Bientôt 7 ans dans le Guangxi: ce que j’ai appris

Même, si je ne suis pas toujours d'accord avec lui.

Je trouve qu’il fait un excellent travail, pour donner un autre point de vue.


Extrait de : Bientôt 7 ans dans le Guangxi: ce que j’ai appris, Reflet de Chine, 16 octobre 2011

En bientôt 7 ans de présence en Chine, j’ai appris un certain nombre de choses spécifiques à ce pays. Si certaines concernent le fonctionnement politique ou économique, d’autres se révèlent bien plus importantes puisque sont en rapport avec la vie quotidienne. Ces constatations touchent tant la vie en société que le fait de rester en vie ou du moins en à peu près bon état. Si au fil de ces quelques années j’ai assimilé certains éléments, je ne peux toutefois me résoudre à les appliquer tous, preuve s’il en était besoin que 45 ans de formatage occidental sont efficaces.

Sans être exhaustive, voici une petite liste en vrac des choses que j’ai comprises, ce qui ne veut pas dire comme dit plus haut que je les applique :

1.      En dehors du cercle familial et des amis proches, il ne faut rien attendre de gratuit. Si ces relations sont étroitement liées, tout ce qui n’en fait pas partie se paye d’une manière ou d’une autre.

2.      Le fait d’être étranger implique que la moindre divergence de vues sur un sujet précis provient d’une vision différente et occidentale des choses, et ce même s’il ne s’agit pas dune différence réellement culturelle. Dans bien des cas, il est inutile de discuter davantage, votre interlocuteur vous donnant à la limite raison afin de mettre un terme à la conversation.

3.      Ne jamais poser deux fois la même question. Si la réponse n’est pas donnée, c’est parce que la personne n’a pas envie de répondre pour x raisons ou n’a pas la réponse qui convient.

4.      La confiance que vous accorde une personne même proche demande beaucoup de temps, et ce d’autant plus lorsque l’on est étranger. Il ne faut donc pas être surpris des non-réponses citées plus haut et d’un certain retrait vis-à-vis de discussions sur certains sujets sensibles.

5.      Si les jeunes sont a priori plus ouverts, ils sont persuadés parfaitement connaître les aspects de leur pays pour la simple raison qu’ils y sont nés. Dans bien des cas, cette idée se révèle fausse, mais là encore persuader un chinois qu’il se trompe est une rude tâche. Pour la majorité des jeunes « ailleurs c’est mieux » du fait d’une vision idyllique de certains pays qu’ils ne connaissent que très superficiellement. Comme leurs parents ils sont très au courant des problèmes que rencontre leur pays, mais ont souvent de fausses solutions. Si ce n’est pas spécifique aux Chinois, ce sentiment est bien plus exacerbé ici. Pour résumer, ils tentent de se débarrasser de ce qu’ils considèrent parfois à juste titre comme un endoctrinement en rejetant l’ensemble de ce qui leur a été appris : le bon comme le mauvais. C’est sans aucun doute là que s’explique un manque total de repères qu’ils vont chercher là encore « ailleurs » et pas toujours au bon endroit.

Dans la pratique

Passons maintenant aux choses « plus pratiques » :

6.      aider quelqu’un que l’on ne connaît pas ne se fait pas, même s’il est en danger. Cela rejoint le point N°1 qui veut que, passé le cercle des relations proches, les autres ne soient que des inconnus sans intérêt. Il n’y a donc aucune raison de leur venir en aide. Ne pouvant accepter cet état de fait, il m’est arrivé à plusieurs reprises d’intervenir sur un problème précis où étaient agglutinés quelques dizaines de spectateurs. Le résultat est assez drôle et plein d’espoir puisqu’à chaque fois l’intervention d’un étranger les met mal à l’aise. La conscience est donc bien là, mais la tradition semble encore prendre le dessus.

7.      Ne pas dire merci lorsque vous achetez quelque chose. La « version chinoise » est que ce remerciement n’est pas nécessaire puisque vous avez payé le produit. Si à première vue cela surprend, ce fonctionnement est défendable à condition de prendre un peu de recul.

8.      Les Chinois sont connus pour avoir un grand respect pour les personnes âgées. S’il est courant de voir un jeune laisser sa place dans le bus, cette habitude connaît de plus en plus d’accrocs. Mon grand plaisir est donc de donner mon siège à un ou un « ancien ». Si le but est de rendre le voyage plus confortable à cette personne, c’est aussi pour ennuyer ceux qui ont perdu ce respect dû à l’âge. Dans la plupart du temps en effet un jeune chinois se sentant gêné par ma réaction m’offre sa place, ce à quoi je réponds : « Non merci, je n’ai que 56 ans, je peux rester debout. En principe l’effet se fait ressentir aussitôt et peut se constater aisément puisque si une personne d’un certain âge monte, ils sont plusieurs à se lever pour laisser leur place. Effet toutefois éphémère, le naturel reprenant vite le dessus.

9.      Une des choses les plus importantes que j’ai apprise est que dans la rue le danger vient rarement du sens où l’on pense. Avant de traverser, il est par conséquent vital de regarder des deux côtés, et surtout vers celui où aucun risque n’est censé surgir. Cette méthode s’applique particulièrement aux voies à sens unique, notion de circulation que les Chinois ont visiblement du mal à comprendre.

10.  Un piéton qui attendrait que les divers véhicules roulants s’arrêtent pour le laisser passer peut monter la tente en ayant prévu auparavant un stock important de vivres. IL est par conséquent d’usage de traverser les rues sans regarder, ce qui n’est pas sans danger tant pour les uns que pour les autres. Après 6 ans j’y arrive, mais pas encore de manière décontractée.

11.  pour conclure, un de mes rares succès dans ce pays : les Chinois en vélo ou en moto ont cette habitude de tourner la tête vers le sens opposé où arrive le véhicule qui devrait logiquement passer en premier. Le conducteur, même s’il est plus ou moins persuadé de l’aspect volontaire de la manœuvre, va donc réduire sa vitesse, ce qui laisse passer la personne distraite. Avec beaucoup d’entraînement je parviens aujourd’hui à assez bien à imiter cette manœuvre, même si je jette encore un rapide coup d’œil pour voir si ma « victime » a été prise au piège. Si je continue à me méfier, c’est en raison de mon statut d’étranger et après plusieurs expériences motivant ma méfiance. Il m’est en effet arrivé à plusieurs reprises d’être dépassé par une voiture ou une moto qui une fois s’être rendu compte de mon origine étrangère se sont mis à freiner brusquement. Le but ? Que je leur rentre dedans et qu’ils puissent ainsi récupérer quelques billets de 100 RMB, un étranger étant obligatoirement riche. Méfiance donc !

Voilà quelques observations qui je pense peuvent s’appliquer à toute la Chine, les divers points relatés étant assez généraux, du moins je pense car en Chine on ne peut jamais être sûr de rien.