Chômage et classe moyenne

Toujours un plaisir de lire Bill Bonner.


Extrait de : Chômage et classe moyenne, La Chronique Agora, Bill Bonner, 13 octobre 2011

▪ Petit à petit, une étape à la fois, la presse grand public commence à comprendre. Il n’y a pas eu de récession ordinaire. Il n’y aura pas de reprise ordinaire. Et quelque chose va très mal.

Oui, cher lecteur, bienvenue dans la Grande Correction. Elle sera probablement longue. Elle sera probablement lente. Elle ressemblera probablement au Japon de ces 20 dernières années.

Même la Fed calme les espérances des investisseurs. Elle déclare que les Etats-Unis connaîtront un chômage supérieur à 7% jusqu’à après 2015. Certains pensent que les Etats-Unis suivent le même schéma que l’Europe — le chômage élevé devenant une caractéristique plus ou moins permanente de l’économie.

Ils ont probablement raison sur ce point. L’inflation cède la place à la déflation. Ce qui signifie que les coûts de main-d’oeuvre — généralement moins flexibles — tendent à être trop élevés.

“Attendez une minute, Bill. Etes-vous en train de dire que le travailleur américain, qui n’a selon vous plus eu d’augmentation depuis 1974,
gagne trop d’argent ?”

Eh bien… oui. C’est ce qu’il semble. Mais regardez le travailleur américain moyen. Est-il plus intelligent qu’un Chinois ? Travaille-t-il plus dur qu’un Indien ? Est-il mieux formé ou plus compétent qu’un Brésilien ?

Nous ne parlons pas de gens qui sont de bons ingénieurs, ou des vendeurs doués ; ceux-là gagnent probablement plus que jamais. Mais ce n’est pas le cas de la majeure partie de la population. La plupart des gens n’ont pas de compétences concrètes — y compris ceux qui sont allés à l’université. On sort diplômé en communication. Ou en psychologie. Ou en sociologie. Et que sait-on en réalité ? Pas grand-chose. Si l’on est dynamique et veinard, on peut utiliser ses compétences en matière de lecture et d’écriture pour obtenir un vrai emploi. Mais ce n’est pas donné à tout le monde.

▪ Une personne moyenne n’a pas de vrai savoir-faire. Lorsque l’économie était en plein boom, ça n’avait pas d’importance. Il n’était pas nécessaire d’être qualifié. Tout le monde pouvait avoir un emploi. Et une carte de crédit. Et une maison. Maintenant, en revanche, les gens ont du mal. Leur prêt immobilier a mal tourné. L’emploi a disparu. Et ils n’ont toujours pas de savoir-faire. Combien un tel homme peut-il espérer empocher ? A peu près autant qu’une personne non-qualifiée dans un autre pays… c’est-à-dire bien moins que ce que notre homme avait l’intention de gagner.

Les marchés émergents sont en train de gagner du terrain. Nous avons lu la semaine dernière que les salaires en Russie ont été multipliés par 12 depuis le début des années 90. En Inde, ils doublent tous les 10 ans. A Shanghai, les diplômés d’une université gagnent presqu’autant qu’aux Etats-Unis.

Mais alors que certaines économies émergent… d’autres plongent. Certaines grimpent. D’autres baissent. Les classes moyennes sont condamnées à se rencontrer quelque part au milieu. Combien de temps avant qu’un travailleur non-qualifié en France ou aux Etats-Unis gagne à peu près autant qu’un travailleur non-qualifié en Turquie, en Russie ou en Indonésie ? Nous n’en savons rien.

Un économiste français, Jacques Rueff, avait une bonne longueur d’avance sur le sujet. Il avait réalisé qu’on ne remédierait jamais au chômage en faisant reculer les lois sur l’emploi. Il trouva donc un autre moyen de baisser les salaires — créer de l’inflation ! C’est là, disait-il, qu’était le véritable génie des “dépenses de relance contra-cycliques keynésiennes”. Cela créait de l’inflation, ce qui baissait les salaires réels… remettant les gens au travail.

Cela revenait à tromper la classe moyenne — mais c’était pour son propre bien.