La techno canadienne en perte de vitesse ?


Extrait de : La techno canadienne en perte de vitesse ?, Michel Munger, Argent, 16 septembre 2011

Auparavant vu comme la Silicon Valley du Nord, le Canada a vécu l'effondrement de plusieurs géants de la techno. Faut-il conclure à son incapacité de faire fleurir l'industrie ?

L'exemple le plus célèbre est Nortel, qui se fait liquider. Elle ne s'est jamais remise d'une vague d'acquisitions et de la bulle technologie du début des années 2000.

À l'origine, Northern Telecom était un fleuron grâce à la qualité de ses équipements téléphoniques. La grenouille a toutefois voulu se faire aussi grosse que le boeuf, notamment en achetant l'équipementier en télécoms Bay Networks. Grâce à la bulle techno, sa valeur boursière a grimpé à 398 G$ en septembre 2000. Et ce malgré l'absence de profits.

Teleglobe

L'ancien empire de télécoms de Charles Sirois est maintenant une simple division du conglomérat indien Tata.

Ayant amorcé son histoire en 1950 à titre de société d'État pour les communications internationales, Teleglobe était privatisée en 1987.

En 1999, elle lançait un projet de réseau optique mondial de 7,3 G$, couvrant 240 pays. Ces investissements l'ont fragilisée. Bell Canada s'en est emparée pour 7 G$ en 2000. Teleglobe ne s'est jamais vraiment redressée, avant d'être rachetée par Tata à un prix de 239 M$ en 2005.

Corel Corporation

Fondé en 1985, l'éditeur de logiciels n'a jamais rempli ses promesses. Il lançait la solution de dessin CorelDraw en 1989. Celui-ci a atteint un sommet de popularité en 1999, avec 10 millions d'exemplaires vendus.

Voulant rivaliser avec Microsoft Office, Corel faisait l'achat de WordPerfect en 1996. Microsoft allait résister à l'assaut, faisant installer ses produits sur les ordinateurs des grands fabricants.

Corel enchaînait les pertes. En 2000, une fusion ratée entraînait presque sa faillite. Trois ans plus tard, le fondateur Michael Cowpland se faisait imposer une amende de 500 000 $ pour délit d'initié.

Privatisée par Vector Capital à deux reprises, Corel emploie environ 1000 personnes aujourd'hui.

Un syndrôme canadien ?

Le Canada n'est pas une terre infertile en technologie mais la transformation constante du secteur multiplie les victimes, expliquent deux experts consultés par Argent.

«Une compagnie de techno, c'est fait pour tomber, estime François Charron, éditeur du site francoischarron.com. Peu d'entreprises restent en affaire longtemps selon le même modèle. IBM ne fabrique plus d'ordinateurs et Hewlett-Packard veut en sortir, ce qui n'est pas rien.»

Par contre, un manque d'innovation pénalise les entreprises d'ici, avance Philippe Le Roux, président de l'agence de communication Phéromone. «Au Canada et au Québec en particulier, l'échec est mal vu. On gaspille énormément d'argent et de temps à faire des études afin de réduire le risque, au lieu d'encourager les succès d'affaires.»

Google devrait servir d'inspiration, à son avis.

«Il ne faut pas courir après l'échec mais 98% de ses idées sont des échecs.
Les autres sont d'énormes succès.»

Quant à Nortel, l'entreprise a payé le prix de ses décisions, rappelle M. Le Roux. «On l'a transformée pour créer de la croissance financière artificielle, juste avant la bulle».

Les concurrentes de Nortel étaient plus agiles, enchaîne Denis Durand, associé de du gestionnaire de fonds Jarislowsky Fraser. «On pensait que Nortel allait occuper tout le marché des pays émergents avec sa technologie mobile CDMA. On s'est trompés. La filière GSM a pris de l'ampleur et ne pas l'offrir a été une erreur.