Pourquoi la Grèce fera défaut sur sa dette

Faire suite à M. Feldstein, voici une explication spécifique à la problématique de la Grèce.


Extrait de : Pourquoi la Grèce fera défaut sur sa dette, Martin Feldstein, Project Syndicate, 2010-04-28

CAMBRIDGE –

La Grèce fera défaut sur sa dette publique. Et cela en grande partie du fait de son appartenance à l’Union Monétaire Européenne.

Si elle n’appartenait pas à cette union, la Grèce ne se serait peut-être pas retrouvée dans cette situation difficile et même si elle s’était effectivement retrouvée dans cette difficile situation, elle aurait pu éviter de faire défaut.

Le défaut de la Grèce sur sa dette nationale ne signifie pas forcément un refus d’honorer le principal et l’intérêt aux échéances prévues. Il est plus probable qu’une restructuration de sa dette actuelle sera organisée par le FMI, par l’émission de nouvelles obligations au principal et à l’intérêt plus faibles en échange des anciennes déjà émises. Ou cela pourrait être un « défaut en douceur » par lequel la Grèce rembourserait unilatéralement sa dette existante par une nouvelle dette, plutôt qu’en liquide. Mais quelque que soit la forme que prendra ce défaut de paiement, les actuels détenteurs de la dette grecque recevront beaucoup moins que le montant total dont ils sont actuellement détenteurs.

La seule manière pour la Grèce d’éviter un défaut de paiement serait de réduire ses déficits budgétaires annuels à venir à un niveau tel qu’il suffirait à convaincre les investisseurs grecs et internationaux de la financer sur la base du volontariat. Au minimum, cela reviendrait à réduire le déficit au point d’inverser la tendance haussière du rapport de la dette sur le PIB.

Pour y parvenir, le déficit actuel de 14% du PIB devrait descendre à 5% du PIB ou moins. Mais ramener le rapport de la dette sur le PIB aux 60% prescrits par le traité de Maastricht exigerait de réduire le déficit budgétaire annuel à juste 3% du PIB – l’objectif que la Grèce devra atteindre d’ici à 2012 selon les recommandations des ministres des finances de la zone euro.

Réduire le déficit budgétaire à 10% du PIB impliquerait d’énormes coupes dans les dépenses publiques ou une augmentation spectaculaire de l’imposition – ou, plus probablement, les deux. Bien au-delà des difficultés politiques rencontrées pour y parvenir, cela aura un très sérieux effet négatif sur la demande intérieure globale et donc sur la production et l’emploi. Le taux de chômage de la Grèce est déjà de 10% et son PIB devrait tomber à un taux annuel de plus de 4%, entrainant une hausse plus importante encore du chômage.

Affaiblir plus encore l’activité économique par un renforcement de l’imposition et des mesures d’austérité draconiennes provoquerait une baisse des revenus fiscaux sans précédent et des augmentations de charges sans précédent en allocations à l’attention des chômeurs.

Donc chaque euro de réduction planifié du déficit se traduira par moins d’un euro en réduction effective du déficit. Ce qui signifie qu’il faudra prévoir et planifier des augmentations d’impôts et des coupes dans les dépenses publiques de base beaucoup plus importantes que les 10% du PIB pour parvenir à l’objectif d’un déficit budgétaire de 3% du PIB.

Le paradigme standard : trop d’impôts tuent l’impôt. Malheureusement, au Québec, nous avons oublié cette évidence, en satisfaisant
certains groupes d’intérêts.

De quelque manière que l’on calcule, et compte tenu de l’ampleur du déficit à résorber et du déclin économique qui y est associé, la Grèce sera inévitablement en défaut de paiement.

·         La Grèce aurait pu éviter cela si elle n’avait pas fait partie de la zone euro.

·         Si la Grèce détenait encore sa propre monnaie, les autorités auraient pu procéder à sa dévaluation tout en contractant la politique budgétaire.

·         Une monnaie dévaluée relancerait les exportations et inciterait les particuliers et les entreprises à consommer plus de produits importés.

·         L’augmentation de la demande pour des produits et des services grecs relancerait le PIB de la Grèce, ramènerait plus de revenus fiscaux et réduirait le poids des allocations chômage.

En résumé, la consolidation budgétaire serait à la fois plus facile et moins douloureuse si la Grèce maitrisait sa propre politique monétaire.

Tellement évidents, mais nos politiciens oligarchiques refusent une telle véracité, toujours pour satisfaire certains groupes d’intérêts,
les banques et ces investisseurs.

L’adhésion de la Grèce à la zone euro est aussi l’une des principales causes de son énorme déficit budgétaire actuel. Dans la mesure où la Grèce ne possède plus sa propre monnaie depuis plus de dix ans, la Grèce n’a reçu aucun signe d’avertissement des marchés sur le fait que sa dette augmentait de manière inacceptable.

Feldstein Says Euro `Experiment' Is a Proven Failure

Sept. 2 (Bloomberg) -- Martin Feldstein, a professor of economics at Harvard University, talks about the euro-zone economy and European Central Bank interest rates. He speaks from Cernobbio, Italy, with David Tweed on Bloomberg Television's "Countdown." (Source: Bloomberg)(Bloomberg)

Si la Grèce était restée en dehors de la zone euro et avait gardé ses drachmes, la forte augmentation des réserves d’obligations grecques aurait entrainé une baisse de la drachme et une hausse des taux d’intérêts sur ces obligations. Mais comme les obligations en euros de la Grèce s’apparentaient aux obligations en euros des autres pays, les taux d’intérêt sur les obligations grecques n’ont pas augmenté alors même que la Grèce empruntait de plus en plus – jusqu’à ce que les marchés commencent à redouter l’éventualité d’un défaut paiement.

La flambée des taux d’intérêts sur les obligations grecques par rapport aux obligations allemandes ces dernières semaines démontre que les marchés estiment que le défaut de paiement est plus que probable. La combinaison des crédits accordés par les autres pays de la zone euro et des prêts consentis par le FMI pourrait apporter suffisamment de liquidités pour retarder quelque peu l’échéance. En échange de ce soutien financier, la Grèce sera obligée d’accepter une douloureuse contraction budgétaire et un PIB en berne.

Pour finir, la Grèce, ses créanciers et les autres membres de la zone euro devront admettre l’insolvabilité du pays et son incapacité à honorer sa dette actuelle. C’est  à ce moment là que la Grèce sera en défaut de paiement.

Martin Feldstein, professeur d’économie à Harvard, fut directeur du Bureau des conseillers pour les affaires économiques du président Ronald Reagan et président du Bureau National pour la recherche économique.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats