La taxe «Tobin», non merci!


Extrait de : La taxe «Tobin», non merci!, Pierre Couture, Le Soleil, 30 septembre 2011

(Québec) Pendant que les élus européens proposent d'implanter dès 2014 une taxe (Tobin) sur les transactions financières en zo­ne euro, l'idée est loin de faire l'unanimité de ce côté-ci de l'Atlantique.

Au pays, le Nouveau Parti démocratique (NPD) persiste toutefois et signe.

La possibilité d'imposer une taxe sur les transactions financières avait pourtant reçu l'appui des plus grands chefs d'État présents lors du Sommet du G20 à Pittsburgh en septembre 2009. La planète financière avait alors la gueule de bois, après la chute brutale des marchés (fin 2008) et la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers.

Le projet de la taxe «Tobin», baptisée en l'honneur du Prix Nobel d'économie James Tobin (qui l'avait proposée au début des années 70), avait été porté par le président américain Barack Obama et par le premier ministre britannique Gordon Brown. Le but : freiner la spéculation et mettre sur pied un fonds d'aide pour les banques en difficulté.

Or, quelques mois plus tard, le Fonds monétaire international (FMI) mandaté d'étudier la faisabilité d'une taxe mondiale sur les transactions financières enterrait l'idée. Au printemps dernier, lors des élections fédérales, le NPD avait pourtant ressuscité le projet. Une idée qui continue de faire son bout de chemin.

«Nous, on est d'avis que cette taxe permettrait de freiner les excès des marchés tout en générant des sommes importantes dans les coffres des gouvernements», a indiqué hier au Soleil la porte-parole néo-démocrate en matière de finances, Peggy Nash.

Au pays, le ministre conservateur des Finances, Jim Flaherty, s'est déjà prononcé contre l'implantation d'une telle taxe sur les transactions financières, alors que l'économie canadienne a repris des couleurs depuis 2008.

Évidemment, les groupes de pression des banques canadiennes font tout pour empêcher une telle taxe, vous devez les comprendre, ils ont juste fait
20 milliards de profits l'année passée et ça ne comprend pas l'évasion fiscale des succursales dans les paradis fiscaux.

Du côté des États-Unis, la position est claire : pas question d'imposer cette nouvelle «taxe» au système bancaire. Les Américains craignent surtout une délocalisation des transactions financières.

La même excuse est employée par Londres pour empêcher la taxe Tobin au
Royaume-Uni.

Chers peuples, une chance que nous avons des politiciens qui ont à cœur
l’intérêt de son peuple.

L'Europe y croit

En zone euro, l'imposition d'une taxe sur les transactions financières pourrait rapporter jusqu'à 55 milliards de dollars par année, selon le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a défendu son projet mercredi à Strasbourg.

L'argent ainsi recueilli serait alors partagé à parts égales entre l'Union européenne et ses pays membres. Le projet de taxe «Tobin» sera d'ailleurs défendu par Paris et Berlin au sommet du G20 qui s'ouvrira jeudi prochain à Cannes. «Je suis certain que nos partenaires du G20 verront leur intérêt à suivre cette voie», a fait savoir hier le commissaire européen chargé de la fiscalité, Algirdas Semeta.

Pas convaincues, les caisses électorales des partis
sont bien ficelées avec les banques.

En Europe, cette taxe, qui concernerait les 27 pays membres de l'Union européenne, s'appliquerait sur la vente de produits financiers. Les taux retenus seraient de 0,1 % sur les actions et les obligations et de 0,01 % sur les autres produits financiers, essentiellement des dérivés et des produits structurés.

La taxe devrait s'appliquer à environ 85 % des transactions financières observées dans l'Union européenne, tant aux institutions établies que celles qui ont un établissement ou qui ont une autorisation de transiger sur les marchés européens.

Oui, mais...

Sans le soutien de tous les pays du G20, il pourrait toutefois s'avérer très difficile d'appliquer avec force cette nouvelle taxe, pense le professeur invité en enseignement de la finance à HEC Montréal, Jacques Lemay. «Il faut que les États-Unis adhèrent à cette idée sinon les Européens risquent d'assister à un déplacement des transactions financières sur leur territoire, ce qui pourrait créer un certain déséquilibre», indique-t-il.

Selon le professeur, l'imposition de la taxe «Tobin» pose également la question du rôle et des responsabilités des banques au sein de nos sociétés.

Or, si certains économistes doutent de la mise en oeuvre d'une telle proposition, d'autres croient que l'initiative européenne pourrait faire boule de neige à l'échelle planétaire. «Les Européens semblent déterminés à trouver des solutions et des mécanismes pour soutenir les États les plus faibles au sein de la zone euro. Alors, je pense que l'on pourrait assister à un effet d'entraînement et de contagion», déclare l'économiste Pierre Baulne déjà convaincu de l'efficacité d'une telle mesure.


Lectures complémentaires :

29/04/11

Établir de nouvelles taxes pour les banques. Selon le gouvernement fédéral, les Canadiens ont déposé 146 G$ dans des paradis fiscaux en 2009. En 2003, le chiffre était limité à 83 G$. Au début des années 2000, la Vérificatrice générale du Canada estimait que l'amnistie accordée aux investisseurs canadiens à la Barbade faisait en sorte que 1,5 G$ échappaient au fisc. Les banques font partie des coupables dans ce dossier. In contrast, the Harper government engaged in intense lobbying to prevent world leaders from agreeing on introducing new taxes on banks at the Toronto G20 Summit last June.

A leading bank analyst has estimated that Canada’s top banks will have $40 billion in excess cash by the end of 2012. This amount is equivalent to the sum of all federal and provincial government deficits currently projected for the 2012–13 year, 1 x document.

23/04/11

Bank : Legal fiscal evasion.  The banks were among the biggest beneficiaries of corporate income-tax cuts by Liberal and Tory governments over the past decade. NDP Leader Jack Layton  has promised to impose a new capital tax on banks at the provincial level, if elected. And with the country’s six largest banks having earned a collective $28-billion before taxes in 2010.  About 15 per cent of the industry’s profits are taxed in foreign countries where rates are lower, 2 x graphiques.

11/04/11

Le pouvoir de Wall Street. Comment comprendre la timidité des réformes du système bancaire et financier malgré l’ampleur de la crise ? Simon Johnson et James Kwak répondent dans leur livre qu’il faut regarder du côté des conflits d’intérêts entre les technocrates de Washington et les grandes banques d’investissement, 1 x livre.