordonnent” toujours d’une façon ou d’une autre leurs débiteurs à leur volonté. Mais pour Antoine Brunet, le pire est dans le fait que l’Occident ne semble pas en avoir conscience. Et s’il cible au premier chef les inconséquences des Américains “qui n’ont pas compris que la Chine leur livrait une guerre sans l’avoir déclarée”, ils n’épargnent pas non plus les Européens pour leur légèreté coupable. Car quand les Occidentaux se réveilleront, il sera peut-être trop tard.

“La crise conserve une dimension strictement occidentale et ses derniers développements confirment ce constat avec force.

Cela fait déjà plus de quatre ans que les pays occidentaux sont en crise, une crise à dimensions multiples qui toutes ont une racine commune, la Chine.

Crise commerciale au premier chef :

Les Etats-Unis ont un déficit commercial équivalent à 3,25 % de leur PIB, ce qui est considérable. Au deuxième trimestre, le PIB y a crû de 0,25 % (1 % en rythme annuel). La demande intérieure a pourtant alors dépassé de 3,5 % le PIB du premier trimestre mais le déficit extérieur de 3,25 % du PIB a tout absorbé pour ne laisser qu’une croissance minable.

Investissement industriel

La crise de l’investissement industriel est plus spectaculaire encore. Selon Mc Kinsey, les multinationales occidentales n’investissent quasiment plus dans le territoire occidental, concentrant leur développement en Chine et chez les émergents.

Yuan complètement sous-évalué

Cette persistance des déficits commerciaux et ce coup d’arrêt de l’investissement en Occident ont la même origine : la stratégie mercantiliste forcenée de la Chine qui s’appuie centralement sur l’arme décisive d’un yuan complètement sous-évalué.

Comment peut-on accepter qu’un pays maintienne une monnaie sous-évaluée quand les pays démocratiques maintiennent une monnaie flottante.

Cette arme assure à la Chine une surcompétitivité de son économie et

1.      contribue au gonflement formidable de ses réserves de change et de sa puissance financière,

2.      en même temps qu’elle induit une désindustrialisation accélérée du monde occidental.

Cela induit une triple crise : crise des finances publiques, crise du système bancaire privé et crise de l’UEM. Et très bientôt, la crise du dollar par une remise en cause du statut du dollar monnaie de réserve internationale.

La crise occidentale actuelle ne se réduit de loin pas aux errances de sa sphère financière. Si cela était le cas, une réforme sérieuse de la finance réglerait tout. Hélas, comme on le verra, cela ne saurait suffire. Une telle réforme est bien sûr plus que nécessaire, urgente, mais elle n’est qu’une partie de la solution. Pour que les Occidentaux puissent envisager une sortie globale de la crise, il leur manque l’essentiel, la lucidité, et surtout la lucidité à l’égard de la Chine.

Crise de 1929 : les Etats-Unis. Crise de 2007 : la Chine

Le capitalisme n’est pas un système pur et parfait. Les meilleurs auteurs ont souligné sa vulnérabilité intrinsèque dès que des fuites trop importantes se produisent dans le circuit revenu-dépense-revenu. Les acteurs les plus forts – pays comme entreprises – engrangent des excédents et des profits au point de générer des déséquilibres déstabilisants. Là se trouve la contradiction majeure et permanente du système, source de dysfonctionnements qui dégénèrent régulièrement en crise. Les pertes sur les subprimes ne sont pas le moteur de la crise, elles ont seulement été l’étincelle qui a allumé les produits inflammables antérieurement accumulés. Charles Kindleberger, l’analyste reconnu des grandes crises et de leur éclatement, a expliqué que la crise des années 30 était inscrite dans la période des années 20 qui avait été marquée par une accumulation d’excédents commerciaux colossaux et récurrents par les Etats-Unis, ce qui avait déstabilisé l’Europe.

Eh bien, l’histoire se répète quand on voit les excédents chinois réalisés depuis 2001. La crise ne résulte sûrement pas des seuls excès de la finance, sa dimension commerciale est prédominante. La crise ouverte en 2007 a une intensité désormais comparable à la grande crise des années 30. Sur bien des plans, une homologie est possible. Dans la crise des années 30, la puissance ascendante, les Etats-Unis, forts de leurs excédents commerciaux, bousculaient les pays européens et l’Empire britannique. Aujourd’hui la puissance ascendante c’est la Chine, à la tête d’un excédent commercial annuel de 6 % de son PIB, infligeant au passage des déficits répétés aux pays occidentaux.

Les dés sont pipés, car les industriels des pays occidentaux ne peuvent compétitionner, d’où les balances commerciales négatives vis-à-vis de la Chine.

Même si le  produit est moins cher, mais en contrepartie détruit ta base industrielle, tu es perdant, car tu maintiens un haut taux de chômage et des recettes fiscales inférieures aux besoins de l’État.

Principale différence avec les années 20 : les Etats-Unis avaient alors commis l’erreur de sombrer dans l’euphorie (bulle boursière précédant le krach de 1929) tandis que, dans les années 2000, la Chine a su rester sobre et éviter la bulle boursière. Il convient de rappeler que les Etats-Unis, à l’origine de la crise de 1920, en sont sortis les premiers – dès 1933, la situation commence à s’y améliorer. Roosevelt, il est vrai, se permet, à la mauvaise surprise des Européens, de procèder à une dévaluation du billet vert (alors même que les Etats-Unis demeurent en excédent). Et au final, les Etats-Unis sortiront grands gagnants en 1945.

Le parallèle est pour moi frappant : en novembre 2008, la Chine, avant d’accepter de se rendre au G20 à l’insistance des pays occidentaux, impose une condition sine qua non : le statu quo sur le yuan.

On sait que l'on vous arnaque, mais ce n'est pas grave, évidemment toutes les multinationales, qui ont investi des trillions en Chine, ne veulent pas perdre cet avantage concurrentiel, donc, les groupes de pression s'assurent
que les politiciens ne dérapent pas trop.

Comme les Etats-Unis entre 1933 et 1948, la Chine depuis 2008 continue à infliger à ses partenaires des déficits commerciaux déstabilisateurs. L’Europe ne s’est redressée qu’en 1948, après une formidable réévaluation du dollar par les Etats-Unis.

Les pays occidentaux ne se redresseront pas s’ils n’imposent pas à la Chine soit une réévaluation du yuan soit des droits de douane sur le made in China.

En fait, tous les pays émergents qui maintiennent
artificiellement bas leurs monnaies.

Les quatre facteurs des grandes crises

Quand la part qui revient aux entreprises sous forme de profit devient trop forte, le partage finit par nuire aux entreprises elles-mêmes. Ces dernières, faute de trouver des débouchés suffisants, redépensent en investissements une fraction de plus en plus limitée leurs profits croissants. Cette thésaurisation des profits nuit inéluctablement au circuit économique global.

Ce mouvement s’accompagne souvent d’une croissance des inégalités de revenus avec l’apparition de ce qu’il est convenu d’appeler les “hyper-riches”, accaparant une proportion de plus importante du revenu national. Or comme la propension à consommer de ces derniers n’est pas extensible à l’infini – les dépenses dans l’achat d’œuvres d’art, de voyages ou de séjours dans l’hôtellerie de luxe connaissent des limites – il y a là aussi une deuxième thésaurisation.

Troisième facteur de crise, l’accumulation de déficits commerciaux – contrepartie de l’accumulation d’excédents chez la puissance montante. Elle s’articule avec une désindustrialisation rapide et elle fait perdre des points de croissance très précieux.

Quatrième facteur, les excès de la finance. Les Etats-Unis, mais aussi l’Europe, faute de s’attaquer à la racine chinoise de leur mal, n’ont pas eu d’autre choix que d’opter pour une politique de fuite en avant sous forme de sollicitation de l’endettement privé et de relance budgétaire à tout-va. Il leur a fallu recourir à des expédients acrobatiques tels que les fameux subprimes pour solvabiliser une demande anémiée. On oublie une autre dérive, plus ancienne : la généralisation depuis les années 80 à tous les pays développés d’un marché secondaire de la dette souveraine (obligations dites servies “au robinet”) en vue d’augmenter la liquidité et l’attractivité de ces titres pour financer plus facilement les déficits publics. Une formule à laquelle la France s’est ralliée sous feu Pierre Bérégovoy. En entérinant à l’avance une variabilité des rendements associés à chaque dette souveraine émise, on mettait les Etats totalement sous la coupe de leurs créanciers. Et qui donc est aujourd’hui devenu de très loin le premier de ces créanciers ? C’est l’Etat chinois. Depuis que fin 2009, il a dit poliment stop aux pays débiteurs, la crise de la dette souveraine occidentale a surgi.

Profits mondiaux en hausse, salaires en berne

Certains experts, tels le directeur de l’Insee Jean-Philippe Cotis, continuent d’affirmer, de bonne foi, que la part des profits n’a pas progressé en France. Mais c’est parce qu’ils ne prennent pas en compte que la plus grande partie des profits réalisés par les multinationales françaises ne se fait plus en France. Pour se faire une idée juste des évolutions, il faudrait pouvoir élaborer des chiffres mondiaux qui réintégreraient les profits réalisés par les multinationales occidentales avec la Chine et les pays émergents. On s’apercevrait alors que la part des profits rapportée à la masse salariale dans le monde n’a jamais été aussi élevée (en dépit même des difficultés de nombre de PME occidentales). Quand on voit la faiblesse des rémunérations des nouveaux entrants sur le marché international du travail, en majorité des Chinois venus de la campagne, il n’y a rien de surprenant à ce que la rentabilité des grandes sociétés internationales atteigne des sommets. Wal-Mart ou Carrefour, deux géants de la grande distribution mondiale, font produire à coûts chinois pour vendre à des tarifs occidentaux.

Un procès qui génère des super marges.

1.      Source de profits considérables.

2.      Le dumping salarial chinois pèse aussi considérablement à la baisse sur les salaires occidentaux.

Dans ce contexte, les seuls salariés qui tirent leur épingle du jeu sont les expatriés qui sont capables de “vendre” une qualification reconnue sur le marché du travail international, laissant tous les autres sur le chemin de la “smicardisation”.

Le supplice monétaire chinois

“Les grands militaires sont ceux qui ont la victoire sans faire la guerre.” Les Chinois n’ont pas oublié ce précepte de Sun Tzu et se montrent des stratèges remarquables. L’objectif de la Chine est d’arriver à une paralysie de l’économie américaine qui obligera Washington à réduire ses dépenses militaires au moment où Pékin continue à accentuer les siennes. Pour ce faire, la Chine cherche à “tuer” le dollar monnaie de réserve pour priver les Etats-Unis de leur capacité à financer à bon compte leurs dépenses d’armement. Et les Etats-Unis, qui n’ont aucune vision historique de leur confrontation avec la Chine, tombent dans le piège. Leur politique monétaire de taux d’intérêt zéro et de quantitative easing bénéficie plus aux exportateurs chinois qu’aux producteurs américains, et ce alors même qu’elle a pour effet collatéral de disqualifier le dollar. Faute de rémunération, les dollars émis sortent des Etats-Unis pour aboutir en bonne part en Chine. Cela explique la progression incroyable de ses réserves totales de change : +700 milliards de dollars rien qu’au cours du premier semestre pour un total de près de 4 900 milliards. D’ores et déjà, les Chinois ont entre leurs mains 34 % du total des réserves mondiales de change alors que leur PIB ne pèse encore que 22 % de la planète.

La Chine est la grande gagnante de la crise. Jamais sa situation financière n’est apparue aussi resplendissante comparée
à celle de l’Amérique.

Plaidoyer pour les DTS (droits de tirage spéciaux), interrogations publiques sur la qualification du dollar à rester la monnaie de réserve, impulsions données à la hausse de l’or, encouragements à l’utilisation du yuan : tout converge pour accréditer l’existence d’une stratégie chinoise visant à déstabiliser le dollar. Et tous ceux qui tablent sur la volonté coopératrice de la Chine avec les Etats-Unis dans le cadre d’un improbable G2 en seront pour leurs frais. Le léger mouvement d’appréciation de 6,81 yuan pour 1 dollar en septembre 2010 à 6,38 est un non-événement. Selon la Banque mondiale et le FMI, c’est à 3,91 yuan pour 1 dollar qu’on devrait être. Même pour résoudre son problème actuel d’inflation, la Chine ne sacrifie pas son avantage de change.

Sans Pékin, le FMI n’existe plus

La crise a révélé fin 2008 que le Fonds monétaire international (FMI) n’avait plus la surface financière pour jouer son rôle de prêteur. Il fut alors obligé d’emprunter lourdement à la Chine. Le soutien de Pékin à la candidature de Christine Lagarde à la direction du Fonds ne devait tromper personne. Vu de Chine, le FMI deviendrait une “ coquille vide” dès le moment où elle-même n’y mettrait plus d’argent.

La crise fait apparaître cette réalité : le prêteur en dernier ressort de la planète, ce n’est plus ni les Etats-Unis ni le FMI, mais la Chine !

Il faut avoir en tête cette nouvelle donne : désormais quand un pays doit emprunter à l’extérieur, c’est vers la Chine qu’il doit se tourner. Et cette nouvelle règle vaut aussi pour l’Europe. Qui pourra souscrire aux émissions du Fonds européen de solidarité financière (FESF) ? Les Chinois évidemment. Au lieu d’affirmer benoîtement que l’on va emprunter à l’extérieur, mieux vaut dire directement que l’on empruntera à la Chine. Derrière l’entité rassurante “extérieur”, il y a presqu’un seul prêteur, la Chine qui a des visées spécifiques et stratégiques. Cessons de nous leurrer.

Un débiteur qui doit continuer à emprunter se met sous la coupe de ses créanciers, surtout s’il n’y a pratiquement qu’un seul grand créancier disponible.

 Pourquoi New Delhi soutient-il publiquement par exemple Hafez al-Assad en Syrie ? Eh bien pour complaire à… la Chine. Et pourquoi l’Inde cherche-t-elle à s’attirer la bienveillance de la Chine ? Eh bien parce que non seulement Pékin sait se montrer menaçante militairement à son égard (sa marine de guerre a accès à cinq ports autour de la péninsule indienne, stratégie dite du “collier de perle”) mais aussi parce que l’Inde sait qu’elle aura besoin encore de la Chine pour couvrir ses besoins de financement externes.

Visées hégémoniques tous azimuts

De cette situation nouvelle découle toute une série de conséquences extrêmement importantes. Les faits s’accumulent pour prouver que la Chine a vraiment l’intention de “subordonner” le reste du monde. Je ne dis plus comme auparavant “s’emparer” car ce verbe laisse entendre que la Chine voudrait “coloniser” le monde, ce qui n’est pas nécessaire. Un protectorat généralisé suffira… Les visées hégémoniques de la Chine sont chaque jour de plus en plus manifestes. Pékin continue sa course aux armements sans faiblir : chasseur bombardier furtif, missile sol-mer guidé par satellite, missile anti-porte-avion, etc. Pékin est à la manœuvre aussi sur le plan de la guerre cybernétique, les Chinois ont été derrière toutes les dernières attaques des systèmes informatiques dans le monde, celui du Pentagone, de Bercy, du Canada, de la Corée du Sud… Leurs hackers se baladent à peu près partout “les mains dans les poches”. Parallèlement, la Chine renforce son programme spatial. Elle maintient d’installer une mission sur la Lune quand les Etats-Unis, eux, y ont renoncé pour cause de restrictions budgétaires. En même temps, la Chine “montre les dents” à propos de ses revendications territoriales. Elle revendique la souveraineté exclusive sur la mer de Chine du Sud alors qu’elle n’est pourtant qu’un des cinq pays qui la bordent. Pékin, fort du soutien de son armée, active sa diplomatie pour mettre aussi sous contrôle la mer de Chine de l’Est. Enfin, la Chine parachève son encerclement militaire de l’Inde en faisant depuis le printemps dernier du Pakistan un allié exclusif, avec à la clé l’accès à un port militaire de plus. La Chine se vit comme ayant déjà virtuellement gagné contre les Occidentaux, et elle se projette pour “l’après-OTAN” dans une confrontation future avec l’Inde.

La volonté chinoise de monopoliser l’industrie de la planète

La volonté chinoise de verrouiller le rapport dollar/yuan tout en disqualifiant le dollar a une incidence sur les autres monnaies du monde.

Elle provoque des transferts de fonds en quête de rendement avec comme résultat une hausse de bon nombre de monnaies du monde : après l’euro, le won sud-coréen, le réal brésilien, le franc suisse, le couronne norvégienne… ce qui a pour effet de tuer l’industrie de ces pays.

Il faut savoir que le Brésil subit déjà un très lourd déficit commercial de produits manufacturés – tout en maintenant un très gros excédent commercial global grâce aux exportations de matières premières.

Une situation qui transforme ces concurrents potentiels de la Chine en de purs émirats qui ne vendent plus que des matières premières.

La Chine s’empare de l’industrie mondiale. Selon l’ONU, la production industrielle chinoise a dépassé celle des Etats-Unis en 2010. Et la Chine entend rafler seule la mise. Elle pousse à la hausse les monnaies des pays qui rivalisent encore, tels la Pologne, la Turquie, l’Inde, et le Brésil. Il lui suffit de continuer à dénigrer le dollar.

Cela tire à la baisse le dollar contre les monnaies de tous ces pays
mais aussi le yuan qui lui reste collé.

Les émergents voient leur compétitivité reculer encore contre la Chine.

La tragique désunion occidentale

Face à cette stratégie chinoise, les pays occidentaux ne construisent aucune riposte. On voit même Pékin mettre en place en toute impunité un embargo sur ses ventes de “terres rares” (matières premières utilisées dans les industries technologiques occidentales) sans s’attirer les moindres foudres de l’OMC et de son directeur général, Pascal Lamy. Les Etats-Unis n’ont aucune vision historique de leur confrontation avec la Chine. Ils n’ont toujours pas compris que la Chine leur livrait une guerre sans l’avoir déclarée. Les Américains préfèrent se complaire dans leurs divisions internes. Face au danger, ils ne sont même plus capables de faire l’union sacrée, celle qui, entre 1942 et 1945, avait réuni les républicains et les démocrates et leur avait permis la victoire face au péril germano-japonais. Aujourd’hui, tout est prétexte à division. La situation n’est pas meilleure en Europe : jamais les hiatus n’ont été aussi grands entre partenaires. Configuration tragique.

Elle nous rappelle trop les années 30, quand les grandes démocraties occidentales se divisaient, déjà, face à la montée d’un autre péril totalitariste.

Plus que jamais, les démocraties occidentales doivent se souvenir qu’il leur reste une arme stratégique décisive qu’elles ont eu grand tort de ne pas utiliser encore : corriger par des droits de douane définitifs sur le made in China l’énorme distortion de change que la Chine leur impose depuis 20 ans.

Alors mais seulement alors, elles retrouveraient une perspective d’avenir : enfin pourrait prendre place la relocalisation de l’activité et de l’emploi que chacun attend ; enfin l’innovation dans leurs centres de recherche se traduirait à nouveau par des investissements et de l’emploi sur leurs territoires ; enfin on pourrait espérer que les efforts de rigueur budgétaire se traduisent par un redressement effectif de leurs finances publiques grâce à plus de croissance et aussi grâce à plus de droits de douane sur la Chine.”

Par Philippe Plassart