Infiltré par le crime organisé

L’éternel sujet de la corruption au Québec, je me demande si j’ajoute des carnets sur le sujet, ça va changer grand-chose.

Petite morale :

Ne jamais faire confiance aux politiciens aux pouvoirs, c’est pour cette raison qu’il faut que le peuple se protège contre des politiciens véreux avec des règles constitutionnelles, quand ça dérape.

Les sages Suisses l’ont très bien compris


Extrait de : Sans gants blancs, Karine Gagnon, le Journal de Québec, 29/09/2011

Le président de la FQM, Bernard Généreux, a décoché plusieurs fois d’intenses regards à Jean Charest pendant son discours d’ouverture enflammé. La photo a été prise avant les propos durs de M. Généreux à l’égard du premier ministre.

À l’ouverture du congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), le premier ministre Charest s’est fait apostropher à plusieurs reprises par Bernard Généreux, président de l’organisme, qui s’est dit déçu de voir qu’il refuse toujours une enquête publique.

Le premier ministre a répondu « en pièces détachées » à un problème qui commande une enquête publique, a déploré M. Généreux. Ce dernier a prononcé un discours enflammé à l’ouverture du 70e congrès de la FQM. Ses propos, combinés à des regards insistants à l’endroit de M. Charest, lui ont valu de vifs applaudissements en plus d’une ovation debout.

« Monsieur le Premier Ministre, dans ce contexte où la collusion, l’intimidation et la loi du silence sont érigées en système, un système dans le système, selon M. Duchesneau, il est de votre devoir, comme chef d’État, d’éradiquer cette gangrène qui menace nos institutions et qui finit par dévaloriser nos fonctions d’élus », a clamé M. Généreux.

Embarrassant, quand il fait partie de la gangrène.

Le président de la FQM a ensuite enchaîné en disant qu’il n’acceptera jamais « que les membres de la FQM soient traités de pourris et de mafieux! Comment faut-il vous le dire que ça prend une enquête publique? ».

Seule façon

L’enquête publique demeure la seule façon, continue de croire M. Généreux, de faire le grand ménage et de faire cesser le supplice de la goutte. Bien sûr qu’on est déçus qu’il nous ait dit non, parce qu’il me semble que la situation est claire, la question est claire et il faut que la réponse soit claire, et tant que cette réponse n’est pas claire, on va continuer à vivre le supplice de la goutte », a commenté M. Généreux à la suite du discours de M. Charest.

Le président de la FQM se dit bien conscient que plusieurs efforts ont été déployés pour lutter contre la corruption, ces dernières années, comme l’a souligné M. Charest, mais il ne peut s’en satisfaire. « À l’évidence, on n’y arrivera pas sans une enquête publique », a-t-il répété.

Accueil poli

Accueilli avec tiédeur par les maires réunis à Québec, le premier ministre Charest a répété que son gouvernement donnerait suite au rapport de l’Unité anticollusion. Il a rappelé tous les moyens mis en œuvre ces dernières années afin de lutter contre la corruption. Il a assuré les élus, dont il a vanté les mérites, que tous les efforts nécessaires seraient faits.


Extrait de : Infiltré par le crime organisé, Rémi Nadeau, le Journal de Québec, Agence QMI, 28/09/2011

Les dirigeants du crime organisé ont infiltré le financement politique afin de tirer les ficelles, tant au niveau provincial que municipal, prévient Jacques Duchesneau.

«Ce sont des vautours qui vont tenter de s’approcher de vous, dans tous les partis», a lancé le chef de l’Unité anticollusion en expliquant aux élus comment ils étaient devenus vulnérables.

Selon lui, les bonzes du crime organisé sont des hommes d’affaires «qui tentent de se faire une noblesse en s’impliquant dans toute sorte de causes».

Élections «clé en main» Ainsi, ils peuvent subtilement s’approcher du monde politique et chercher à en tirer profit.

«Vous allez immanquablement les voir dans vos partis, dans vos activités de financement, que vous le vouliez ou pas», at- il poursuivi, ajoutant qu’après coup, «on tente de tirer les fruits de ça».

En précisant que le stratagème pouvait être plus fructueux pour des criminels ayant placé leurs billes au niveau municipal, Jacques Duchesneau a révélé qu’il avait documenté de nombreux cas d’élections «clé en main», impliquant au moins une dizaine de firmes.

«On a rencontré des élus qui sont laissés seuls. Quand tu as besoin d’une route, tu n’as pas de directeur général, tu n’as pas de service de génie-conseil, puis il y a quelqu’un qui vient t’offrir de t’aider, tu vas sauter dessus.»

Il en a informé le DGE Le chef de l’UPAC affirme que les acteurs du monde municipal sont tellement nombreux à avoir témoigné de ce système qu’il a confié ces informations au Directeur général des élections (DGE) la semaine dernière.

«On l’a entendu presque partout», a-t-il affirmé, en refusant d’identifier des régions où la problématique était plus aigüe. Il a toutefois illustré ainsi l’étendue du trafic d’influence en citant l’exemple de la grande région montréalaise.

«Il y a des gens qui ont réussi à s’installer à demeure dans la ville de Montréal. La conséquence de ça, c’est que ceux qui voulaient faire de la concurrence ont été obligés d’aller dans le 450, et plus on va vers des petites villes, plus on a affaire à des élus qui deviennent vulnérables.»


Extrait de : Le monde municipal donne raison à Duchesneau, Rémi Nadeau, le Journal de Montréal, 29/09/2011 05h57

QUÉBEC — Les regroupements municipaux ont confirmé mercredi les constats explosifs de Jacques Duchesneau et en ont rajouté : ils ont fait état de voyages louches, et même d’ingénieurs qui promettent des subventions en échange de contrats.

« Nous avons franchi un point de non-retour pour une enquête publique parce que, là, la gangrène est en train de se généraliser, il faut qu’on y aille maintenant », a constaté froidement le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux.

Au lendemain du percutant témoignage du chef de l’Unité anticollusion, les présidents des unions municipales ont levé le voile sur le trafic d’influence et les tentatives de corruption qui affectent leur milieu.

Ainsi, le président de l’Union des municipalités du Québec, Éric Forest, a reconnu qu’il avait été approché par un « vautour » dont M. Duchesneau expliquait les stratagèmes, mardi.

Au début des années 2000, alors qu’il était conseiller municipal de Rimouski, un membre d’une firme de professionnels est entré dans son bureau pour lui proposer un marché, en vue de la réalisation d’un projet d’infrastructure.

« Écoute, nous, on peut t’acheter le financement de ton projet, mais il faudrait que l’on ait une grosse part des travaux en échange, c’est ce qu’il m’a dit », a raconté M. Forest.

« Ce qu’il voulait dire par acheter le financement, c’est qu’il prétendait qu’il avait suffisamment d’influence auprès du gouvernement pour aller nous chercher une subvention », a-t-il poursuivi.

L’actuel maire de Rimouski a affirmé qu’il avait rapidement expulsé le porteur de cette proposition malhonnête, mais il a soutenu que d’autres maires acceptent de se faire « parrainer » par des firmes dans leurs démarches de financement.

« Regardez les petites municipalités, ils reconduisent des contrats à la même firme d’ingénieurs d’année en année », a-t-il indiqué.

Même si l’expérience qu’il a vécue remonte à quelques années, il a tout de même refusé d’identifier tant l’entreprise qui l’a sollicité que le projet dont il était question.

Voyage et baguette magique

Pour sa part, Bernard Généreux a raconté avoir été témoin de situations qui ne laissaient pas de doutes sur l’existence de copinage entre des élus et certaines firmes.

« J’en ai connu des élus qui réglaient tous leurs problèmes avec une baguette magique comme par enchantement après un petit voyage organisé, alors que pour d’autres dans une situation analogue et qui jouent selon les règles, c’est plus complexe et plus long », a-t-il confié, confirmant aussi que les élections « clé en main » sont malheureusement une réalité.

 

« Aux dernières élections, on a vu des gens l’emporter alors qu’ils n’étaient pas sur le terrain; il suffit de regarder là où sont les grands contrats », a signalé M. Généreux.

Le président de la FQM a bien l’intention de presser le gouvernement Charest à déclencher une commission d’enquête publique dès maintenant à l’occasion du congrès annuel de sa fédération, qui se tient cette fin de semaine à Québec.

Financement illégal: difficile à prouver

Des élus municipaux accepteront-ils de s’incriminer pour mettre en lumière des pratiques de financement illégal?

C’est la question que se pose le bureau du Directeur général des élections, qui ne sait toujours pas si les sources confidentielles de Jacques Duchesneau accepteront de collaborer à visière levée.

Le chef de l’Unité anticollusion a beau affirmer que les élections « clé en main » sont légions au Québec et qu’il fera en sorte que le DGE puisse parler à ceux qui se sont confiés à lui, il y a loin de la coupe aux lèvres, a reconnu le porte-parole, Denis Dion.

« Est-ce que ces gens sont prêts à témoigner devant nous et devant un tribunal? Vous venez de résumer tout le défi qui nous attend si on veut faire des enquêtes et récolter des preuves », a dit M. Dion.

En commission parlementaire, mardi, Jacques Duchesneau a affirmé que son équipe avait rencontré des élus, qu’il avait entendu des histoires d’élections « clé en main » presque partout et qu’il avait convenu d’une collaboration avec le DGE.

« Ne prenez pas notre parole. On va, nous, contacter les gens qui nous ont informés et vous leur parlerez », avait lancé le chef de l’UAC, faisant état d’une dizaine de firmes qui auraient ainsi facilité le financement et l’élection de candidats.

Pour l’instant, le directeur général des élections, Jacques Drouin, n’a pas encore été mis en contact avec les sources de l’UAC.

« On verra. Il est possible qu’on parle à des gens qui soient prêts à nous informer, mais c’est ça le défi », a répété Denis Dion.

En 2010 et jusqu’ici cette année, le DGE a délivré 54 constats d’infraction de financement politique illégal au niveau provincial, dont 40 visaient la société de génie-conseil Axor, et 16 au niveau municipal.


 

  1. gravatar

    # by Bisbille 101 - 2 octobre 2011 17:55

    Question de coût et de bénéfice…
    Voici une piste de réflexion afin de bien comprendre le phénomène de la corruption. Niveau bénéfice, cette pratique génère de volumineuses sommes d’argent mises gracieusement à la disposition des élus et de leurs proches. Dans la colonne des coûts, un séjour plus ou moins long en prison et la perte des actifs accumulés en provenance de la corruption. Il suffit alors d’évaluer les probabilités de se faire attraper par les autorités et la lourdeur de l’éventuelle sanction à purger. Si les chances de vous faire pincer sont plutôt minces et qu’il existe une réelle possibilité d’acheter sa liberté par la suite, alors les bénéfices associées à la corruption en excèdent les coûts. Ainsi, les incitatifs à la corruption en séduiront plusieurs parmi les politiciens opportunistes.