Comment allons-nous sortir de la crise de la dette ?


Extrait de : Comment allons-nous sortir de la crise de la dette ?, Cécile Chevré, Money Week, 7 septembre 2011

Comment sortir de la crise de la dette ? J'imagine que c'est la question que se posent tous les dirigeants occidentaux en ce moment. Leurs réflexions ne se portent d'ailleurs peut-être pas sur comment réduire la dette... mais plutôt comment communiquer pour faire croire que le problème de la dette est réglé.

La réduction de la dette n'est pas très populaire. Et les politiques détestent ne pas être populaires. Réduire l'endettement, c'est forcément mécontenter une partie de la population. Les fonctionnaires, les contribuables, ceux qui profitent d'une aide – quelle qu'elle soit. Si nous faisons le compte, nous avons tous un petit quelque chose à perdre quand notre gouvernement décide de serrer les vis.

Nos gouvernants sont donc tentés de laisser filer la dette
laissant à la génération suivante s'attaquer au problème.

Cela peut durer longtemps. C'est d'ailleurs le cas : la France n'a par exemple plu connu de budget équilibré depuis les années 70. Nos gouvernements sont de grands optimistes. Ils s'imaginent que "demain" sera meilleur. Demain permettra de rembourser la dette.

Sauf que régulièrement, une catastrophe économique vient bouleverser ces belles promesses d'un lendemain qui chante.

Nos gouvernements crient alors à la malchance. S'excusent des dépenses supplémentaires en arguant de circonstances exceptionnelles. Et cela peut durer longtemps.

Sauf qu'à un moment, il faut payer – généralement quand tous les autres sont dans le même état de surendettement que vous et qu'ils commencent à réellement se soucier de revoir leur argent. Comme personne ne peut vraiment rembourser, la situation dégénère.

C'est ce qui est en train de se passer. Des rumeurs annonçant la dégradation prochaine de l'Italie ont couru. Le plan de soutien à la Grèce est menacé à la fois par la découverte des mesures de contrepartie demandées par la Finlande en échange de sa participation financière et par la défaite de Merkel aux dernières élections régionales. Nous vous en parlions hier dans La Quotidienne, les députés et contribuables allemands sont de plus en plus opposés à la participation de leur pays au sauvetage grec.

Les rendements italiens et espagnols à 10 ans se sont envolés, signe que la méfiance des marchés grandit. La France n'est pas épargnée. Les coûts des CDS (assurance contre le défaut) ont atteint un plus haut. Ils sont même supérieurs à ceux de l'Italie.

Pour ne rien arranger, les marchés ont appris que la BCE, la semaine dernière, avait été obligée d'intervenir de nouveau en rachetant de la dette souveraine des pays de la zone euro. Des rachats qui se sont élevés à 13,3 milliards d'euros – soit le double des achats de la semaine précédente.

Les trois solutions à la crise de la dette

1.      Première solution, le défaut. C'est la voie choisie par l'Islande par exemple. Evidemment, ce n'est facile. Vos créditeurs n'apprécient pas. Ils vous menacent de ne plus jamais vous prêter. La seule manière de vous en sortir est de plus avoir besoin de revenir sur les marchés trop rapidement. Au bout d'un moment, les marchés – qui ont une mémoire de poisson rouge – auront oublié que vous avez fait défaut et vous prêteront à nouveau sans poser de question. Vous pourrez ainsi recommencer à trop vous endetter...

2.      La politique de rigueur. Nous l'avons vu, c'est un choix peu populaire et fort risqué pour qui veut se faire réélire. C'est en tout cas la voie choisie par l'Irlande. Avec des résultats positifs mais aussi pas mal de conséquences désastreuses. Le niveau de vie des Irlandais s'est effondré, victime des baisses de salaires dans la fonction publique et d'importantes hausses d'impôts. Conclusion, la consommation est en berne. De même que le prix de l'immobilier (qui a chuté de 12% en un an).

3.      L'inflation. Eberhardt Unger vous en parlait hier dans son article Réduire la dette publique par l'inflation ? (Suite à ce carnet). Le principe : vous remboursez votre dette avec de la monnaie dévaluée, donc le poids réel de votre endettement est réduit. Une solution douloureuse comme les autres. Elle pénalise les épargnants et les retraités mais elle a l'avantage de permettre aux banques et aux Etats de continuer à dépenser bon an mal an. Encore faut-il que cette inflation ne se transforme pas en véritable hyperinflation.

Quelle est la meilleure solution ? Peut-être le défaut, surtout si une politique de contrôle budgétaire plus strict est ensuite mise en place.

Est-ce la solution qui va être choisie ? Il y a peu de chance. Les gouvernements préféreront la solution de l'inflation.


Extrait de : Réduire la dette publique par l’inflation ?, Par Eberhardt Unger, Money Week, le 6 septembre 2011

Le niveau de la dette publique dans de nombreux pays de l’OCDE et son effet négatif sur le développement économique est actuellement le sujet de discussion le plus à la mode. Si ce sujet de discussion est apparu voilà déjà quelques années, c’est suite à la crise économique et financière mondiale qu’il est devenu le sujet majeur, on pourrait dire « sur toutes les lèvres ».

Les banques centrales et les gouvernements ont essayé de sortir de la crise avec des politiques monétaires ultra-expansives et avec des programmes de relance de plus en plus vastes. Les résultats sont décevants. Deux ans après le pic de la crise, l’économie mondiale se retrouve, de nouveau, dans une phase de ralentissement. On ne peut même pas exclure le retour de la récession dans certains pays, et ceci d’autant plus maintenant que le service de la dette (intérêts + amortissements) prend une part de plus en plus importante dans les budgets publics.

Mais comment réduire la dette, de sorte que les Etats retrouvent des finances publiques solides ? Couper dans les dépenses est pratiquement impossible. En partie parce que cette solution n’a pas le soutien parlementaire nécessaire, mais aussi parce que, dans certains pays, le niveau de vie a déjà atteint le minimum vital.

Par ailleurs, vient s’ajouter le problème démographique : la population devient plus âgée et a besoin de plus de soins médicaux et d’aide financière, alors que, dans le même temps, la population active diminue. Aux Etats-Unis, 45 millions d’Américains reçoivent actuellement des cartes d’alimentation et le taux de chômage est de 9,1%.

Les possibilités de transfert de richesse des pays riches vers les pays pauvres existent mais sont limitées.

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Aussi comme dernière possibilité, il ne reste que le moyen classique de l’inflation. Après plusieurs années d’inflation, le montant nominal de la dette reste le même à prix constant, mais il diminue en termes réels.

L’histoire économique fournit une multitude d’exemples de ce phénomène. L’Etat assainit ses finances aux dépens de la population et particulièrement des épargnants.

Une évolution dans ce sens semble se dessiner dans le monde entier. Dans les pays en voie de développement, la hausse des prix des matières premières (en particulier dans les secteurs énergétiques et alimentaires), ainsi que l’augmentation des capacités de production industrielle a conduit à une accélération de l’inflation.

Pour ces pays, la Banque mondiale estime l’inflation aux alentours de 7% au deuxième trimestre 2011 (d’une année sur l’autre).

Dans le même temps, dans les pays industrialisés, l’inflation, a augmenté de 2,8% et dépasse très souvent le plafond établi par les banques centrales. Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI et maintenant professeur d’économie à l’université d’Harvard, propose de cibler un taux d’inflation de 4% à 6% pendant plusieurs années.

Cette solution bien qu’injuste – en particulier pour les épargnants – semble cependant être le chemin le plus direct pour espérer un nouveau redressement. De toute façon, laisser filer l’inflation sera non seulement injuste mais aussi douloureux. Mais les Etats ne peuvent peut-être qu’apprendre dans la douleur ?

Conclusion : réduire les déficits publics en laissant filer l’inflation est une solution qui est difficilement acceptable… mais il est actuellement difficile d’imaginer une autre voie.


Lectures complémentaires

17/03/11

Hidden Inflation: Why Prices Are Rising Faster Than You Think, but the single-most-important contributory factor is the trillions of dollars central bankers around the world have pumped into the financial system, there is no doubt they'll pass along to consumers (you and me).

04/03/11

L’inflation, cette taxe cachée, elle est plutôt un résultat direct et mécanique de la création démesurée d’argent par les banques centrales et privées, 1 x graphique.

27/02/11

Rate Central Bank–Inflation–State, 3 interactive graphics from The Wall Streel Journal, 1) Central bank : Global Rates, 2) Inflation : Where Are Prices Rising? 3) States Seek Fixes for Budget Woes.

04/02/11

Inflation : vraie menace ou fausse crainte ?, lorsque les intérêts des États et des citoyens divergent, même dans nos belles démocraties, des voyants rouges doivent s’allumer dans votre cervelle. Vous allez bientôt être marqué du label rouge fermier « pigeon élevé démocratiquement et prêt à plumer ».