Les Allemands préparent leur plan B

Un peu de réalité, avis aux dépressifs, ne pas lire mon blogue rarement de bonne nouvelle.


Extrait de : Les Allemands préparent leur plan B. Nous devrions en faire de même…, Isabelle Mouilleseaux, Chronique Agora, 14 septembre 2011

▪ Le système financier mondial est un paquebot en perdition… Il sombre à l’image de feu le Titanic. Le désarroi atteint un paroxysme. L’incertitude est extrême. L’imprévisibilité totale.

Les politiques sont totalement dépassés, incapables d’apporter ne serait-ce qu’un début de solution. Et les marchés dérivent au gré des mauvaises nouvelles dont ils sont bombardés de toutes parts.

L’hydre de la dette est lâchée, il nous faudrait un Hercule pour en venir à bout… Quant aux repères, il n’y en a plus aucun.

▪ Cacophonie, épais brouillard et débâcle…

La grande bataille du CAC 40 fait rage. L’indice est en perdition totale, largement sous les 2 850 points ; il prend le chemin de la défaite de mars 2009, en route vers les 2 465 points.

Les investisseurs long terme ont déserté les marchés actions depuis longtemps, les algorithmes des robots-traders sur indices deviennent caducs, et les day traders “humains” sont totalement déboussolés. Monsieur le Marché joue avec leurs nerfs…

Les banques françaises sont en déroute et perdent aujourd’hui encore 10% en moyenne. La Société Générale est en chute de 60% depuis le début de l’année et la valorisation actuelle de la BNP intègre une recapitalisation de 30 milliards d’euros.

Les politiques se sont décrédibilisés avec les stress tests. Comment faire confiance à des gens qui vous disent que tout va bien alors qu’ils ne testent même pas les banques en situation de défaut d’un Etat comme la Grèce, à la veille d’un tel risque. Aujourd’hui, le numéro un de la Société Générale essaye de défendre sa banque avec des arguments en béton. Personne ne veut l’entendre… La confiance est cassée et la courroie de transmission a lâché.

La débâcle se répercute sur les CDS des banques françaises qui affichent des niveaux deux fois plus élevés que pendant le krach 2008 (soit dit en passant : à quoi bon s’assurer contre le défaut des banques alors qu’on sait pertinemment que les contreparties seraient incapables de payer la prime aux assurés le cas échéant…)

Il y a aussi l’implosion du rendement du Bund de référence à 1,73% (jamais, jamais le taux n’était passé sous les 2%). Les capitaux trouvent refuge dans l’obligataire allemand.

Pendant ce temps, le marché obligataire italien ressemble à un no man’s land post-guerre nucléaire. Pas un candidat à l’achat ! La BCE tient le marché à bout de bras, seule. Bientôt l’Espagne… ?

D’ailleurs, c’est la raison qui a poussé les deux sous-marins allemands Axel Weber d’abord, puis Jürgen Stark, à claquer la porte de la BCE ! Ils s’opposaient au programme de rachat obligataire massif (obligations italiennes et espagnoles) par la BCE. Et ce qui devait arriver arriva…

… perte de crédibilité.

La BCE se transforme vitesse grand V en une bad bank (banque aux actifs toxiques)

Même la Troïka jette l’éponge (Commission européenne, FMI et BCE censés sauver la Grèce du défaut). Elle a tout bonnement quitté le pays en expliquant aux Grecs qu’il était impossible de signer un nouveau chèque de huit milliards d’euros si les engagements n’étaient pas tenus.

La prochaine échéance de la Grèce est dans trois semaines. Si elle n’a pas l’argent d’ici là, c’est le défaut…

▪ Nous avons vu hier que la Grèce avait de vraies chances de faire défaut. Et pendant ce temps... les Allemands préparent leur plan B. De quoi s'agit-il ?

C'est le plan qu'il faudra déployer si la Grèce fait effectivement défaut et que le grand jeu de domino se met en branle pour cause d'effet de contagion. (N'oubliez pas : tout est imbriqué, et le coeur du noeud gordien est le système bancaire).

Là, il va falloir sortir le grand jeu. Car toutes les banques auront besoin d'une recapitalisation massive et urgente. Augmentations de capital en cascade qui ne trouveront évidemment pas preneur. Quel investisseur assez fou voudrait s'y risquer...

▪ Les Etats seront obligés d'intervenir

Vu l'état de leurs finances... et l'état des opinions publiques quant aux aides déjà apportées aux banques... la solution relève de la prouesse. A tel point qu'on pourrait bien voir des gouvernements de droite procéder à des nationalisations temporaires !

Quoi qu'il en soit, pas de doute pour moi : les Allemands prennent les devants et tentent déjà de cerner l'ampleur des dégâts sur leur système bancaire et des solutions envisageables à mettre en oeuvre.

Nous ferions bien d'en faire de même plutôt que de nous battre avec des petits bouts de chandelles pour réunir péniblement 11 milliards d'euros pour notre budget (alors qu'on signait généreusement un chèque de 15 milliards d'euros à la Grèce un mois plus tôt...).

L'Allemagne se prépare à la faillite de la Grèce, nous dit Der Spiegel (équivalent allemand de L'Express). Et le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rössler, persistait et signait : "la faillite de la Grèce n'est plus un sujet tabou". Il faut travailler à une "faillite ordonnée".

▪ Et le risque majeur dans tout ça ?

Les banques centrales sont exsangues. Et les Etats n'ont plus de moyens. Plus les moyens de soutenir l'économie, plus les moyens de renflouer les banques, plus les moyens d'assurer les transferts sociaux.

Il est vain de ponctionner massivement les populations car cela fera plonger la consommation et plongera les économies en récession. C'est déjà le cas en Grèce. Le Portugal est en bonne voie. Pourquoi vouloir s'engouffrer à tout prix sur cette voie ?

Il va falloir à la tête de chaque Etat (France en tête), une équipe de politiques capables de se faire hara-kiri. Et surtout, capable de concevoir un plan sur 10 ans du redressement progressif des comptes publics. C'est la seule façon de ne pas tomber en récession et de rassurer les marchés.

Un plan de redressement PROGRESSIF sur 10 ans, avec, pour chaque année, les efforts à mettre en oeuvre et les moyens en face. Mais même comme cela, ce ne sera pas facile. L'effort sera intense et soutenu.

L'abandon de l'Etat-providence ne peut se faire du jour au lendemain...