Les bons tuyaux

Il y a aussi de belles réussites au Québec, en voici un exemple sur le Blogue de Pierre Duhamel, nous avons des chances de réussir dans la mondialisation.

Par contre, s’il y a peu de valeur ajoutée, le marché d’exportation reste très cloisonné surtout si le coût du produit exportable implique un pourcentage élevé de main-d’œuvre (exemple le light manufacturing).


Extrait de : Les bons tuyaux, Pierre Duhamel, 2 septembre 2011

«Chaque pièce destinée au marché nucléaire que nous fabriquons pourrait créer une catastrophe comme celle de Tchernobyl. Tout ce que nous fabriquons dans cette usine doit être impeccable», dit Jacques Latendresse, coprésident d’Ezeflow, en faisant visiter l’usine de Granby.

Pour s’assurer que chaque pièce soit d’une qualité exceptionnelle, chacune des soudures est passée aux rayons X, aux rayons gamma ou doit subir un test d’ultrason, selon l’épaisseur du morceau de métal.

Ce souci extrême de la qualité a fait d’Ezeflow un des plus importants fabricants de raccords de tuyauterie utilisés dans le transport du pétrole et du gaz, dans les centrales thermiques et nucléaires et dans les raffineries et les usines pétrochimiques.

«Nous travaillons avec 400 000 combinaisons différentes réalisées à partir de l’acier au carbone, du nickel, du titanium, du zirconium, de l’aluminium et de plusieurs aciers inoxydables. Nous avons pris deux ans à développer un alliage unique composé de carbone à l’extérieur et de nickel à l’intérieur», raconte Jacques Latendresse.

Chaque nouvel alliage est analysé en laboratoire pour s’assurer de sa résistance à la corrosion et évaluer ses propriétés mécaniques. Le coprésident est très fier de dire que son entreprise compte dans ses rangs le détenteur d’un Ph.D en métallurgie. «Nos concurrents à l’échelle mondiale se comptent sur les doigts d’une main, dit-il. À notre niveau de complexité, nous sommes parmi les meilleurs au monde.»

L’entreprise, qui devrait compter 300 employés d’ici la fin de l’année, compte parmi ses clients des géants comme Shell, Exxon, TransCanada (pipelines) et autres BP. «Nous avons tous les grands joueurs de l’industrie. Nous n’avons pas de problème pour nous faire payer», précise, le regard amusé, Jacques Latendresse, le coprésident de l’entreprise.

Ezeflow a fourni les raccords de grande dimension du pipeline Alliance qui relie le nord de l’Alberta à Chicago ou les plateformes de forage au large des côtes de Terre-Neuve. Lors de l’entrevue, Jacques Latendresse revenait tout juste de Dubaï où il était parti vanter les technologies utilisées au Canada pour extraire l’huile lourde qu’on retrouve au fond des puits de pétrole du Moyen-Orient.

«Nous vendons en Inde, en Chine, à Oman, en Arabie Saoudite et en Australie. Nous voulons participer à tous les défis technologiques associés à la production et au transport de l’énergie», dit-il.

La réputation d’Ezeflow est telle que la firme de Granby est consultée sur certains des travaux les plus complexes et les plus futuristes. Un géant américain de la géothermie lui a même demandé de travailler au développement et à l’élaboration des exigences techniques d’un projet de production d’électricité à partir de l’énergie produite par les geysers.

La société compte aussi sur les travaux de réfection qui doivent être entrepris dans les centrales nucléaires d’Amérique du Nord.

L’énergie est le moteur de la croissance de cette entreprise manufacturière née en 1972 avec le contrat des raccords des centrales nucléaires CANDU. Jean-Maurice Latendresse, père des deux coprésidents actuels, a acheté l’entreprise en 1978 et a étendu ses activités à l’extérieur du pays et dans l’industrie pétrolière.

Jean-Maurice Latendresse a vendu l’entreprise à un consortium formé de ses fils Pierre et Jacques, de la Caisse de dépôt et de Gestion Estrie Capital deux semaines avant d’être emporté par le cancer en octobre 2005. «Ç’a été la période la plus dure de ma carrière. J’ai perdu à la fois mon père, mon coach, mon mentor et mon boss», dit Jacques Latendresse.

Pierre et Jacques Latendresse dirigent aujourd’hui l’entreprise. Jacques, l’ingénieur en mécanique, est appuyé par Pierre, l’expert en marketing. «Pierre, c’est un vendeur exceptionnel. C’est un fin renard qui ne perdra jamais une vente», dit-il.

Une entreprise à deux têtes est-elle viable? «Nous dirigeons par consensus et nous prenons ainsi les meilleures décisions», dit-il. 

Les ventes d’Ezeflow atteignent 45 millions de dollars, mais Jacques Latendresse vise des revenus de 100 millions en 2014. «J’aime atteindre des objectifs qu’on pense irréalisables», dit-il.

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JACQUES LATENDRESSE, EZEFLOW