L’actualité de la crise : DÉRANGEANTES VÉRITÉS


Extrait de : L’actualité de la crise : DÉRANGEANTES VÉRITÉS, par François Leclerc, Blog de Paul Jorion,  14 septembre 2011

Jusqu’où va aller le dérapage en cours ? La stratégie qui a été suivie jusqu’alors vole en éclats en Europe et il n’y a toujours pas de plan B. S’attaquer prioritairement à la dette publique pour permettre aux établissements financiers privés de résorber leur dette privée ne fonctionne pas. On est revenu à la case départ, en pire, au sens où la dette publique a été augmentée en pure perte et la dette privée – dont la structure a entre temps évolué – est toujours aussi menaçante.

Comment ne pas se rappeler les avertissements de ceux, rares, qui expliquaient qu’il fallait prendre le désendettement par l’autre bout, celui des banques, et que cela serait beaucoup moins onéreux à l’arrivée ? Mais il est trop tard, et l’on ne peut pas recommencer. Les munitions ont été épuisées.

Ne pas prendre en considération la dette dans son ensemble, c’est se condamner à assister impuissant à l’écroulement du château de cartes. Mais le contraire imposerait d’appliquer au système financier les réformes structurelles qui sont considérées comme indispensables pour résorber la dette publique.

Voilà une dérangeante vérité : le système financier a une seconde fois failli, en ne jouant pas le rôle qui lui était attribué, incapable de relancer l’économie, tout occupé qu’il est à repartir sur le même mode qu’avant et à combattre avec succès les mesures de régulation – pourtant très limitées – qui lui sont opposées, car elles atteignent ses marges de manière inacceptable.

Les dirigeants politiques sont bien incapables de s’y opposer, ne pouvant mettre ne serait-ce que partiellement en cause un système pour en être partie prenante, avec des variantes. Ne voulant pas découvrir une machine devenue infernale qui, après être grippée, en viendrait à être dénudée et pourrait s’en trouver rejetée.

Se raccrochant au déni comme à son sauveur, par incompétence
quand ce n’est pas
par calcul.

Progressivement, un nœud a été serré qui ne peut plus désormais être dénoué. Il étrangle ceux dont il est exigé qu’ils assument une situation dont les autres se défaussent, en venant à leur tour à connaître le même destin. C’est là où nous en sommes. Au moment paroxystique où il va falloir se résoudre à accepter ce qui était refusé avec la dernière énergie. Dans l’immédiat, à découvrir davantage son jeu en engageant un nouveau sauvetage des banques.

Que les banques françaises soient les plus attaquées sur le marché boursier n’a rien d’étonnant. Le gouvernement allemand a su créer des bad banks qui protègent à ses frais certaines des plus atteintes, leurs faiblesses étaient autres que celles des banques françaises, coupables qu’elles étaient d’avoir succombé aux charmes frelatés des produits structurés américains ayant comme collatéraux des crédits immobiliers. Tandis que les françaises ont acheté en masse une dette publique qu’il faut maintenant dévaloriser au prix du marché.

Il va encore être tenté de gagner du temps, en trouvant ici des fonds providentiels pour permettre à la Grèce de faire la soudure en trésorerie et en accélérant là la mise en place des nouvelles missions du Fonds européen de stabilité financière (FESF), afin qu’il intervienne en garantie des banques à la faveur d’un nouveau montage financier rocambolesque.

Rouler leurs dettes est devenu la principale et commune préoccupation des financiers et des autorités européennes, puisqu’ils ne peuvent pas la résorber et que le désendettement est donc bloqué.

Tout sauf reconnaître l’insolvabilité, qui imposerait des remises en cause
qu’ils ne veulent même pas envisager.

La BCE étant là pour faciliter le travail du privé avec ses liquidités. Une division du travail pourrait ainsi être instaurée : au premier le soutien des États, à la seconde celui des banques.

Mais il y a d’ici là encore des os à avaler ! Il faudrait empêcher la Grèce de faire l’inéluctable, c’est à dire la faillite. Et contenir hors de la zone des tempêtes l’Espagne, et bien plus encore l’Italie. L’appétence que les marchés manifestent pour l’approfondissement de la crise – leur irrationalité, disent ceux qui se désespèrent de leur faire entendre les mauvaises raisons qui sont les leurs – n’offre à ce sujet qu’un espoir très limité. Une nouvelle fois, on se retrouve dans la même situation : une crise aiguë est tant bien que mal contenue alors que frappe à la porte la suivante, pour laquelle rien n’est prévu.

Une nouvelle bouée de sauvetage a été lancée, sur laquelle il est inscrit « euro-obligations ». La Commission européenne reconnaît aujourd’hui se préparer à en faire son va-tout. La mutualisation de la dette publique est, en réalité, le dernier rempart évitant le cataclysme, mais aussi la protection ultime des détenteurs de la dette privée. Si on arrive à la jeter à la mer, elle permet de gagner encore du temps, mais elle ne résout rien.

Tant décriés, les politiques sont comme les banques : les plus exposés à la vue, ils symbolisent un système qui ne parvient pas à retrouver son équilibre. La flagrante inefficacité des uns renvoie à la pugnacité des autres : au bord du gouffre, il n’est pas question de céder un millimètre. Au risque que la corniche toute entière s’effondre. Celle-ci est toute désignée, à voir la précipitation avec laquelle les investisseurs se jettent sur les dettes américaine et allemande, dont les taux sont inférieurs à l’inflation, leur faisant perdre de l’argent

Jamie Dimon, le Pdg de JP Morgan Chase, vient d’engager un bras de fer avec les plus hautes autorités internationales de régulation financière, le Comité de Bâle, lui-même émanation de la Banque des règlements internationaux. Il prend à témoin le président des États-Unis pour dénoncer des mesures « anti-américaines » qu’il ne veut pas voir appliquées aux établissements américains.

Offrant une parfaite image de la réalité du pouvoir et de la puissance de ces nouveaux riches que sont désormais les mégabanques.

Hier, l’Institute of International Finance négociait en première ligne un plan de sauvetage de la Grèce que les chefs d’État et de gouvernement avalisaient ensuite, mais qui ne fonctionne pas. En raison, a-t-il été expliqué, du temps de la démocratie, beaucoup plus lent que celui des marchés. Depuis la City, un dirigeant d’une mégabanque britannique prenait ensuite le relais en annonçant que le temps de la contrition était passé pour les banquiers. Le message a été immédiatement reçu à Wall Street.


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